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À midi, à Paris, le silence est tombé

De strictes mesures de confinement sont entrées en vigueur en France mardi à midi. ©Photo News

À l'heure du confinement contre le coronavirus annoncé par Emmanuel Macron lundi, dans la capitale, les habitants ont suivi les consignes, et sont rentrés chez eux après une matinée affairée.

"Vous ne respectez pas les consignes, je vais fermer ce marché vous allez voir!". Se frayant difficilement un chemin entre des clients pressés, le gardien a bien du mal à se faire entendre: "il faut un mètre entre chacun d'entre vous", s'époumone-t-il. À Belleville, quartier nord de Paris, mardi matin, le marché faisait figure d'un des derniers îlots d'indiscipline juste avant l'entrée en vigueur du confinement du pays. Quelques heures plus tard, pourtant, vers 14 h tout était remballé, et seuls quelques passants maraudaient encore aux alentours. Plus loin, les nombreuses files d'attente qui s'étaient formées, un peu partout, dans la matinée, à la sortie des supermarchés, boulangeries, banques et bureaux de tabac, avaient, elles aussi, disparu.

Telle une volée de moineaux, les habitants du quartier se sont dispersés, mis aux abris, comme en temps de guerre, après avoir fait des stocks depuis plusieurs jours. "À présent, c'est le grand calme. Mais ce matin c'était un peu l'affolement, les gens affluaient comme s'ils n'allaient plus jamais pouvoir sortir", raconte un pharmacien, qui déplore la ruée sur certains médicaments. Résultat, la pénurie guettait, et le gouvernement a dû limiter ce mardi la délivrance du paracétamol à une boîte par personne et deux en cas de fièvre et douleurs.

Imprimer l'attestation de déplacement

Outre s'approvisionner, une autre obsession était dans toutes les têtes ce mardi: se procurer l'attestation, présente sur plusieurs sites, nécessaire à tous les déplacements.

Outre s'approvisionner, une autre obsession était dans toutes les têtes ce mardi: se procurer l'attestation, présente sur plusieurs sites, nécessaire à tous les déplacements. Le fameux sésame que chaque Français se doit désormais d'avoir sur lui, en cas de contrôle, et ce, en vue de justifier chacune de ses sorties. "Je n'ai pas d'imprimante", s'inquiétait ce matin, Sylvie, en quête d'un café internet, tous fermés. "Et ma voisine n'a même pas d'ordinateur!", ajoutait-elle avant d'apprendre qu'il était possible de rédiger à la main cette attestation.

Seuls les déplacements liés au travail (si télétravail impossible), aux courses alimentaires ou d'ordre médical et familial de force majeure, sont tolérés. "J'espère qu'ils me laisseront aller voir mes parents, ils ont 87 ans, et ma mère souffre d'alzheimer", pensait à voix haute André, cadre à la Caisse d'Épargne qui, ce matin, faisait office de portier pour limiter l'entrée des clients dans l'agence. Enfin, sortir son chien ou faire de l'activité physique n'est pas prohibé, mais les sorties à cette fin seront limitées dans un périmètre proche du domicile. Les parcs ont d'ailleurs été fermés dès ce matin. Et les amateurs de jogging étaient nombreux, à se défouler, autour des Buttes-Chaumont qui, ce week-end, avaient accueilli des centaines de familles sur ses pelouses...

Des amendes bientôt à 135 euros

À l'exception de poches de résistance, comme dans le 18e, où des commerçants ont dû fermer boutique et appelé la police devant le manque de civisme des clients, la prise de conscience semble donc gagner du terrain. A peu près partout mardi après-midi, au cœur de Paris, le silence a remplacé le brouhaha habituel de la ville.

À 17 h, à la sortie des bureaux, le parvis de La Défense, quartier d'affaires, était déserté, nombre d'employés étant chez eux. Au cœur du Marais, habituellement noir de monde, les rideaux des boutiques étaient tirés. Deux jeunes femmes pressaient le pas, un sac sur le dos et les bras chargés. "On file chez nos parents", expliquait brièvement l'une d'elles, "il y a plus de place et on pourra les aider en cas de besoin". Certains Parisiens ont d'ailleurs pris d'assaut la gare Montparnasse ce matin en vue de quitter la capitale.

Au total, 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés sur l'ensemble du territoire. Ils pourront infliger des amendes de 38 euros qui pourront passer à 135 euros aux personnes n'ayant pas de justificatif valable sur eux.

Non loin, l'emblématique place de la République, haut lieu des révoltes parisiennes, était elle aussi méconnaissable. Après l'heure fatidique, l'endroit s'est vidé presque en un claquement de doigts. Partout, le trafic automobile s'est calmé, même si des taxis étaient toujours visibles et que quelques bus continuaient de circuler. Le recours aux transports reste néanmoins vivement déconseillé. Enfin, sur les axes stratégiques, comme à République, des camions de police et de CRS ont pris place tandis que des agents battaient le pavé, prêts à contrôler les passants. Au total, 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés sur l'ensemble du territoire. Ils pourront infliger des amendes de 38 euros qui pourront passer à 135 euros aux personnes n'ayant pas de justificatif valable sur eux. Ce premier jour, cependant, une certaine tolérance était de mise, histoire de sensibiliser tout le monde.

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