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A-t-on trop sabré dans les soins de santé?

D’après le Bureau fédéral du plan, le budget des soins de santé devrait augmenter d'environ 2,5% chaque année afin de coller à l’évolution des coûts. ©Photo News

Les économies dans les soins de santé ont-elles été trop importantes au cours des dernières années? En pleine crise sanitaire, cette question revient souvent. Tentative de réponse.

Approuvé en novembre dernier par le gouvernement fédéral, le budget 2020 des soins de santé représente un montant total de 27,5 milliards d'euros. En consacrant environ 10% de son PIB à ses dépenses de santé, la Belgique dans son ensemble figure parmi les bons élèves de la classe européenne, dont la moyenne s'établit à 9,9%. Un petit bémol: ces dernières années, la part de ces dépenses a augmenté chez plusieurs de nos voisins, alors qu'elle s'est seulement maintenue chez nous. 

Pas d'économies sur les dépenses fédérales, vraiment?

Sous le feu des critiques en pleine crise du coronavirus, la ministre de la Santé publique Maggie De Block (Open Vld) l'assurait encore dans L'Écho la semaine dernière: "Nous n’avons pas fait d’économies sur les dépenses fédérales de santé, elles sont passées de 23,8 milliards d’euros en 2015 à 27,5 milliards en 2020". En présentant les choses de la sorte, la libérale flamande ne ment pas, mais omet à tout le moins une part de la réalité.

2,5%
d'augmentation nécessaire
D’après le Bureau fédéral du plan, le budget des soins de santé devrait augmenter d'environ 2,5% chaque année afin de coller à l'évolution des coûts. Mais la norme de croissance annuelle du budget des soins de santé est fixée à 1,5% depuis 2015.

Ses propos, ils ont en tout cas fait bondir le secrétaire général de Solidaris, Jean-Pascal Labille. "Elle veut vraiment nous faire prendre des vessies pour des lanternes", lance-t-il. Si l'ancien ministre socialiste ne conteste pas que le budget ait continué d’augmenter au cours de la précédente législature, il rappelle qu'il l'a fait à un "rythme bien inférieur à l’évolution des besoins".  

Norme de croissance fixée à 1,5%

La norme de croissance annuelle de ce budget, fixée par le gouvernement à 1,5% en 2015, après avoir été de 3% et même de 4,5% dans le passé, constitue l'un des éléments clés pour comprendre le problème. En effet, cette norme se situe actuellement à un niveau inférieur à la croissance des dépenses à politique constante. Dans ces conditions, le gouvernement Michel, même si Maggie De Block et l'ancienne ministre du Budget Sophie Wilmès (MR) s'en défendent parfois, a bien dû réaliser des économies.

"Avec le vieillissement de la population, la technologie médicale de plus en plus complexe, les produits pharmaceutiques coûteux, inévitablement les soins de santé ont tendance à croître plus vite que le PIB."
Arnaud Dessoy
Responsable des études Public Finance pour Belfius.

En 2017, une coupe de 900 millions d'euros était particulièrement mal passée. Au total, les économies réalisées sur l'ensemble de la législature ont représenté environ 2,1 milliards d'euros, d'après une estimation de Solidaris. La fixation de la norme relevant du législateur, il s'agit bien là de choix politiques...

Mais les besoins justement, comment expliquer qu'ils ne cessent de grimper? Plusieurs facteurs doivent être pris en compte. "Avec le vieillissement de la population, la technologie médicale de plus en plus complexe, les produits pharmaceutiques coûteux, inévitablement les soins de santé ont tendance à croître plus vite que le PIB", explique Arnaud Dessoy, responsable des études Public Finance pour Belfius. "Avec une norme de 1,5%, c'est donc trop juste pour l'avenir."

Augmenter le budget et mieux répartir les moyens

La perspective pour les prochaines années n'est en effet pas réjouissante. D’après le Bureau fédéral du plan, le budget des soins de santé devrait augmenter d'environ 2,5% chaque année afin de coller à l’évolution des besoins. Sans changement, l’écart entre la norme actuelle et lesdits besoins pourrait s’élever à quelque deux milliards d’euros d'ici 2024. Pas étonnant dès lors que de nombreux acteurs de la santé plaident pour une hausse de cette norme. 

Pour autant, augmenter le budget global des soins de santé est-ce vraiment la panacée? "Ce n'est pas uniquement avoir une marge de croissance supplémentaire qui va faire diminuer les tensions dans certains secteurs", insiste le vice-président de la Mutualité Chrétienne, Jean Hermesse. À ses yeux, un vrai travail sur la répartition des moyens doit être mené.

Si on veut réduire la pression dans le secteur hospitalier, par exemple, où l'encadrement soignant par lit est plutôt bas par rapport à d'autres pays de l'UE, il convient de revoir en profondeur son système de financement, argue-t-il. Schématisons un peu: les établissements hospitaliers reçoivent une part substantielle de leurs fonds via le "Budget des moyens financiers" (BMF, de son petit acronyme). Ce "gâteau", d'approximativement 7 milliards d'euros pour les hôpitaux généraux, n'a cependant progressé que de "façon modérée" ces dernières années. 

"La part de ce budget global dépend de la production des établissements. C'est donc un jeu à somme nulle, tout le monde essaye d'avoir une plus grosse part", explique Jean Hermesse. Chez Solidaris, on ne conteste pas cette analyse. "Dans la vie, il faut savoir interdire un certain nombre de choses. Autant, je suis pour un refinancement des structures hospitalières, autant il y a un certain nombre de dérives qu'on doit pouvoir ne plus accepter demain", acquiesce Jean-Pascal Labille.

Mise en réseau des hôpitaux

Lorsqu'on leur fait remarquer que Maggie De Block a souvent défendu le fait qu'elle œuvrait à améliorer l'efficience des soins de santé, nos interlocuteurs ne contestent pas certaines avancées. La mise en réseau des hôpitaux, dont le chantier est désormais bien lancé, devrait notamment permettre, si pas d'estomper, au moins d'atténuer la concurrence entre les établissements de soins dans le futur.

Soyons de bon compte, le système des soins de santé belge reste actuellement l'un des meilleurs d'Europe. L'Euro Health Consumer Index classait d'ailleurs encore notre pays en 5e position l'an dernier. Préserver ce statut dans le futur nécessitera toutefois une réflexion de fond, tant sur les moyens à y consacrer que sur la manière de les allouer.

©Mediafin

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