Achats immobiliers après le confinement : réactions différentes à la ville et à la campagne

L'ancien Sunparks Ardennes, rénové à grands frais avec l'apport d'investisseurs particuliers et devenu depuis un Center Parcs, est désespérément fermé pour l'instant. ©DOC-Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs

Dans les études notariales du pays, les premiers effets du confinement prolongé se font sentir. Et font surgir au sein des cercles familiaux des réactions diverses, passablement imprévisibles il y a trois mois encore. Selon qu’on se trouve en ville ou à la campagne, les effets sur l’acte d’achat peuvent diverger.

Depuis le début du confinement prolongé, rat des villes et rat des campagnes ne seraient plus égaux devant le marché immobilier. C’est en tout cas ce qui ressort d’un premier coup de sonde chez un notaire de la capitale et chez son collègue dont l’étude se trouve à Vielsalm. Explications en 5 temps.

1. Cellule familiale sous pression

Pour Marc Van Beneden, notaire honoraire à Bruxelles, plus le confinement se prolonge, plus le nombre de couples qui se délitent augmente. "Ce n’est bien sûr pas généralisé, mais j’ai déjà plusieurs clients qui n’ont pas hésité à me contacter pour en parler. Je ne dois pas être le seul. Dans les cas vécus, les intéressés ne peuvent plus se sentir et renoncent à acheter le bien en vue. J’ai aussi des cas où la remise en question d’un achat dépasse le cadre du couple, incluant enfants et stress organisationnel."

"Plus le confinement se prolonge, plus le nombre de couples qui se délitent augmente."
Marc Van Beneden
Notaire honoraire (Notalex)

Du côté de Vielsalm, Pierre Cottin nuance: "Je visualise par une courbe de Gauss parfaite ce que j’entends dans mon étude depuis quelques semaines. 15% de mes clients vivent un stress similaire à ce que décrit mon collègue bruxellois; 70% gèrent plutôt sereinement le confinement, en profitant au maximum des atouts de la ruralité.

"70% des gens que je croise gèrent plutôt sereinement le confinement, en profitant au maximum des atouts de la ruralité."
Pierre Cottin
Notaire à Vielsalm

Dans les forêts et autour du lac des Doyards, on note une fréquentation multipliée par cinq, qui permet à la population locale de décompresser quotidiennement. Et les 15% restants sont dans un état de zénitude assez… impressionnant. Ils me parlent de nouvelle spiritualité, de médecines parallèles et de monde d’après. Quand ils sortent de l’étude, ça embaume d’ailleurs souvent les huiles essentielles protectrices…"   

2. Changement de produits

Selon Marc Van Beneden, ce confinement prolongé a aussi un effet sur le choix de typologie du futur logement. "Dans un cas vécu récemment, un couple voulait acheter un appartement – un petit 3 chambres à Anderlecht où ils sont déjà locataires. Mais aujourd’hui, ils disent en avoir suffisamment fait le tour et vouloir changer d’horizon. Ils envisagent désormais l’achat d’une petite maison dans le Hainaut, en restant dans le même budget. Et pour y parvenir, ils se disent même prêts à changer toute leur organisation familiale: privilégier les horaires décalés, le télétravail…" Rien de similaire du côté de Vielsalm, où la soupape extérieure fonctionne beaucoup mieux qu’en milieu urbain, plus policé et plus fermé. 

3. Investisseur déboussolé

D’autant que le Center Parcs local, qui fait d'habitude exploser les nuitées touristiques – et donc la population – dans la commune, est désespérément vide pour l’instant. Les nombreux investisseurs belges qui y ont récemment acheté une résidence de vacances à rénover commencent d’ailleurs à se tracasser pour le rendement immobilier promis par la CBC et les gestionnaires du parc touristique requinqué. Et avec la bourse qui joue à nouveau au yo-yo depuis des mois, il y a de quoi y perdre son latin. "Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai eu trois clients coup sur coup qui m’ont fait part de leur décision de quitter la bourse pour investir dans la brique pure et dure. Il faudra vérifier, avec la relance des transactions, si cette tendance se confirme", note Marc Van Beneden.   

4. Ventes forcées, surtout en ville

Du côté de Vielsalm, Pierre Cottin ne note pas encore de signes tangibles d’une suroffre provoquée par des ventes de biens forcées. Par contre, à Bruxelles, Marc Van Beneden n’exclut pas ce scénario catastrophe si on tergiverse encore longtemps avant de relancer l’activité. "J’ai une grosse clientèle de restaurateurs. Ceux-ci sont au bout du rouleau. Ils raclent pour l’instant les fonds de tiroir pour maintenir l’outil en état et pouvoir relancer leur activité. Certains ont déjà dû mettre un immeuble en vente pour renflouer les caisses de leur société. J’imagine aussi qu’il y en a bien d’autres ailleurs, dans la même situation extrême. Que se passera-t-il si tous ces gens mettent la clé sous le paillasson? Prétendre que cela n’aura pas d’incidence sur le prix de l’immobilier serait mentir. Souvenez-vous des conséquences des subprimes sur les marchés américain ou espagnol…" 

5. Effet domino de l’arrêt d’activité

Le notaire bruxellois pointe également l’effet boule de neige du gel prolongé d'activités professionnelles diverses gravitant autour du marché résidentiel. Les reports de déménagement pour cause de confinement, les déménageurs étant à l’arrêt depuis 50 jours, ont des effets en cascade. "L’acheteur veut un bien libre à l’acte. On peut légitimement le comprendre. Ce genre d'avatar, plus fréquent qu’on le pense, se répercute côté vendeur, qui doit lui aussi déménager un logement qu’il faut vider… et repeindre avant l’état des lieux de sortie. Et ainsi de suite…" Même constat en province où Pierre Closon, agent immobilier Trevi à Marche-en-Famenne, Bastogne, Libramont, Namur et Ciney, attend impatiemment le retour des experts dans les prochains jours. "La plupart des états des lieux cadrés par des professionnels sont à l’arrêt depuis le début du confinement. Petite cause, effets démultipliés… "

Lire également

Publicité
Publicité