interview

Olivier Chapelle, CEO de Recticel: "Il faudra relancer la demande"

Olivier Chapelle est depuis un peu plus de dix ans CEO du spécialiste de l'isolation Recticel. Pôle qu'il entend renforcer par des acquisitions à haute valeur ajoutée. ©Tim Dirven

Si son entreprise est prête, stocks à la clé, le patron de Recticel attend surtout la réouverture des commerces et de tout ce qui va relancer la consommation. Car produire, il aurait pu le faire; manquait la demande.

Début du mois, Olivier Chapelle a enfin pu fermer la page de la trop large diversification entamée par ses prédécesseurs. En pleine crise du coronavirus, le CEO de Recticel est en effet parvenu à céder la division auto du groupe. Après dix ans. "Trop cyclique et offrant trop peu de synergies avec nos autres activités."

Soit juste au bon moment – et "à bon prix" – pour lui permettre de se focaliser sur la relance du spécialiste de l'isolation aux plus de 80 usines dans 29 pays.

Où en êtes-vous dans la préparation de la relance?

On est prêt. Après discussion avec nos fournisseurs et nos employés il y a quelques semaines déjà, nous avons pu constituer un stock sur l’ensemble de notre activité, dont l’isolation, les mousses flexibles et la literie.

Et ce, même sans savoir ce qui allait être annoncé ce vendredi?

Relancer la production ne se fait pas d’un claquement de doigts. Il faut compter environ deux semaines. Quand la reprise pourrait redémarrer fort, voire par à-coups. Ce qu’il faut prendre en compte.

Sans parler du fait que nos employés étaient demandeurs, car rester à la maison représente une piqûre financière non négligeable…

Quid de la demande, en général, à ce stade?

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Plus d'un tiers des 83 usines de Recticel sont aujourd'hui encore fermées.

Pour ce qui est de la Chine, où on est aussi bien actif commercialement qu’en production pour répondre au besoin de l’industrie auto locale, on devrait dépasser nos attentes sur avril. Après être passé par le 36e dessous en février, puis avoir vécu une remontée à mi-chemin en mars, on devrait être légèrement au-dessus du budget ce mois.

Et de l'offre?

Sur l’ensemble de nos activités, un tiers de nos sites de production sont pour le moment fermés. Quand, pour le reste, à quelques exceptions près, nous produisons en charge partielle.

Quelle était votre crainte à la veille du Conseil national de sécurité?

Recticel en chiffres
  • 7.266 collaborateurs
  • 83 usines
  • Actif dans 29 pays
  • Chiffre d'affaires combiné de 1,45 milliard en 2018

Qu’on oublie cette question de la demande. Car pouvoir faire du sport à trois plutôt qu’à deux, rouvrir progressivement les écoles,… tout ça est très bien, mais le redémarrage des entreprises, lui, ne sera pas automatique. D’ailleurs, pourquoi on n’a pas produit ces dernières semaines? Pas parce qu’on nous l’a dit – on ne nous l’a pas dit –, mais bien parce qu’il n’y avait pas de demande. C’est pourquoi, pour la suite, il faudra une approche pragmatique de relance en la matière. Pas forcément via des incitants, mais bien en réouvrant l'ensemble de tout ce qui fait que les gens vont consommer et donc tirer la production.

Certains parlent d’un nécessaire rapatriement de production chez nous. Quid?

C’est déjà le cas chez nous. Nous achetons nos matières premières et nos composants là où la production le requiert.

Quelles ont été les conséquences sur vos chiffres, vous qui êtes sur les trois grands continents?

On sent surtout l’impact en Europe – moins au nord – et dans l’auto, quand le marché de la construction a, lui, globalement moins souffert. Mais heureusement, on a assez de liquidités.

"La reprise rapide en Chine tient probablement à leur approche unifiée de la crise, versus un patchwork de mesures en Europe."

Pour ce qui est de la Chine, après une baisse du chiffre de près de 80% en février, on était déjà remonté entre -35% et -40% en mars, et en croissance en avril. Cela tient probablement à leur approche unifiée de la crise, versus un patchwork de mesures en Europe.

Certains craignent aujourd’hui pour l’emploi. Pouvez-vous offrir des garanties chez Recticel?

Nous sommes une société privée, nous n’offrons donc et n’offrirons jamais de garantie. On ne l’a d’ailleurs jamais fait. Pour autant, nous n’avons aucune visibilité sur ce de quoi demain sera fait. Je ne suis pas dans la tête d’Emmanuel Macron, encore moins de Donald Trump… Or, nous ne sommes pas dans une situation où les forces économiques jouent de manière normale et libre. La relance sera basée sur des décisions politiques...

Quelles conséquences de tout cela?

"La relance est basée sur des décisions politiques, pas sur le jeu de forces économiques libres."

Plus on attend, plus on risque un impact négatif. Avec un climat anxiogène grandissant, menant à l’appauvrissement et donc une baisse de la consommation. C’est exactement comme ça que l’on entre dans des cycles que l’on appelle crise…

Et pour vous en tant qu’entreprise?

Nous nous adaptons aujourd’hui de manière très réactive, et nous allons viser de acquisitions dans nos segments à haute valeur ajoutée.

Toujours possible, même dans le contexte?

Pour l’heure, on n’a pas de raison de dire qu’on ne va pas le faire. Alors cela pourrait changer dans un mois. Mais en tout cas, l’entreprise n’a jamais été dans une position financière aussi forte.

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