Malgré le déconfinement, les prix des matières premières resteront sous pression

Au moment des achats de panique effectués par les consomateurs, le blé avait connu un bref sursaut. ©REUTERS

Les prix des matières premières ont fortement baissé ces deux derniers mois. Pour les cours des métaux de base, mais aussi ceux des denrées agricoles.

Dans la foulée de la chute des bourses en mars, les prix des matières premières ont piqué du nez ces deux derniers mois. Comme on l'a observé pour les cours des métaux de base: cuivre, aluminium, nickel, zinc... Mais aussi, et cela peut paraître surprenant en regard des récents achats de panique de denrées alimentaires par les consommateurs, ceux des denrées agricoles.  

Tout récemment, un regain d’optimisme est apparu alors qu’après la Chine, l’Europe se met progressivement à l’heure du déconfinement. Le cuivre a rebondi de 14% depuis le creux touché au mois de mars à 5.275 dollars la tonne sur le LME à Londres. Une demande en hausse en provenance de Chine a contribué à faire baisser de 25% les stocks mondiaux de ce métal rouge depuis leur plus haut de l’an passé. Autre exemple, le prix de la tonne de nickel que l’on utilise pour la fabrication de l’acier inoxydable est remonté de 12% pour revenir à 12.330 dollars.

En dehors des métaux, l’uranium que l’on utilise pour produire de l’électricité, fait encore mieux. Son prix s’est envolé de 40% à 34 dollars la livre. Un niveau qui reste cependant 2 fois moins élevé qu’en 2010, lorsqu’il avait atteint un sommet de 70 dollars.

Offre excédentaire

Pas grand-chose ne permet cependant de penser que la remontée des cours va se confirmer dans les semaines à venir. Du moins pour une bonne part de ces produits de base. Les perturbations rencontrées dans la production de ces matières premières en raison de la pandémie de coronavirus expliquent partiellement la reprise des prix. Mais cette situation n’est pas censée s’éterniser. Lorsque l’activité reprendra son cours normal dans les entreprises, elle ne fera qu’amplifier l’offre qui est déjà excédentaire dans des économies qui sont en récession.

La plupart des marchés des métaux seront en surplus cette année. La chute de la demande en raison de la récession mondiale l’emportera haut la main sur les perturbations de la production.
Fitch

Pour Fitch, "la plupart des marchés des métaux seront en surplus cette année. La chute de la demande en raison de la récession mondiale l’emportera haut la main sur les perturbations de la production". Les analystes de Fitch prévoient un excédent pour le cuivre de 3 millions de tonnes cette année contre un déficit en 2019.

Pour l’aluminium, qui était déjà en repli avant la chute des marchés financiers suite à la levée des sanctions américaines à la fin de 2019 contre des producteurs russes de ce métal blanc, l’excédent devrait passer de 1 million de tonnes l’an dernier à 3 millions. Pour le nickel, ils escomptent un excédent de 38.000 tonnes. "L’acier, évaluent-ils, sera le seul métal à enregistrer une croissance possible de la consommation cette année, mais pas suffisamment pour éponger l’excédent de production".

À l’inverse du pétrole dont l’offre devrait rester largement excédentaire, l’uranium pourrait selon certains tirer son épingle du jeu. Les fermetures de sites de production comme au Canada, au Kazakhstan, en Australie et au Canada, contraintes par la crise sanitaire, soutiennent son prix. Mais la perspective d’une hausse de la demande pour cette matière en provenance d’Asie pourrait prendre le relais à la remise en activité de ces sites. 55 nouveaux réacteurs, dont 22 en Chine, sont en cours de construction dans cette partie du monde. À terme, ce sont 168 sites nucléaires qui sont programmés en Chine.

Au rayon des denrées alimentaires

Au rayon des denrées alimentaires, le Covid-19 s’y est également invité. Mais il n’a pas été le facteur qui a le plus dominé dans l’évolution de leur prix. Le blé (5,22 dollars le boisseau) a bien vu le sien se raffermir lors des achats de panique des consommateurs. Mais la perspective d’une récolte deux fois plus élevée lors de la saison 2020-21 par rapport à la précédente, a ramené son prix "sur terre".

Pour le soja (8,6 dollars le boisseau), le prix restera soutenu par l’accord commercial de phase 1 conclu en décembre entre la Chine et les États-Unis. La Chine s’était engagée à acheter une quantité minimum de soja américain. Épinglons encore le maïs (3,20 dollars le boisseau) dont le prix restera plombé par la baisse de la demande émanant des producteurs d’éthanol. L’industrie des biocarburants représente un tiers de la demande de ce grain jaune cultivé en Amérique.

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