Une "catastrophe, pire que le lockdown" pour l'horeca

Les bars et restaurants vont devoir rester portes closes pendant trois semaines. ©O Restaurant

Le secteur de l'horeca s'inquiète de la fermeture des établissements exigée jusqu'au 3 avril. Une perte de 800 millions d'euros pour le secteur est évoquée. Les différentes organisations appellent le gouvernement à prendre des mesures pour soutenir les patrons des bars, cafés, restaurants... Une réunion est prévue ce vendredi avec le ministre Ducarme.

Cela fait partir des mesures de restrictions annoncées jeudi soir par la Première ministre Sophie Wilmès pour lutter contre la propagation du coronavirus: les bars, cafés, restaurants, discothèques fermeront leurs portes ce vendredi minuit jusqu'au 3 avril inclus. Précisons que les snacks, les food trucks et autres établissements "take away" ne sont pas visés.

186.000
salariés
L'horeca compte en Belgique 186.000 salariés et 60.000 patrons de commerces.

Sophie Wilmès ne nie pas que ces mesures auront un impact économique, mais, dit-elle, "la santé prime". "Si nous prenons ces mesures maintenant, nous n'aurons pas de catastrophe comme dans d'autres pays où l'impact économique est plus important encore." Les trois prochaines semaines risquent donc d’être compliquées pour les 186.000 salariés et 60.000 patrons de commerces horeca en Belgique.

Et les hôtels?

Les hôtels peuvent continuer à accueillir des clients, mais leur éventuel restaurant doit lui rester fermé. On nous informe que pour les petits déjeuners, certains établissements ont opté pour le panier livré en chambre.

Néanmoins, l'hôtellerie n'est pas davantage rassurée."La crise est deux à trois fois plus grave qu'après les attentats", regrette le président de la Brussels Hotel Association (BHA).  

Un impact "direct et violent"

"C’est une catastrophe, une situation inédite, incomparablement plus préoccupante que le lockdown suite aux attentats de 2016", lâche Philippe Trine, le vice-président de la Fédération Horeca Bruxelles. Il constate que depuis le début de la semaine, le secteur bruxellois est confronté à de nombreuses annulations de réservations (50% à 80%). "La semaine dernière, le chiffre se situait entre 30% et 50%."

"Il n'y aura tout simplement plus de recettes alors qu'une série de charges (loyers, amortissements, frais fixes...) continueront à courir. Des milliers d'entreprises parfaitement saines risquent de se trouver à court de trésorerie et étranglées."
SDI

L'Union des classes moyennes parle d'un impact économique "direct et violent" sur ce secteur, mais aussi sur le secteur de la culture et des loisirs. Des inquiétudes partagées par les organisations syndicales, le Syndicat des indépendants et des PME (SDI) et le Syndicat neutre pour indépendants (SNI). 

Horeca Vlaanderen estime les pertes de revenus des acteurs à environ 800 millions d'euros sur les quelque 9 milliards d'euros annuels de chiffre d'affaires pour les restaurants belges contre près de 2 milliards pour les établissements de débits de boissons.

800 millions
euros
Horeca Vlaanderen estime les pertes de revenus des acteurs à environ 800 millions d'euros sur les quelque 9 milliards d'euros annuels de chiffre d'affaires pour les restaurants belges contre près de 2 milliards pour les établissements de débits de boissons.

Sur le terrain, les patrons d'établissements s'inquiètent de l'immédiateté de la mesure. Les marchandises sont en effet rentrées pour le weekend. Il va falloir annuler les prochaines livraisons, mais aussi les prochaines réservations.

Pour les restaurateurs, il reste une possibilité: le service traiteur. Ils seront soutenus par le guide Gault et Millau qui annonce la création d'une page spéciale "Chef’s Take Away Collection". Elle regroupera les restaurants de la sélection auprès desquels on trouve des plats à emporter.

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Soutenir le secteur

"Il n'y aura tout simplement plus de recettes alors qu'une série de charges (loyers, amortissements, frais fixes...) continueront à courir. Des milliers d'entreprises parfaitement saines risquent de se trouver à court de trésorerie et étranglées". Le SDI ajoute que "si rien n'est fait pour aider ces entreprises et ces commerces, les chiffres des faillites vont rapidement plonger à des niveaux jamais atteints".

Dans le secteur, on évoque plusieurs mesures potentielles de soutien, non sans ajouter l'importance en cette période de crise d'avoir un gouvernement de plein exercice. Ces mesures seraient:

• un fonds d'indemnisation suffisamment doté. Le SDI réclame d'urgence la mise en place de cette mesure qui devrait "permettre à tout indépendant ou entreprise subissant un préjudice d'y faire appel;

• une suspension des taxes terrasse et tourisme pour l’année 2020. Une mesure prônée par la fédération flamande de l’horeca. L'UCM va plus loin et parle du gel du paiement de toute une série de taxes, ainsi que le remboursement des prêts hypothécaires;

• une intervention de l'Inami dès le premier jour de maladie d'un employé, propose encore l'UCM.

La Fedcaf Belgium (Fédération des Cafés de Belgique) affirme "comprendre" les décisions des autorités, mais demande aussi que le gouvernement comprenne en retour que la situation de secteur de l'horeca, déjà en grande difficulté, "s'aggravera". "Il est impératif que le gouvernement prenne des mesures compensatoires immédiates".

Sur les ondes de Bel RTL, Pierre-Frédéric Nyst, président de l'UCM affirme qu'un report des paiements n'est pas solution, car il faudra toujours payer. "Ce qu'il faut, c'est une mise à zéro de la période et donc annuler cotisations, taxes et impôts pour la période." Il ajoute qu'une injection de cash est nécessaire.

Le cabinet du ministre des Indépendants et PME Denis Ducarme a déjà précisé jeudi soir avoir pris des contacts avec les fédérations horeca. Une réunion avec celles-ci est prévue ce vendredi, pour discuter notamment de mesures supplémentaires en faveur du secteur.   

La ministre de la Santé, Maggie De Block annonce déjà une exonération de la cotisation sociale pour le premier trimestre. 

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