À défaut de solidarité, l'Union européenne risque de sombrer

Pour l'ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, l'Europe est "en danger de mort". ©PHOTOPQR/OUEST FRANCE

L'Europe est-elle en "danger de mort", comme l'affirme l'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors? L'Union européenne, fragilisée par de vieilles divisions entre États en pleine pandémie de coronavirus, n'a, en tout cas, plus le choix. Elle devra rebondir, ou sombrer.

L'économie européenne devrait connaître une importante récession en 2020, alors que les États de l'Union affichent leurs divisions sur la réponse à apporter à la pandémie de coronavirus. 

Selon Moody's, l'économie de la zone euro devrait se contracter de 2,2% de Produit intérieur brut (PIB) en 2020. IHS Makrit voit la croissance allemande reculer de 2% au premier trimestre. UBS une contraction de l'économie de la zone euro de 4,5% de son PIB cette année si le confinement devait se prolonger jusqu'à la mi-mai et de 1,7% s'il prenait fin mi-avril.

À cette récession s'ajoute une hausse des déficits publics liée aux mesures budgétaires indispensables aux politiques sanitaires prises pour contrer la propagation du virus. UBS anticipe un déficit public de la zone euro de 6,1% pour la fin de l'année. 

L'Europe "en danger de mort"

La situation appelle des mesures coordonnées et rapides de l'Union pour soutenir les États les plus fragiles et éviter un enlisement de la zone euro en territoire négatif.

"Le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne."
Jacques Delors
Ancien président de la Commission européenne

Or, lors du dernier sommet européen, le 26 mars, les Vingt-sept n'ont pu se prononcer sur les mesures économiques indispensables au soutien de la zone euro. Neuf pays, dont la France, l'Italie et l'Espagne, demandent la création d'obligations européennes permettant de mutualiser la dette. Les États du nord, Allemagne et Pays-Bas en tête, partisans de la rigueur budgétaire, s'y opposent. L'Eurogroupe a été chargé d'apporter des solutions dans deux semaines.

L'ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors, est sorti de sa réserve durant le week-end pour fustiger ce manque de solidarité. "Le climat qui semble régner entre les chefs d’État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l’Union européenne", a-t-il résumé.

Le débat continuait lundi, avec une intervention musclée du commissaire à l'Économie, l'Italien Paolo Gentiloni. "Le projet européen risque de sombrer. Il est clair que si les divergences économiques entre pays européens augmentent et si la crise accroît les différences entre divers pays européens, au lieu de les diminuer (...), il sera très difficile de maintenir en l'état le projet européen", a-t-il dit.

La Commission se défend

La Commission européenne tentait lundi d'apaiser les critiques, mettant en avant les mesures prises au début de la crise et des gestes de solidarité entre États, comme la proposition allemande d'accueillir des malades italiens. Elle estimait en outre que cette crise justifie l'adoption rapide du budget à long terme de l'UE (2021-2027), bloqué depuis des mois au Conseil européen. 

"Je ne comprends par pourquoi nous doutons toujours de nous-mêmes. L'Union est toujours sortie par le haut de ses crises."
Eric Mamer
Porte-parole de la Commission européenne

"La Commission a pris 42 décisions permettant d'aider les États membres à affronter les effets de la crise", plaidait Eric Mamer, le porte-parole de la Commission, soulignant les deux principales mesures-chocs prises par l'exécutif européen, l'activation de la clause dérogatoire au Pacte de stabilité et l'adoption d'un cadre pour les aides d'État. "Je ne comprends pas pourquoi nous doutons toujours de nous-mêmes. L'Union est toujours sortie des crises par le haut", a-t-il ajouté.

"On voit un manque de solidarité européenne, mais ce n'est pas nouveau, et cela ne veut pas dire la mort de l'Union européenne" relativise Benjamin Bodson, spécialiste en Affaires européennes à l'institut Egmont, "ce qui est intéressant ici, c'est le fait que la France prend le parti des pays du sud, ce qui aura un impact sur la relation franco-allemande". L'une des suggestions de la France, soutenue par plusieurs pays, est la création d'un budget propre de la zone euro, ce que refuse l'Allemagne.

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