Ses règles budgétaires évacuées, l'Europe réfléchit à un plan de riposte

Le président de l'Eurogroupe Mario Centeno envisage "une nouvelle ligne de défense" contre le coronavirus. ©REUTERS

Les ministres européens des Finances ont fait sauter temporairement les règles budgétaires européennes, lundi. C'est la mesure collective la plus forte qu'ils ont adoptée depuis le début de la crise du coronavirus. Vont-ils s’accorder sur un plan de relance à l’échelle européenne?

L'Europe a poursuivi lundi la mise en place de mesures d’urgence consensuelles dans le volet économique de la crise du coronavirus. Ses ministres des Finances ont comme attendu scellé le sort du Pacte de stabilité et de croissance: décision inédite, encore impensable il y a quelques semaines, les Vingt-Sept ont décidé de s’affranchir collectivement de leurs obligations budgétaires en activant la clause dérogatoire générale du Pacte. Cela doit leur permettre d'engager des dépenses exceptionnelles sans crainte d'un retour de bâton européen.

C'est la décision collective la plus forte prise à ce jour par les ministres des Finances pour contrecarrer la crise. Elle intervient alors que la Commission européenne met de son côté en application sa décision d'assouplir les règles qui encadrent les aides d’État, validant en cascade les nouveaux régimes d'exception mis en place au niveau national pour soutenir les entreprises.

Question de principe

Si ces mesures sont inédites, elles ne constituent pas une "stratégie de riposte coordonnée", demandée le 17 mars par le Conseil européen aux ministres des Finances. Comment pourrait-elle se traduire? Le débat reprend ce mardi lors d’une nouvelle réunion en visioconférence des grands argentiers.

"La discussion est difficile, mais elle est devenue un peu moins urgente maintenant que la Banque centrale européenne a acheté un peu de temps."
Nicolas Véron
Économiste, Bruegel

Dimanche, c’est un plan Marshall européen qu’a demandé le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, en référence au plan américain lancé après-guerre pour soutenir le redressement de l'Europe. Quelques jours plus tôt, l’Italie demandait la création de "Corona bonds", emprunts communs pour financer les services de santé et limiter les dégâts économiques de la crise.

"La discussion est difficile, mais elle est devenue un peu moins urgente maintenant que la Banque centrale européenne (BCE) a acheté un peu de temps", observe l'économiste Nicolas Véron, membre du think tank Bruegel. Le 18 mars, la BCE avait dégainé un programme d'urgence de rachat de dettes pour 750 milliards d'euros, Christine Lagarde précisant qu'il n'y a "pas de limite à son engagement envers l'euro". Pour Nicolas Véron, la question à ce stade ne devrait pas tant être si ou comment le MES ou un autre outil doit intervenir. "C'est plutôt un problème de principe: quel est le type de dépense sur lequel il y a un partage du risque et quelle est la nature de ce partage du risque. Une fois qu'il y aurait un accord politique, alors il pourrait y avoir une discussion sur l'ingénierie institutionnelle", considère-t-il.

Voies praticables

Dans les faits pourtant, la discussion porte aussi sur la manière. "À ce stade, on se concentre sur ce qui est réalisable, ce sur quoi l'ensemble des États membres peuvent se mettre d’accord, et il y a des voies qui ont l'air d'être un peu plus praticables que d’autres…", observe une source diplomatique, en pointant le Mécanisme européen de stabilité (MES). Le MES draine de l’argent sur les marchés qui est garanti par les gouvernements – en un sens, il s’agit déjà d’une forme d’obligations communes. Il est doté d’une force de frappe de 410 milliards d’euros: si on y fait appel, faudra-t-il tout utiliser, voire le renforcer? Le cas échéant selon quelles conditionnalités? Faudrait-il au contraire explorer d’autres formes de mise en commun des risques? Rien n’est arrêté, mais "il y a une volonté politique d’explorer le sujet", indique une autre source proche des discussions.  

La discussion est donc rouverte ce mardi, mais vu son degré de maturation il ne faut pas s'attendre à de grandes annonces à ce stade, estiment deux sources proches des discussions.

Lire également

Publicité
Publicité