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Anders Tegnell, le "no-mask man" de la Suède

En Suède, le port du masque fait grand débat. Au contraire des pays voisins, l’épidémiologiste responsable de la stratégie contre le coronavirus Anders Tegnell n'en voit pas l'utilité.

En matière de lutte contre la pandémie de Covid-19, la Suède fait figure d'exception aux airs de vilain petit canard. Au début de l'épidémie, le pays scandinave adopte une stratégie presque unique en Europe, à l'exception des Pays-Bas: moins de restrictions, pas de confinement, dans l'espoir de développer une "immunité collective". Derrière cette décision se trouve Anders Tegnell, médecin et épidémiologiste responsable de la stratégie contre le coronavirus de la Suède.

Quelques mois plus tard, cette stratégie peu commune s'avère être un échec cuisant. Les cas de coronavirus se multiplient rapidement, y compris au sein des fragiles maisons de repos. Du 14 au 21 mai, le pays recensait même le plus haut taux de mortalité, devant le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Cachez ce masque que je ne saurais voir

Face à une situation épidémiologique qui se dégrade, Anders Tegnell reste pourtant convaincu que le masque donne un "faux sentiment de sécurité". Et "a hâte qu'arrive la preuve" de son effet sur la propagation du virus, alors que des études l'ont déjà démontré. Il va ainsi à contre-courant de ses voisins finlandais et danois qui recommandent désormais le port de ce bout de tissu. Même la Norvège, un des derniers bastions réfractaires à cette pratique, le recommande depuis peu.

CV express

  • 1956: Naissance à Uppsala, Suède
  • 1990: Il traite le premier patient de la Suède atteint d'une fièvre hémorragique virale
  • 1990-93: Il travaille au Laos pour l'Organisation mondiale de la santé
  • 2004: Il rejoint l'Agence de Santé publique de la Suède, puis, l'année suivante, le Conseil national de santé et bien-être
  • 2013: Nommé épidémiologiste en chef de la Suède

"Jusqu’à maintenant le masque ne joue aucun rôle en Suède, sauf bien sûr dans les hôpitaux et les maisons de retraite. Nous pensons que la distanciation sociale, le fait que les gens ne se regroupent pas, qu’ils restent chez eux quand ils sont malades, sont des mesures beaucoup plus efficaces", affirme Tegnell.

Sur la carte de la pandémie établie par l'Université Johns Hopkins, la Suède brille pourtant comme un sapin de Noël, en comparaison avec ses voisins scandinaves relativement épargnés. Les chiffres ne mentent pas: la Suède compte à ce jour plus de 85.200 cas d'infections, (très) loin devant le Danemark et ses 16.200 infections, ainsi que la Norvège (10.100 cas) et la Finlande (7.700). Ces pays comptent certes moitié moins d'habitants que la Suède, mais cette disparité démographique ne suffit pas à expliquer de telles différences.

Un semblant de regrets

La Suède a pourtant bien introduit le port du masque... Mais encore très timidement, comme pour les voyageurs de la compagnie aérienne SAS et les étudiants de l’hôpital universitaire Karolinska. Paradoxe, le pays appelle également ses citoyens à faire du télétravail "au moins" jusqu'en 2021.

Des e-mails polémiques

Des courriels datés de mars entre Tegnell et son prédécesseur Giesecke et révélés la semaine dernière montrent que l'actuel épidémiologiste en chef de la Suède ne comprenait alors pas la différence entre les taux de reproduction du virus, le R0 et le RE.

Si Anders Tegnell résiste toujours au port du masque, il semble néanmoins regretter la stratégie adoptée par son pays au début de la pandémie. En juin, il reconnait que l'approche suédoise modérée face au virus pouvait être améliorée.

"Si nous devions rencontrer la même maladie avec tout ce que nous savons aujourd’hui sur elle, je pense que nous finirions par faire quelque chose entre ce que la Suède et le reste du monde ont fait", déclare-t-il, soit à mi-chemin entre le confinement et la liberté presque totale. Entendrons-nous un discours similaire sur le masque d'ici quelques mois? Le directeur général de l'Agence suédoise de la santé publique Johan Carlson n'exclut en tout cas pas totalement d'y avoir recours à l'avenir...

Contre la fermeture des frontières

En avril, Anders Tegnell déclare que la "fermeture des frontières est ridicule car le Covid-19 est présent dans tous les pays européens". Lui-même fan de voyages, sa passion a-t-elle fait pencher la balance?

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