Un porte-avions nucléaire américain touché par le coronavirus

Le Theodore Roosevelt est un des dix porte-avions nucléaires qui constituent l'épine dorsale de la marine américaine. ©EPA

Le Covid-19 s'est propagé au sein du porte-avions nucléaire USS Theodore Roosevelt, immobilisé à Guam dans le Pacifique. Son équipage a commencé à être évacué. Mais un millier d'hommes devront rester à son bord.

Pour la première fois depuis la guerre du Pacifique, la marine américaine voit un de ses porte-avions mis temporairement hors de combat. Le Covid-19 s'est propagé au sein du porte-avions nucléaire USS Theodore Roosevelt, immobilisé à Guam dans le Pacifique, et son équipage a commencé à être évacué.

Après plusieurs jours de refus, l'US Navy a commencé à évacuer les trois quarts de l'équipage du navire géant (88.000 tonnes à pleine charge), un des dix porte-avions qui constituent l'épine dorsale de la marine américaine. 

Le Theodore Roosevelt est immobilisé dans la base de Guam depuis le 28 mars, peu après la découverte de trois cas de Covid-19 à bord. Guam est un territoire non incorporé des États-Unis. L'île abrite depuis juillet 1944 deux bases majeures, l'une aérienne et l'autre navale, qui occupent environ 30% des terres.

"Nous ne pouvons pas retirer tous les marins du navire et nous ne le ferons pas."
Thomas Modly
Secrétaire à l'US Navy

Un espace limité

Plus de 1.200 des membres de l'équipage ont été testés au Covid-19 et 93 d'entre eux sont positifs, dont 7 asymptomatiques. Tous les résultats des tests ne sont pas encore connus, mais 593 ont été négatifs. La rapidité de la propagation du virus à bord du Theodore Roosevelt n'est pas étonnante pour un équipage de 4.865 personnes partageant un espace limité, avec des dortoirs pour les marins et des chambrées de trois couchettes pour les officiers. Seuls les plus hauts gradés bénéficient d'une cabine individuelle.

L'idée est de placer les marins malades ou testés positifs en quarantaine sur la grande base navale et ceux qui ne sont pas atteints par le coronavirus dans des hôtels de l'île, tout en donnant plus d'espace au millier de marins restant à bord, pour leur permettre de respecter une certaine distanciation sociale. L'exercice s'avère difficile, l'île de Guam cherchant à protéger sa population et la Navy voulant maintenir la sécurité de l'imposant navire militaire.

Le Theodore Roosevelt croisait jusqu'ici dans le Pacifique pour chercher à contrer l'influence croissante de la Chine dans cette région. ©Photo News

Maintenir la sécurité

"Nous ne pouvons pas retirer tous les marins du navire et nous ne le ferons pas", a indiqué mercredi à la presse le secrétaire à l'US Navy, Thomas Modly. "Ce navire a des armes à son bord, il a des munitions, il a des avions très chers et il a une centrale nucléaire. Il faut un certain nombre de gens pour maintenir sa sécurité".

"Si le navire doit partir, s'il y a une crise, le navire peut partir", a encore ajouté Modly. "C'est une des raisons pour lesquelles nous maintenons à bord les capacités nécessaires pour pouvoir le déplacer en cas d'urgence", a ajouté le secrétaire à la Navy, pour qui il serait impossible de maintenir le porte-avions en bon état avec seulement 10% de son équipage.

Un dilemme

Le coronavirus représente un dilemme pour l'armée américaine, qui est fortement mobilisée aux États-Unis, où elle participe aux efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l'épidémie. Mais elle doit rester opérationnelle pour continuer à démontrer la puissance militaire des États-unis à l'étranger. Le ministre de la Défense Mark Esper avait refusé mardi de parler d'évacuation.

Le Theodore Roosevelt croisait jusqu'ici dans le Pacifique pour chercher à contrer l'influence croissante de la Chine dans cette région. Sa dernière escale remonte au 4 mars, lorsqu'il avait effectué une visite hautement symbolique dans le port de Danang, au Vietnam, alors que l'épidémie de Covid-19 s'était déjà largement propagée en Asie.

Deux semaines plus tard, les premiers cas de Covid-19 étaient décelés à bord. Et mardi, le commandant du porte-avions lançait un appel à l'aide aux accents dramatiques. "Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent", écrivait le capitaine de vaisseau Brett Crozier, prévenant que si le porte-avions n'était pas évacué et stérilisé immédiatement, il y aurait "des pertes".

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