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Aidez-nous à dépenser!

Si nous voulons sortir de la paralysie, il nous faudra dépenser, il nous faudra créer un choc de la demande.

"L’un des plus grands risques est que les consommateurs épargnent davantage." Cette phrase nous vient de Gertjan Vlieghe, membre belge du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre, qui nous a accordé une interview ce samedi. Formule incantatoire? Vœux pieux, alors que la planète sort d’une lessive économique? Certes, les Belges se sont appauvris, certains fortement. Certes, les entreprises ont besoin du dernier euro pour survivre. Certes, les multiples mesures de soutien ont surtout visé à limiter la casse. Et pourtant, si nous voulons sortir de la paralysie, si nous voulons que les vendeurs vendent, que les restaurants restaurent, que les entreprises entreprennent, il nous faudra dépenser, il nous faudra créer un choc de la demande.

Et ce choc, il faut le lancer à tous les niveaux. Celui des consommateurs d’abord. La monnaie hélicoptère, celle qui a consisté à donner des aides financières directes, ne suffira pas: elle sauve ceux qui sont dans le besoin, les autres préfèrent thésauriser. Il faudra donc autre chose. Baisse de la TVA, chèque horeca, certaines propositions sont déjà sur la table. Il faut les multiplier.

Si nous voulons sortir de la paralysie, si nous voulons que les vendeurs vendent, que les restaurants restaurent, que les entreprises entreprennent, il nous faudra dépenser.

Le niveau des entreprises ensuite. Les gouvernements doivent investir, ceux qui sont en place en tout cas. Les entités régionales ont préparé des plans (Get up Wallonia, on attend la bruxelloise). Mais, bien qu’utiles pour montrer le cap, ils ne sont que des déclarations de politique régionale reformatées. Pour le Fédéral, la Belgique forme à elle seule la triste exception en Europe de ne pas avoir de gouvernement pour lancer un plan de relance. On ne pourra jamais dire assez combien il est urgent de mettre de côté ses différends idéologiques et de construire sans tarder un avenir à ce pays.

Car le moment est là. La Commission s’est assise sur tout ce qui faisait le socle de la construction européenne: elle permet des aides directes aux entreprises, autorise le protectionnisme, laisse filer les dettes et les déficits. De son côté, la Banque centrale européenne pilonne sans relâche les taux d’intérêt de la zone euro, pour que les coûts d’emprunt soient au plancher. Elle a cette semaine encore agrandi son programme de 600 milliards d’euros. Les États peuvent donc emprunter presque "gratuitement". C’est aux États maintenant, et singulièrement la Belgique, de déployer leurs mesures pour soutenir cette demande gravement déprimée.

Pas question bien sûr d’enfoncer aveuglément l’État dans un saupoudrage aveugle. Pas question de lancer le pays dans une direction autre qu’intelligente, climato-compatible, vertueuse économiquement. Mais les besoins de manquent pas. Alors, galvanisez la demande. Et nous dépenserons!

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