Vent de football panique dans le monde du sport

Coronavirus oblige, le match de Ligue des Champions entre le PSG et le Borussia Dortmund s'est déroulé mercredi dans un stade vide ©Photo News

Les annulations et reports de compétitions sportives se succèdent. Le championnat de Belgique de foot est suspendu. Certains agitent même le spectre du report de l'Euro de football voire des JO de Tokyo.

S’il y a bien un domaine touché directement par le coronavirus, c’est celui du sport. Coupes d’Europe de foot, classiques cyclistes, Grand Prix de F1, tournois de tennis, marathons de masse, NBA… Les annonces d’annulations ou reports pullulent.

Ainsi, après avoir joué au village gaulois en Europe, la Pro League a finalement décidé de faire jouer tous les matchs de la dernière journée de la phase régulière du championnat de foot prévus dimanche prochain à huis clos et de reporter la finale de la Coupe de Belgique programmée le 22 mars. Ceci avant que le Conseil national de sécurité ne décide jeudi en fin de soirée d'annuler les rencontres prévues jusqu'au 3 avril. La Pro League devra donc statuer rapidement sur l'avenir des plays-offs.

Mais le pire reste peut-être à venir. On songe évidemment aux deux grands événements de l’année: l’Euro 2020 de football et les Jeux Olympiques. Alors que plusieurs rencontres de Coupe d’Europe se sont jouées à huis clos ou ont été postposées, que plusieurs grands championnats ont été mis en veilleuse ou se déroulent devant des tribunes vides, l’UEFA n’a convoqué que pour mardi prochain ses 55 fédérations pour une réunion en vidéoconférence pour faire le point.

Selon le journal L’Équipe, l’UEFA devrait annoncer la suspension provisoire de la Ligue des champions et de l’Europa League et, surtout, le report de l'Euro en 2021. Objectif: pouvoir mener à leur terme les deux coupes européennes sans être bloqué par les dates de l'Euro 2020, prévu du 12 juin au 12 juillet.

- 1,5%
de PIB
Des économistes de Nomura prévoient une contraction de 0,7% du PIB du Japon en 2020, qui pourrait même atteindre 1,5% si les JO étaient annulés

Douze pays touchés

Cet Euro doit se dérouler exceptionnellement dans 12 pays, dont l’Italie. Tous sont touchés par le coronavirus. L’impact économique serait considérable, car il n’est pas dit qu’un report à une date ultérieure permettrait de compenser le manque à gagner. À titre d’exemple, les retombées économiques de l’Euro 2016 ont atteint plus de 1,2 milliard d’euros pour la France, pays organisateur.

"Nos sponsors sont des partenaires compréhensifs et les JO ne sont pas le seul moment où ils peuvent bénéficier de l’image des athlètes."
Philippe Vander Putten
CEO du Comité olympique belge

Les JO de Tokyo doivent suivre du 24 juillet au 9 août. Si la gouverneure de Tokyo a jugé impensable de les reporter ou de les annuler, un membre du comité d'organisation a évoqué un report, sans donner de date. Avec quelles conséquences pour l’économie japonaise?

Selon l’institut Capital Economics, l'impact d'une annulation serait limité car le gros des investissements a déjà été réalisé et a donc plutôt contribué au PIB national ces dernières années. Une annulation serait en revanche un coup dur pour le tourisme (600.000 visiteurs sont attendus) et la consommation en général qui sont déjà en crise. Les économistes de Nomura prévoient une contraction de 0,7% du PIB cette année, qui pourrait même atteindre 1,5% si les JO étaient annulés.

"Contrairement au Brésil il y a quatre ans, le Japon est prêt, c’est déjà ça, tente de se rassurer Philippe Vander Putten, CEO du Comité olympique belge (COIB) ; le problème c’est au niveau sportif ; on a des athlètes qui doivent encore se qualifier pour les JO, or les compétitions sont suspendues ou annulées." Le COIB a en outre dû supprimer un gros événement qui aurait dû réunir mardi prochain un millier de personnes (sponsors, sportifs, officiels….) et rapporter du sponsoring supplémentaire.

Si d’aventure les JO doivent passer à la trappe, quelles seraient les conséquences pour le COIB financé majoritairement par des sponsors (EY, Delhaize, Belfius, AG, Loterie…) ? Devrait-il les indemniser ? "Ce serait un cas de force majeure car n’étant pas de notre ressort, répond le CEO, mais nos sponsors sont des partenaires compréhensifs, en outre les JO ne sont pas le seul moment où ils peuvent bénéficier de l’image des athlètes."

Force majeure

La force majeure, c’est ce que devraient invoquer les organisateurs d’événements vis-à-vis de leurs stakeholders ; détenteurs de droits télé, sponsors, supporters… "Cela suppose trois conditions, relève Sébastien Ledure, avocat spécialisé en droit du sport : un événement imprévisible, non imputable à la faute d'une personne et irrésistible, c’est-à-dire qui rend impossible l'exécution du contrat. Si les deux premières sont incontestables, la troisième est discutable, car le contrat peut être exécuté puisque, jusqu’à nouvel ordre, la Jupiler Pro League, la Ligue des Champions ou l’Euro ne sont pas annulés. 

 Par contre si c’est "le fait du prince", c’est-à-dire si le gouvernement décide d’interdire des matchs, là les trois conditions sont remplies." "Les contrats sont rédigés en faveur des ligues sportives, qui vont tout faire pour ne pas rembourser", estime de son côté Pierre Maes, juriste consultant en droits sportifs. "Les uns et les autres vont devoir se mettre à table pour négocier", ajoute Sébastien Ledure. On peut ainsi imaginer des gestes commerciaux comme des espaces gratuits sur les chaînes de télé pour les annonceurs, des réductions sur les abonnements au stade pour la saison prochaine pour les fans, etc. 

Enfin, ce climat ne fait pas les affaires du spécialiste liégeois de l’image vidéo EVS, très présent sur les grands événements sportifs avec ses serveurs. L’analyste de la KBC s’inquiète des incertitudes autour des JO. Pourtant dans une récente interview à L’Écho, son CEO, Serge Van Herck avait indiqué que son carnet de commandes pour ces événements dépassait les 12 millions d'euros: "Ils sont sécurisés depuis l’été dernier, et dans le même ordre de grandeur qu’il y a deux ans lors de la Coupe du Monde."

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