Michèle Sioen: "Jamais, dans nos stress tests, on n'aurait pu imaginer ça!"

"Seules nos usines en Tunisie sont à l’arrêt", explique Michèle Sioen, CEO de Sioen Industries. ©jonas lampens_ID

Chez Sioen Industries, on le sait, certaines habitudes prises pendant le confinement sont là pour durer. "Nous avons pris le pli d’être très prudents. Mais nous le serons encore davantage", explique ainsi la CEO Michèle Sioen.

Michèle Sioen, la CEO de Sioen Industries, mais aussi ex-présidente de la FEB et Manager de l’Année 2018, avoue humblement n’avoir rien vu venir dans un premier temps malgré l’antenne commerciale chinoise que possède le groupe à Shanghai. Mais dès le 15 mars, après un bref moment de flottement, les mesures se sont rapidement succédé. Et certaines vont rester. Durablement.

Quand et comment votre entreprise a-t-elle pris conscience de la pandémie et de ses effets multiples?

On en a ressenti les premiers effets dans notre groupe via notre bureau de vente chinois logé à Shanghai, où travaillent une vingtaine de personnes qui ont été confinées dès après le Nouvel An chinois, fin janvier. Mais j’avoue qu’à ce moment-là on était loin de s’imaginer que cela allait nous atteindre aussi vite, aussi fort et aussi longtemps, tant sur le plan sanitaire qu’économique. Si fin 2019, on avait vu un film contant la réalité vécue actuellement, on aurait encore prétendu que c’était de la fiction pure...  

Quelles ont été les premières mesures prises à l’échelle du groupe?

Un peu comme tout le monde, mais de manière rapide et forte: chômage économique, arrêt des investissements, réduction des frais et, bien sûr, télétravail généralisé pour certaines divisions et départements. Sur ce dernier point, j’ai d’ailleurs radicalement revu mon avis: j’étais foncièrement contre avant cette crise. Je ne le suis plus.

"Une de nos usines produit des protège-matelas et des tissus en polyuréthane pour les vestes et tabliers de protection pour les hôpitaux; et celle-là, elle tourne à plein régime."
Michèle Sioen
CEO de Sioen Industries

Vous avez pu continuer à produire partout?

Nous avons des usines dans 14 pays. Nous avons, autant que possible, maintenu partout l’activité, en réduisant progressivement la voilure au prorata des commandes. Seules nos usines en Tunisie sont à l’arrêt. Merci et chapeau d’ailleurs à nos collaborateurs. Une de nos usines produit des protège-matelas et des tissus en polyuréthane pour les vestes et tabliers de protection pour les hôpitaux; et celle-là, elle tourne à plein régime. Même celle localisée dans le nord de l’Italie a continué à produire des feutres pour les masques de protection.  

Êtes-vous déjà en mesure de dire ce qui va changer ou se renforcer dans votre stratégie d’entreprise sur base de l’expérience vécue depuis plus d’un mois déjà?

Sur certains points, c’est évident. Par exemple, nous faisions régulièrement des "stress tests" et on se demandait si ce n’était pas du temps perdu. Depuis la crise de 2008 déjà, durant laquelle nous avons été très touchés dans le secteur du transport, nous avons pris le pli d’être très prudents. Mais nous le serons encore davantage, même si nous sommes financièrement solides et limitons le risque à tout niveau, y compris dans nos acquisitions.  

"Je suis aussi certaine qu’on va garder des réflexes d’hygiène. J’irais jusqu’à dire que se serrer spontanément la main va diminuer, du moins au travail."
Michèle Sioen

Et la digitalisation?

On va clairement investir là où c’est possible et demandé. Y compris pour nos réunions et formations en vidéo-conférence. On va aussi davantage communiquer, informer de façon proactive via intranet, pour renforcer les liens avec le personnel, comme on l’a fait depuis 5 semaines déjà. En fait, y compris avec notre Management Team, on a été, depuis le début du confinement, en communication récurrente, maintenant que plus personne ne voyage. Je pense à maintenir ces canaux de communication régulière qui permettent de prévenir pas mal de stress.

Au niveau du marketing également, on a eu le temps de mettre en place des choses qui seront utiles, structurellement, une fois la crise derrière nous. Mais je suis aussi certaine qu’on va garder des réflexes d’hygiène. J’irais jusqu’à dire que se serrer spontanément la main va diminuer, du moins au travail.   

Le fait de vivre quotidiennement avec un chef d’entreprise – votre mari, Marnix Galle, dirige le groupe Immobel –, ça rassure ou ça remet une dose de stress dans la vie familiale?

Cela rassure. On partage nos petites misères et inquiétudes de la journée. On croise nos avis. On s’échange aussi les bonnes pratiques des uns et des autres.

Un message à faire passer aux autorités publiques?

Le travail entamé avec les banques est positif. L’accord négocié par les pouvoirs publics avec le secteur bancaire pour soutenir la liquidité des entreprises et des commerces était indispensable. Il faut maintenant une analyse vraiment individualisée pour, au-delà de l’intérêt commercial des banques, prendre vraiment des risques pour aider les sociétés qui ont subi de plein fouet le lockdown.

Cette fermeture obligatoire et prolongée est une catastrophe pour nombre d’entrepreneurs. Il faudra aussi que l’État relance la consommation, qui ne repartira pas d’elle-même si on ne met pas en place de solides incitants.

 

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