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Un an après les élections: Covid-19, le grand tournant des partis politiques

Le Covid-19 a tout changé, alors que le paysage semblait bloqué depuis les élections du 26 mai 2019. La crise sanitaire, puis économique, provoquera-t-elle un sursaut? ©Photo News

Un an après les élections du 26 mai 2019, la crise du Covid-19 peut être une formidable opportunité pour certaines formations politiques francophones. Qui y gagne, qui y perd? Éclairage avec Jean Faniel, directeur du Crisp.

Dans quel monde la crise du Covid-19 fera-t-elle basculer l’humanité? Vaste question qui, même ramenée à l’échelle de la politique belge, charrie davantage d’interrogations que de réponses. Le virus n’a pas encore débloqué la situation alors que la famille socialiste entame un nouveau round de pourparlers. C’est une reprise après deux mois de confinement et de pouvoirs spéciaux accordés au gouvernement Wilmès II (38 députés sur 150 appartenant au MR, à l'Open Vld et au CD&V). Une reprise qui s’effectue dans un contexte d'incertitude.

Ainsi, Wilmès II tiendra-t-il d’ici septembre quand la Première ministre devra redemander la confiance du Parlement? Si son gouvernement d’urgence tombe avant, un autre verra-t-il le jour? Si aucune majorité se dégage en septembre, reviendra-t-on à un gouvernement d’affaires courantes? Wilmès II sera-t-il renforcé ou trouvera-t-on un consensus pour provoquer des élections anticipées? Dans quel état se trouvent les partis francophones? L'Echo tente d'y voir plus clair avec Jean Faniel, directeur général du Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp).

 

Un cordon pour le PTB

Le PTB pourrait profiter de la crise sociale et de son isolement politique. Son porte-parole Raoul Hedebouw nourrit une campagne permanente depuis la Chambre. ©BELGA

Tous les jeudis, c’est le Raoul Hedebouw show. Le député du PTB profite des questions d’actualité à la Chambre pour mobiliser son public. Ses vidéos font le tour des réseaux sociaux. Le PTB n’a soutenu ni les pouvoirs spéciaux ni la confiance à Wilmès II et est exclu de toute consultation en vue de former un gouvernement.

"Le PTB a pu confirmer certaines craintes", ajoute Jean Faniel. Il pointe "plusieurs demandes" historiques du patronat rencontrées dans les arrêtés de pouvoirs spéciaux (travail des étudiants, heures d’ouverture des commerces, etc.). Autant de grains à moudre. Pour le Crisp, cette crise a élargi le cordon sanitaire – généralement réservé à l’extrême droite - au PTB "qui n’est pourtant pas isolé sur certaines de ses revendications". Il cite l’impôt sur les grandes fortunes, également réclamé par la CSC.

"L'approche du PS peut paraître moins sexy que le radicalisme du PTB mais peut aussi rassurer."
Jean Faniel
Directeur général du Crisp

Le PS coincé

Le PS est incontournable. Il soutient les pouvoirs spéciaux mais n’est pas forcément en mauvaise posture. À la faveur de la crise, il peut structurer un discours autour de son core-business: la protection sociale, les soins de santé, l'investissement public. "Son approche peut paraître moins sexy que le radicalisme du PTB mais peut aussi rassurer", analyse Jean Faniel. Si l'approche traditionnelle de la gauche semble confortée par la crise, le PS belge est toujours coincé entre une alliance non désirée avec la N-VA et sa volonté de remonter au pouvoir. 

Opportunité verte

Pour Ecolo également, la crise peut être l’occasion "de construire un discours positif sur l’avenir". Beaucoup de gens estiment que la globalisation et l’accélération des échanges ont favorisé la propagation du virus", dit Jean Faniel. Cette crise peut-être présentée comme une opportunité de modifier le paradigme social. Cependant, Ecolo avait bénéficié d’une campagne 2019 favorable, l’urgence climatique s’étant imposée dans le débat. En cas de scrutin anticipé, ce terreau ne sera plus aussi prépondérant, une baisse n'est donc pas à exclure. 

"Si on met bout à bout les déclarations de Georges-Louis Bouchez, cela peut donner un tableau embrouillé, voire incohérent."
Jean Faniel
Directeur général du Crisp

Le MR occupe le terrain

Le président du MR Georges-Louis Bouchez, lui, multiplie les apparitions médiatiques. "Si on met bout à bout ses déclarations, cela peut donner un tableau embrouillé, voire incohérent", dit Faniel. Mais l'omniprésence peut également s'avérer payante.

L’autre étoile du MR, la Première ministre Sophie Wilmès, a toutefois pâli au fil de la gestion de crise. En raison d’une communication erratique et de la contestation du monde médical qui prend de l’ampleur. "Le MR n’a pas intérêt à trop courroucer les médecins", observe le directeur du Crisp. Et attention au focus sur les soins de santé qui met à mal le bilan du gouvernement Michel dont Wilmès I et II sont issus. Le MR toutefois, est très difficilement contournable au fédéral. 

Il reste les deux petits partis du centre – le cdH et DéFi – qui ont également soutenu les pouvoirs spéciaux et la confiance à Wilmès II. Sans être au premier plan, ils ont su exister malgré leur poids politiques limités. Un climat de crise n'est toutefois pas de nature à favoriser les petits et moyens partis.

Et Jean Faniel de prévenir: des élections anticipées à la rentrée coïncideraient pratiquement avec les élections sociales, reportées à la fin du mois de novembre. Des partis politiques en campagne en même temps que les syndicats? Attention: cocktail détonnant.

Un an après les élections

DOSSIER | Un an après les élections

Le Covid-19 a tout changé alors que le paysage semblait bloqué depuis les élections du 26 mai 2019. La crise sanitaire puis économique provoquera-t-elle un sursaut? Comment la politique est-elle pratiquée en ces temps troublés? État des lieux.

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