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Airbus et Boeing mettront du temps à sortir de la crise

Airbus, qui n'a enregistré que 39 commandes en mars contre 274 en février, a annoncé que ses cadences de production seraient réduites d'un tiers. ©REUTERS

Annulations et suppressions de commandes, réductions de cadences de production, chômage technique, licenciements: les temps sont durs pour les géants de l’aéronautique. Analyse.

Le n°3 mondial du leasing aérien, Avolon, a annulé au début du mois une commande de 75 Boeing 737 Max qui devaient être livrés en 2023. Il lui en reste 55 dans le carnet, mais c’est tout de même un coup dur pour le constructeur de Seattle. Au passage, Avolon a aussi supprimé ses ordres d’achat de 4 Airbus A330 Neo et a repoussé à 2024 la livraison de 25 monocouloirs. Les temps sont durs pour les géants de la construction aéronautique, et on en aura sans doute confirmation ce mercredi matin, avec la publication des résultats trimestriels d’Airbus.

Mais les difficultés des avionneurs ont débuté avant l’apparition du virus. Rappelons juste que, malgré de belles prises de commandes (pour 81,2 milliards d’euros, contre 55,5 milliards en 2018), le groupe Airbus (donc avec le militaire, les hélicoptères et le spatial) a accusé une perte de 1,75 milliard l’an dernier, alors que le bénéfice était de 4 milliards un an plus tôt. En cause, les pénalités pour corruption (3,6 milliards d’euros), de nouveaux déboires pour l’A400M (1,2 milliard) et l’interdiction (par l’Allemagne) d’exporter vers l’Arabie Saoudite.

Selon le Wall Street Journal, 10% des 160.000 employés de Boeing pourraient être licenciés.

De son côté, Boeing a accusé une perte de 636 millions de dollars en 2019, mais ici la cause principale est la mise au sol des 737 Max. A quelque chose malheur est bon: les retards pris à la certification de la nouvelle version du 737 Max rendent service aux compagnies qui, de toute façon, ne pourraient pas reprendre leurs vols. Mais l’arrêt de la production du 737 à Renton affectera durablement Boeing. D’autant que, sur ce dossier, le constructeur devra payer des milliards en pénalités. Il est question d’une timide reprise des activités à Charleston (pour les 787) et puis, successivement, dans les autres unités de production, mais, selon le Wall Street Journal, 10% des 160.000 employés de Boeing pourraient être licenciés.

Rupture avec Embraer

Dans ce contexte, Boeing ne se trouve plus en position de racheter 80% de la division des avions commerciaux du constructeur brésilien Embraer pour 4,2 milliards de dollars. Prétextant qu’Embraer n’a pas "satisfait aux conditions nécessaires", Boeing s’est retiré du deal. Le coup est plus dur pour Embraer, qui se trouve désormais indépendant face aux géants et qui cherchera un partenaire (chez les Russes? les Chinois?). En tout cas, à São José dos Campos, on la trouve saumâtre et on exige déjà 100 millions de dollars d’indemnités de rupture.

Dans une lettre aux 135.000 employés, le CEO d'Airbus évoque "l’un des plus grands chocs économiques de l’histoire", qui "pourrait mettre en péril l’existence même de l’entreprise".

Chez Airbus, les perspectives ne sont guère plus favorables. En mars, ses chaînes de montage n’ont livré que 36 avions contre 55 en février. Pire, il n’a enregistré que 39 commandes (mais 18 annulations) en mars contre 274 en février. Du coup, à la mi-avril, il a été annoncé que les cadences de production seraient réduites d’un tiers. Et dans une lettre aux 135.000 employés qui l’ont reçue ce week-end, Guillaume Faury, CEO d’Airbus, évoque "l’un des plus grands chocs économiques de l’histoire" et précise que "nous nous vidons de notre cash à une vitesse sans précédent, ce qui pourrait mettre en péril l’existence même de l’entreprise". Raison pour laquelle le constructeur a agi rapidement pour obtenir "des lignes de crédit supplémentaires de quelque 15 milliards d’euros".

Les chaînes d’approvisionnement sont en péril et les compagnies ne sont plus en mesure de prendre livraison de leurs avions. Toutefois, Airbus n’a pas encore fait de demande de prêt. L’avionneur dit étudier l’impact de la crise "pays par pays et établissement par établissement". Réponse de l’analyse plus tard. On se prépare au pire…

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