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Où en sommes-nous sur les essais cliniques contre le coronavirus?

Concernant les traitements immédiats des personnes infectées par le coronavirus, il faut se tourner vers les États-Unis où les molécules les plus intéressantes ont été identifiées. ©Photo News

Alors que l’épidémie de coronavirus se répand à travers le monde, des entreprises américaines et japonaises ont lancé leurs premiers essais cliniques.

Les recherches pour l’identification d’un traitement efficace contre le coronavirus, mais aussi pour la mise au point d’un vaccin efficace se multiplient à travers le monde. La Belgique est également concernée par cet effort mondial.

En ce qui concerne le vaccin, depuis quelques heures, un premier essai clinique est en cours aux États-Unis. Il a été lancé lundi à Seattle, dans l’État de Washington, sous la houlette des Instituts nationaux (américains) de santé (NIH).

Le candidat vaccin est le "mRNA-1273". Il a été mis au point par les chercheurs des NIH et de l’entreprise de biotechnologies Moderna, située près de Boston (côte Est). Ce premier essai clinique vise à étudier l’impact de l’injection intramusculaire de différentes doses de vaccin dans le bras des volontaires et de surveiller ses effets secondaires, comme des douleurs ou l’apparition de fièvre.

Ce produit contient l’information génétique des spicules, les "pics" du coronavirus, une substance que les scientifiques appellent "messager ARN". L’injection d’un ARN messager dans l’organisme entraîne son développement à l’intérieur du corps, déclenchant une réponse immunitaire sans avoir besoin d’infecter la personne avec la totalité du virus.

Traitements: Gilead et Takeda en tête

Du côté des traitements immédiats des personnes infectées par le coronavirus, c’est également aux États-Unis que les molécules les plus intéressantes ont été identifiées.

L’antiviral Remdesivir, élaboré par la société Gilead Sciences dans le cadre de la lutte contre le virus Ebola, est testé depuis le début du mois de mars en Chine, sur un millier de patients. Les résultats de cet essai devraient être connus début avril.

Le Remdesivir se modifie à l’intérieur du corps humain pour ressembler à l’un des quatre éléments constitutifs de l’ADN, les nucléotides. Lorsque les virus se répliquent, ils le font "rapidement et un peu négligemment", selon le virologue Benjamin Neuman interrogé par AFP. "Le Remdesivir pourrait être incorporé dans le virus lors d’une de ces réplications. L’antiviral ajouterait au virus des mutations non désirées qui pourraient le détruire".

Un temps soutenu par les investisseurs en Bourse, Gilead n’est pourtant pas encore sûr de son succès. Un médecin consulté par la chaîne américaine CNBC a évoqué les premiers résultats. Après un premier cas réussi d’un patient américain, deux autres personnes ont reçu le médicament en France. L’une est décédée tandis que l’autre s’est rétablie après 22 jours. Une mise à jour sur le Remdesivir devrait être publiée d’ici avril.

Un autre traitement très prometteur est celui de l’entreprise japonaise Takeda Pharmaceutical. Il dérive du plasma sanguin prélevé auprès de patients qui ont guéri de la maladie. Les anticorps générés par ces patients sont alors réintroduits dans les personnes contaminées. La thérapie actuellement en développement pourrait être parmi les premiers traitements approuvés pour l’agent pathogène mortel. Takeda bénéficierait d’une avance sur les autres car le traitement implique un processus qui a déjà l’approbation des régulateurs. "Nous n’avons pas à démontrer l’innocuité, nous devons simplement convenir avec les agences de réglementation sur la façon de démontrer que le titre d’anticorps présent dans le produit final est suffisant pour être efficace contre la maladie", a déclaré à Bloomberg Julie Kim, présidente de l’unité de thérapies dérivées du plasma de Takeda basée à Zurich. Elle a déclaré que la réponse de la FDA et de l’Agence européenne des médicaments serait déterminante pour le calendrier d’approbation, qui pourrait se produire dans les neuf mois.

La Belgique dans l’attente

De son côté, l’entreprise américaine Johnson & Johnson vient d’annoncer que son médicament utilisé pour traiter le VIH, le Darunavir, ne semblait pas avoir un quelconque effet pour le traitement des patients souffrant du coronavirus. Le groupe américain précise même que sa filiale (belge) Janssen, une entreprise pharmaceutique basée à Beerse, dans la province d’Anvers, ne disposait à ce stade d’aucune indication clinique ou pharmaceutique laissant penser que ce composé pourrait être intéressant dans les traitements contre le COVID-19. "Les quelques annonces faites en ce sens sont strictement anecdotiques", indique Johnson & Johnson. "Toutefois, nous continuons à analyser nos composés antiviraux afin de déterminer, in vitro, si l’un ou l’autre d’entre eux pourrait avoir un effet sur le SARS-CoV-2". Le Darunavir est un inhibiteur de protéase, mis sur le marché par Janssen.

En Belgique, il reste encore à passer en revue les milliers de molécules américaines promises à l’Institut Rega (de recherche interdisciplinaire en science de la santé de l’Université de Louvain), grâce à un financement de la Fondation Bill et Melinda Gates.

Ce vivier moléculaire de quelque 15.000 composés médicaux potentiels en provenance des collections de l’Institut Scripps (Californie) n’est cependant pas encore arrivé dans les laboratoires louvanistes, précise-t-on à Louvain.

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