reportage

Wuhan: le jour d'après

À Wuhan, le contrôle des citoyens continue même si la journée de mercredi marque le lèvement du confinement. ©AFP

Pour les 11 millions d’habitants de Wuhan, c’est un soulagement. Après bientôt 80 jours de confinement, à vivre enfermés dans leurs appartements, ils vont enfin pouvoir sortir et même quitter la province.

"C’est une victoire contre la maladie, commente un représentant de la mairie. Déjà, nous avons pu fermer les hôpitaux d’urgence et autoriser certaines personnes à quitter leur domicile pour aller travailler. Désormais elles pourront même voyager". 

©AFP

Depuis quelques jours, les trains arrivaient à nouveau dans la gare centrale de Wuhan chargés de passagers qui peuvent enfin retrouver leurs familles. Mais les départs étaient impossibles. "Il sera désormais autorisé sous certaines conditions de quitter la ville de Wuhan et la province du Hubei", explique une notice officielle qui décrit les nouvelles obligations: obtenir un certificat médical de bonne santé, une attestation de l’employeur vous demandant de retourner travailler et, surtout, avoir un code électronique attestant que vous n’avez pas été en contact avec une personne malade depuis au moins 14 jours.

QR Code

Ce QR code que l’on obtient via son téléphone portable est le nouveau sésame pour se déplacer. Il doit être vert sous peine d’interdiction de voyager.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Mais tous les habitants de Wuhan ne pourront pas se déplacer comme avant. Les personnes sans emploi indispensable, les personnes âgées ou les enfants n’auront le droit de se déplacer que deux heures par jour pour prendre l’air et faire quelques courses. Les barricades qui avaient été installées pour emmurer les habitants et les empêcher de sortir sont petit à petit enlevées et les premières heures de liberté sont parfois déchirantes.

Sur les réseaux sociaux, on voit circuler des vidéos montrant des gens en larmes titubant dans les rues comme aveuglés par le soleil. Parfois ce sont aussi des images de violences comme lorsque des ouvriers du Hubei ont voulu se rendre dans la province voisine du Jiangxi. Ils ont été arrêtés par la police au péage qui sépare les deux provinces et sommés de rentrer chez eux. Le voyage s’est terminé en bataille rangée: voitures de police brûlées et déchaînement de violences. Même la police du Hubei a pris fait et cause pour ses compatriotes outrées par les réactions de leurs collègues de la province voisine.

Né à Wuhan, une tare

"Nous avons la possibilité de partir mais je sais bien que si je me rends à Pékin on m’empêchera de dormir à l’hôtel."

Les habitants de Wuhan savent bien qu’ils resteront encore longtemps des pestiférés. En Chine, votre province d’origine est indiquée sur tous les documents administratifs. Être né à Wuhan risque de devenir une tare. C’est ce que craignent certaines personnes que nous avons pu interroger. "Nous avons la possibilité de partir, mais je sais bien que si je me rends à Pékin on m’empêchera de dormir à l’hôtel, nous explique une dame contactée via Internet. Alors je préfère rester ici encore quelque temps en attendant que l’épidémie soit vraiment terminée".

Car malgré l’absence de nouveaux cas ces derniers jours en Chine, les mesures de surveillance n’ont pas été levées. C’est le cas notamment dans la capitale où 161.000 membres des comités de quartier, représentants du Parti communiste à l’échelon local, font la police dans les résidences et les petites rues des hutongs, les quartiers traditionnels. Pour ceux qui ont quitté Pékin ces deux dernières semaines, ou pour ceux qui arrivent du Hubei et bientôt de Wuhan, l’accueil promet d’être glacial. Le jour d’après pour les habitants de cette ville symbole de l’épidémie n’est pas encore un jour comme les autres.

Lire également

Publicité
Publicité