Wilmès défend un instrument de dette anticrise

Sophie Wilmès plaide avec huit autres chefs de gouvernement et d'État pour la création d'emprunts communs européens pour répondre à la crise. (Photo: 19 mars) ©BELGA

Alors que les ministres des Finances sont divisés sur les prochaines étapes à suivre pour limiter l’ampleur de la crise, le Conseil européen de jeudi doit donner un nouveau signal. Plusieurs dirigeants, dont Sophie Wilmès, plaident pour un instrument de dette anticrise.

Face à une crise symétrique qui touche l'ensemble de l'Union et dont aucun État ne porte la responsabilité, la Première ministre belge Sophie Wilmès et huit autres dirigeants européens plaident dans une lettre au président du Conseil européen pour la création d'un instrument de dette anticrise, "émis par une institution européenne pour lever des fonds sur le marché sur la même base et au bénéfice de tous les États membres".

"Nous devons travailler sur un instrument de dette commun [...] pour lever des fonds sur les marchés sur la même base et au bénéfice de tous les États membres."
Sophie Wilmès, Emmanuel Macron, Kyriakos Mitsotakis, Leo Varadkar, Giuseppe Conte, Xavier Bettel, Antonio Costa, Janez Jansa, Pedro Sanchez
Chef.fe.s de gouvernements et d'État de Belgique, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Portugal, Slovénie et Espagne

À la veille d'un nouveau Conseil européen par visioconférence, cet appel solennel apparaît comme une réponse au scepticisme de plusieurs pays du Nord, dont les Pays-Bas et l'Allemagne, sur la mutualisation de dette. La Belgique ne défend pourtant pas l'idée italienne de créer des obligations communes, ou "corona bonds". "Elle essaye d'être un trait d'union, un point d'équilibre entre solidarité et responsabilité", explique-t-on au cabinet de la Première ministre.

Les ministres des Finances attendent un mandat clair du Conseil européen pour poursuivre leurs discussions sur la manière d'utiliser le fonds pompier de l’Union, le Mécanisme européen de stabilité (MES). L’option sur la table est de mettre à disposition des États une ligne de crédit de précaution (ECCL) de 240 milliards d'euros, qui leur permettrait d’obtenir un matelas de 2% de leur produit intérieur brut. Cet argent ne serait pas voué en premier ressort à être dépensé mais à rassurer les marchés. Les ministres peinaient à s'accorder sur les conditionnalités qui seraient assorties à ces emprunts.

Une réponse protéiforme

Parallèlement à ce débat, la Banque européenne d’investissement a proposé mardi la création d’un fonds de 25 milliards d’euros qui lui permettrait de mobiliser 240 milliards d’euros de prêts de crise aux entreprises. Aucun État membre (actionnaire) ne s'y est opposé, et la formule devrait pouvoir être mise en place dans les semaines qui viennent.

Cela s’ajoute aux mesures budgétaires prises par les États, un peu plus de 350 milliards d’euros (2% du PIB de la zone euro), à la contribution de la Commission européenne, 100 milliards environ, et à la planche à billets de la Banque centrale européenne, dont les mesures cumulées injectent plus de 1.100 milliards d’euros dans le système monétaire.

Il est trop tôt pour évaluer l’amplitude de la crise économique – directement liée à la durée de la crise sanitaire – mais les modèles de la Banque centrale européenne pointent tous vers une récession européenne cette année: -1,5% dans le meilleur des cas, -8,5% dans le scénario le plus noir.

Lire également

Publicité
Publicité