interview

Virginie Dufrasne (Lixon): "La construction devra peut-être travailler en juillet pour rattraper le temps perdu"

Depuis début avril, Virginie Dufrasne, l'administratrice déléguée de Lixon, travaille à la relance de l'entreprise de construction. ©Debby Termonia

Après le déconfinement, de grands changements interviendront dans le secteur de la construction. Il faudra rattraper le temps perdu et changer certaines habitudes sur les chantiers, ce qui aura un coût. Ce sera le cas chez Lixon, l'entreprise dirigée par Virginie Dufrasne.

Des annonces attendues ce vendredi soir, Virgine Dufrasne n'était pas sure d’attendre grand-chose. "Car, légalement, on a toujours pu travailler", explique la patronne de Lixon. Par contre, pratiquement, l’entreprise de construction s’est très vite retrouvée à l’arrêt, la distanciation sociale étant difficile à appliquer sur de grands chantiers, quand ses sous-traitants et fournisseurs ont été paralysés.

"Dès début avril, on a commencé à réfléchir à la sortie", évoque celle qui a repris la tête de l’entreprise familiale il y a près d’une dizaine d’années maintenant.

Avec quelle idée?

De relancer la machine peu à peu après Pâques. On y est arrivé. Même si, évidemment, des 40 chantiers qu’on avait en route avant la crise, tout n’a pas encore repris.

"On pense redémarrer l’ensemble des chantiers d’ici la semaine du 4 mai."
Virginie Dufrasne
Administratrice déléguée de Lixon

À quand un retour à un rythme de croisière?

On pense redémarrer l’ensemble des chantiers d’ici la semaine du 4 mai. Mais avec une cadence peut-être moindre les premières semaines. Car si les équipes sont mobilisées, conscientes de la nécessaire relance, tout dépend de la chaîne d’approvisionnement et du go des clients au final. Alors, là, nous passons du temps à contacter sous-traitants et fournisseurs.

Quid des mesures de précaution sur site?

C’est tout un défi. Car on n’est pas dans une usine avec un personnel stable. On a des dizaines de chantiers, faisant appel à des dizaines de sous-traitants, chacun tirant parti d’une dizaine d’ouvriers. Tout cela, avec des rotations d’équipes et du personnel parfois moins informé.

Hormis la distanciation sociale, les masques et le gel, d'autres adaptations sont prévues?

En chiffres

Lixon

  • Entreprise générale de construction fondée en 1895
  • 100% familiale
  • 220 collaborateurs
  • 70 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019

Après analyse de risques, on a pris des mesures adéquates. Notamment de sensibilisation sur chantier. Sinon, le transport individuel des équipes va, par exemple, être privilégié, là où les camionnettes pouvaient transporter plusieurs personnes auparavant. Cela aura clairement un coût – dont écologique, d'ailleurs. Mais on n’a pas le choix.
Aussi, au niveau des installations, on va devoir revoir tout ce qui tourne autour des baraques et sanitaires. On devra peut-être en installer plus, ou prévoir des pauses par alternance.

Des tests ont eu lieu?

Non, on privilégie un système de checklist, afin de surveiller chaque jour la situation.

Quel sera, in fine, l’impact de ce "stop"?

Près de deux mois de perte de chiffre d’affaires, potentiellement. Mais on a de la chance d'être une entreprise solide, avec des réserves.

"Du côté des permis d’urbanisme, on espère un œil plus constructif de l'administration pour permettre la relance."
Virginie Dufrasne

Comment allez-vous y répondre? Et aux retards?

La confédération est en discussion avec les syndicats pour voir s’il n’est pas possible de travailler pendant le congé du juillet – du jamais vu. Nous y sommes favorables. Et l’accueil est positif du côté des collaborateurs qui, de toute façon, se disent qu’ils ne pourront pas voyager au vu du maintien possible de la fermeture des frontières.

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Pour la promotion immobilière, on croise aussi les doigts pour que l’administration, du côté des permis d’urbanisme, outre un retard qu’on espère limité, présentera un œil plus constructif pour permettre la relance. Elle aura, en effet un vrai rôle à jouer, à ce niveau.

Quid de la chaîne d’approvisionnement? Du changement?

De manière générale, nous n’avons pas souffert du confinement en Chine, mais plutôt de la fermeture de pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Pologne, par exemple. Heureusement, le secteur de la construction est relativement local, avec de la main d’œuvre en partie locale, du béton local,… On fait beaucoup confiance à nos partenaires ici en Wallonie et on continuera à les privilégier.

Un rapatriement de production ici en Belgique, plausible?

Je ne pense pas que cette crise ramènera plus d’usines ici, non. Le modèle restera européen.

"Les entreprises et les particuliers pourraient annuler ou postposer leurs investissements dans la brique."
Virginie Dufrasne

Doit-on s’attendre, chez Lixon, à des coupes dans les effectifs?

Notre carnet de commande est rempli pour un an et demi. On doit donc tout sauf baisser la voilure. Il n’y a pas de risque pour l’emploi. Par contre, les nouveaux projets privés, en B2B ou B2C, pourraient baisser dans les prochains mois. Les entreprises et les particuliers pourraient en effet annuler ou postposer leurs investissements dans la brique.

Un incitant pourrait aider?

Après la crise de 2008, il a été décidé de baisser la TVA de 21 à 6% sur la démolition/reconstruction dans toutes les communes. On pourrait s’en inspirer. De même que réduire en partie la TVA sur les biens neufs pour inciter les ménages à investir maintenant. Côté marchés publics, il faudrait des investissements plus ambitieux en infrastructure et bâtiments. Sinon, on pourrait voir un ralentissement de l’activité...

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