analyse

A la recherche d'actions résistantes au coronavirus

Le coronavirus a infecté la bourse. Malgré tout, certaines actions sont relativement bien protégées, voire profitent des conséquences de cette maladie mortelle.

Les bourses ont connu une nouvelle semaine tourmentée. De plus en plus d’entreprises revoient leurs estimations de résultats à la baisse à cause de l’épidémie de coronavirus. Dans la liste la plus récente, on trouve notamment Hugo Boss , JC Decaux , Continental  et la firme louvaniste Materialise . Les économistes ont baissé drastiquement leurs prévisions de croissance de l’économie mondiale. Pour la première fois depuis la crise de 2008, la Réserve fédérale a pris des mesures d’urgence en réduisant son taux directeur de 50 points de base.

Les investisseurs espèrent que le soutien des banques centrales et des pouvoirs publics pourra quelque peu atténuer l’impact de l’épidémie de Covid-19. L’inquiétude reste cependant très vive. Les taux bas aident à lutter contre une baisse conjoncturelle, mais n’évitent pas la panique qui pousse les ménages à réduire leurs dépenses, à annuler leurs voyages et à éviter les endroits très fréquentés. On n’a jamais lutté contre une maladie avec des moyens monétaires et des mesures budgétaires. Entre-temps, la chaîne d’approvisionnement est toujours en panne, le tourisme traverse une crise rarement vue, et les mesures draconiennes prises pour limiter l’expansion de l’épidémie font barrage à la croissance économique.

Même si les actions peuvent fortement fluctuer pendant la crise du coronavirus, les dividendes restent généralement très stables.
L’Investisseur

Mais toutes les entreprises ne sont pas touchées par le virus de la même façon. Une vente massive d’actions due à la panique peut rendre certains titres intéressants. D’autres profitent même de cet affolement. Nous avons rassemblé pour vous quelques pistes pour rendre votre portefeuille plus résistant au virus Covid-19.

Dividendes récurrents

Un solide dividende qui résiste en temps de crise offre une bonne protection. Par ailleurs, à cause de la correction boursière, les rendements du dividende augmentent. Et suite aux récentes baisses des taux, ils sont encore devenus plus attrayants par rapport aux produits à rendement fixe. A long terme, les dividendes représentent une partie importante du rendement d’un portefeuille d’actions. Avec un rendement moyen du dividende de 3,8% pour l’indice Stoxx600 , vous vous en sortez beaucoup mieux qu’avec le misérable taux de 0,11% que vous offre un compte d’épargne, un taux qui ne compense même pas l’inflation.

3,8 %
Rendement moyen du Stoxx 600
Avec un rendement moyen du dividende de 3,8%, l’indice Stoxx 600 fait bien mieux que les comptes d'épargne.

"Même si les actions peuvent fortement fluctuer pendant la crise du coronavirus, les dividendes restent généralement très stables", peut-on lire dans le magazine spécialisé L’Investisseur. "Cela devrait calmer les investisseurs. L’avantage historiquement important des actions par rapport aux obligations devrait rapidement ramener les acheteurs en bourse dès que le pic de l’épidémie sera passé."

Le passé peut nous en apprendre beaucoup à propos des dividendes. Des entreprises comme les holdings Sofina  et Ackermans & van Haaren , le producteur de biscuits Lotus Bakeries , le groupe chimique Solvay , le géant pharmaceutique UCB , le groupe de distribution Colruyt  et le brasseur de la Primus Co.Br.Ha  n’ont jamais réduit leur coupon en 25 ans, et comptent respecter cette tradition, y compris cette année.

Dans l’immobilier également, on trouve des entreprises jouissant d’une solide réputation en matière de dividende. Depuis leur entrée en bourse, Aedifica , Home Invest Belgium  et Retail Estates  ont augmenté chaque année le montant de leur coupon. WDP , Montea , Leasinvest , Xior  et Care Property Invest  l’ont sensiblement augmenté au cours des dernières années. Le promoteur d’entrepôts de logistique VGP  a annoncé la semaine dernière qu’il comptait augmenter son dividende de 47%. Son patron Jan Van Geet a ajouté que le coupon était pérenne et qu’il s’attendait à un impact très limité du coronavirus. Chez les promoteurs des secteurs résidentiel et de bureaux, tant Immobel qu’Atenor  ont indiqué que leur dividende augmenterait. Dans les moments de panique, nombreux sont ceux qui considèrent la brique comme un investissement sûr.

Les entreprises qui ne distribuent qu’une petite partie de leurs bénéfices sous forme de dividende ou qui disposent de cash flows prévisibles, sont également avantagées. Des noms comme Miko , Spadel , Fagron  et Resilux  distribuent moins d’un tiers de leurs bénéfices. Pour des sociétés comme l’exploitant du réseau de haute tension Elia , le distributeur de gaz Fluxys  ou l’investisseur en infrastructures TINC , les cash flows sont tellement prévisibles que le dividende reste acquis malgré leur taux d’endettement élevé. Les groupes de télécoms comme Telenet  ou Orange Belgium  ne devraient pas davantage réduire leur coupon. Vu que Proximus  distribue davantage que ses bénéfices, le groupe n’est plus considéré comme une entreprise à dividende stable.

Le cash est roi

Le cash garde toute sa valeur dans les moments de panique, même si les entreprises doivent souvent payer un taux de pénalité lorsqu’elles conservent d’importantes liquidités. Les entreprises disposant de cash abondant sur leur bilan et qui sont victimes d’une vague de vente peuvent constituer une opportunité pour les investisseurs.

En Bourse de Bruxelles, Moury Construct  est le roi du cash. La capitalisation boursière de ce petit groupe de construction wallon est couverte par du cash à hauteur de 70%. De plus, à 13 fois ses bénéfices, l’action Moury Construct n’est pas chère, d’autant plus qu’à la mi-2019, son carnet de commandes débordait.

Mais même avec les entreprises disposant d’importantes liquidités, il convient de garder un œil sur les résultats d’exploitation. EVS  comprend également 18% de cash, mais les attentes en termes de chiffre d’affaires du producteur liégeois de serveurs d’images laissent à désirer. Grâce à ses abondantes liquidités, EVS peut cependant promettre de maintenir son dividende à 1 euro par action pendant au moins deux ans.

Plusieurs holdings possèdent également des réserves abondantes. La GIMV  est constituée de 13% de cash. Après avoir augmenté sa participation dans Belron, sa filiale spécialisée en vitrage automobile, D’Ieteren  dispose encore de plus ou moins 850 millions d’euros en cash, ce qui représente près de 20% de sa valeur boursière. Les baisses de cours créent aussi des opportunités pour les holdings qui souhaitent réaliser des acquisitions. Aux Pays-Bas, HAL Trust  disposera de 5,5 milliards d’euros de cash lorsque la vente de la chaîne d’opticiens Grandvision  à Essilor Luxottica  sera approuvée par les autorités.

Les entreprises disposant d’une trésorerie abondante ou peu endettées peuvent aussi racheter leurs propres actions. Smartphoto, dont le cash constitue 15% de sa valeur boursière, poursuit ses opérations de rachat d’actions. Des entreprises comme Resilux , D’Ieteren, Ahold Delhaize , Colruyt ou Ageas  rachètent régulièrement leurs actions.

Produits essentiels

Dans les moments de crise, les entreprises qui fournissent des biens et des services essentiels s’en sortent mieux que la moyenne. Les personnes souffrant de diabète, d’asthme ou d’autres maladies chroniques continueront à prendre leurs médicaments. Lors de chaque crise, le secteur pharmaceutique cartonne. Le cours de l’entreprise belge UCB se négocie aujourd’hui quasiment au même niveau que le pic enregistré avant la crise du coronavirus. Pour l’instant, la plupart des entreprises pharmaceutiques ne souffrent quasiment pas de perturbations de leur chaîne d’approvisionnement. Eli Lilly  a par exemple indiqué qu’elle ne s’attendait à aucune pénurie.

Les fabricants de mouchoirs en papier, de savons antibactériens ou de produits désinfectants s’en sortent bien mais ces activités sont marginales pour la plupart de ces sociétés.

Les autres produits du quotidien ne devraient pas non plus souffrir de la crise. Les bébés continuent à être changés et les femmes ont toujours leurs menstruations. Le fabricant de couches et de protections périodiques Ontex  a indiqué lors de la présentation de ses résultats – par ailleurs supérieurs aux attentes – que le Covid-19 n’aurait aucun impact sensible sur ses ventes ou sur sa production.

Les chaînes de grande distribution tirent elles aussi leur épingle du jeu. Tant Colruyt que Delhaize voient leurs ventes augmenter parce que de nombreux ménages constituent des réserves de nourriture. Et lorsque les consommateurs se rendent moins souvent au restaurant, ils achètent leurs aliments au supermarché du coin. De nombreux citoyens remplissent leur chariot de produits non périssables comme des boîtes de conserve, des bocaux ou des surgelés. Des producteurs comme Greenyard  ou la firme française Bonduelle  pourraient en profiter. Mercredi, Campbell Soup , le numéro un mondial de la soupe en boîte et en brique, a relevé ses attentes de résultats.

Cocooning

La quarantaine aide à lutter contre le virus, comme l’ont prouvé des pays comme la Chine et Singapour. Même si l’Occident n’a pas encore pris des mesures de mise en quarantaine à grande échelle, de nombreuses personnes préfèrent cependant rester chez elles par crainte d’être contaminées. Les entreprises annulent à tour de bras les voyages à l’étranger de leurs collaborateurs et les grandes manifestations – de matchs de football aux courses cyclistes en Italie, en passant par le Salon de l’auto à Genève – sont purement et simplement annulées.

Un indice de valeurs gagnantes "à domicile"

Opportuniste, la société d'investissement MKM Partners a publié, en février, un nouvel indice dénommé "Stay at home index", qui reprend une trentaine de sociétés cotées censées bénéficier du confinement des consommateurs à domicile.

On y trouve évidemment des sociétés actives dans la fourniture de services de divertissement, comme Netflix, ou encore des groupes actis dans les services aux entreprises pour le travail à distance, tels que Slack, des entreprises qui fournissent du matériel et services de sport à domicile, du style de Peloton, ou encore évidemment les sites de vente en ligne Amazon, eBay, Alibaba, etc.

Si certaines de ces valeurs ont effectivement nettement mieux résisté que le marché ces dernières semaines, MKM Partners ne communique pas au sujet de la performance globale de cet indice et laisse aux investisseurs le soin de décider s'il convient de calquer ou non leur stratégie du moment sur celui-ci.

Les 33 valeurs de l'indice "Stay at home": Activision, Blizzard, Netflix, Tencent Music, Zynga, Facebook, Match, Yelp, Zillow, Nexstar Media, New York Times, Sirius XM, Boingo Wireless, Purple Innovation, Sonos, Amazon, Blue Apron, Alibaba, eBay, GrubHub, JD.com, Shutterstock, Peloton, Sturm Ruger & Co., Campbell Soup, Central Garden & Pet Co., Clorox, Okta, Alarm.com, Citrix Systems, Atlassian, Slack, Zoom, Diamond Eagle.

Ceux qui restent à la maison doivent s’occuper. L’action du service de streaming Netflix  a les faveurs des investisseurs, et les chaînes de télévision s’en sortent aussi très bien. "Les fabricants et distributeurs de jeux vidéo constatent une très forte hausse des volumes de joueurs dans les régions les plus touchées par le Covid-19", a indiqué la maison de bourse Berenberg, qui recommande à l’achat des entreprises comme Electronic Arts , Codemasters , Embracer  et Ubisoft Entertainment . Avec Tencent , le holding Prosus  est l’une des plus grandes entreprises chinoises de gaming. Via son livreur de repas Delivery Hero, Prosus profite également de l’augmentation du nombre de repas livrés à domicile.

L’école à domicile fait aussi des heureux. Sur Wall Street, K12 , un spécialiste de l’enseignement à distance et de l’e-learning, profite du virus. Et ceux qui souhaitent garder la forme peuvent le faire grâce à Peloton Interactive , qui permet de faire du fitness à la maison. Smartphoto, qui a annoncé cette semaine une hausse de 70% de ses bénéfices, surfe également sur cette vague: les consommateurs qui choisissent de rester chez eux ont enfin le temps de réaliser l’album photos de leurs dernières vacances. Smartphoto indique que le Covid-19 ne devrait pas avoir un impact négatif sur ses résultats de 2020.

Il est très probable que le virus accélèrera encore la digitalisation du monde. Le télétravail et les vidéoconférences devraient continuer à progresser. Le CEO de Zoom Video  a indiqué que la demande pour son logiciel avait atteint un pic historique. Jim Cramer, le célèbre présentateur du Mad Money Show, donne à ses téléspectateurs dix conseils d’investissements "qui n’ont pas besoin de la Chine, de la Fed ou d’un vaccin contre le virus". Dans sa sélection, on trouve notamment le groupe de logiciels Adobe , le magasin en ligne de produits faits main Etsy  et son concurrent Shopify , l’entreprise de services de cloud Ringcentral , le spécialiste en publicités digitales The Trade Desk , et la société de télémédecine Teladoc Health .

Relocalisation

L’épidémie de coronavirus nous a également permis de prendre conscience du risque que représentait la centralisation en Chine de la majeure partie de la production mondiale. Plusieurs stratèges pensent que la crise devrait pousser de nombreuses multinationales à mieux répartir leur chaîne de production. Le groupe pharmaceutique français Sanofi  étudie déjà la possibilité de rapatrier une partie de sa production en France.

Les entreprises américaines peuvent transférer une partie de leur production de la Chine vers le Mexique.
William Praett
Gestionnaire de patrimoine chez Fidelity

Les stratèges s’attendent à ce que le Mexique en sorte gagnant. "Les entreprises américaines peuvent transférer une partie de leur production de la Chine vers le Mexique", estime le gestionnaire de patrimoine William Praett de Fidelity. "Suite à la signature du nouvel accord d’échange – l’Alena 2.0 – par le Sénat américain à la mi-janvier, beaucoup de choses sont désormais possibles. Le Mexique dispose d’une des économies les plus diversifiées d’Amérique latine et sa compétitivité s’est considérablement améliorée par rapport aux pays asiatiques". Praett s’attend à ce que la bourse mexicaine surperforme.

Kill the virus

Les entreprises qui profitent réellement de l’épidémie de coronavirus sont celles qui fabriquent des produits susceptibles de lutter contre la propagation du virus, comme les producteurs de masques de protection. Un des principaux producteurs mondiaux est le groupe américain 3M , mais l’action a reculé de 15% parce que cette activité représente moins de 1% de son chiffre d’affaires. Pour d’autres – c’est-à-dire de plus petites entreprises – les vêtements de protection médicaux représentent une part plus importante de leur chiffre d’affaires. Le producteur japonais de combinaisons de protection et de lingettes antibactériennes Kawamoto a vu son cours multiplié par trois depuis l’éclatement de la crise. Sur d’autres bourses asiatiques, des petites capitalisations comme Azearth, Monalisa, Klean Nara et Medtecs – toutes actives dans la production de masques et autres protections médicales – ont vu leur cours exploser. Mais il serait inutile et très spéculatif d’encore miser sur la hausse de ces actions.

Plus proche de nous, les fabricants de mouchoirs en papier, de savons antibactériens ou de produits désinfectants s’en sortent bien. Mais ces activités sont marginales pour la plupart de ces sociétés. Sur la bourse de Suède, Essity , avec sa célèbre marque Tork, détient une importante part du marché des savons pour les mains. Mais vous achetez en même temps le papier toilette Edet et Lotus, ainsi que les protections périodiques Nana. La société française Orapi  est le leader européen du secteur des produits de nettoyage industriel. Le cours de l’action a été multiplié par trois, pour ensuite céder 50%. Kimberly-Clark , Colgate-Palmolive , Unilever , Procter & Gamble , Johnson & Johnson  et Perrigo  fabriquent des mouchoirs en papier ou du savon, mais pas seulement. Les savons antibactériens ne semblent pas être plus efficaces contre le coronavirus que le savon ordinaire. Dettol fait savoir sur son site internet que certains de ses produits tuaient effectivement certains virus comparables à la grippe, mais qu’elle n’avait pas encore pu analyser si son produit détruisait le Covid-19. Dettol fait partie de la multinationale britannique Reckitt Benckiser .

Mais pour qu’une entreprise crève les plafonds, il faudra qu’elle découvre un vaccin ou des médicaments antiviraux efficaces contre le corona. Gilead Sciences  étudie si son médicament – le remdesivir – freine le virus, mais les résultats ne seront pas connus avant fin avril. De plus, d’autres entreprises et instituts de recherche publics – dont de nombreuses équipes chinoises – cherchent un médicament efficace. Mais il est possible que nous devions apprendre à vivre encore un certain temps avec ce virus, et espérer que l’arrivée de l’été mettra fin à la crise.

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