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Après le virus, il nous faudra du rêve

La crise du coronavirus.

Une centaine de nanomètres. C’est la taille de ce virus qui depuis quelques semaines plonge la planète entière dans un silence angoissant. Face à cette menace invisible, la réaction est erratique et les frontières s’élèvent.

Les Pays-Bas ont choisi l’immunisation collective : on y laisse courir le virus, ne protégeant que les personnes à risque (et nous obligeant, nous Belges, à instaurer des contrôles renforcés aux frontières). En Suède, autre pays de l’espace Schengen, ce ne sont pas les ministres mais les experts qui prennent les décisions: pour l’heure, ils n’ont pas pris de mesures de confinement, les écoles restent ouvertes, en opposition avec tous les pays voisins. En Italie (remercions le ciel que Salvini ne soit plus aux commandes), c’est la Chine et non l’Europe qui vient en aide aux habitants: experts et matériels chinois y débarquent en force.

Des rêves, c’est la réponse à adresser à une population qui aura été traumatisée par les événements.

Voilà l’absurdité de la situation telle qu’elle s’est propagée chez nous. Une situation asymétrique qui a gêné la lutte contre la pandémie. À la décharge de nos dirigeants, jamais une telle crise n’avait éclaté en Europe. Nous sommes donc en pleine phase d’apprentissage. La bonne nouvelle, c’est que le Vieux continent a d’autres expériences à son arc. Il a fait face à la crise financière en 2007, la crise des banques en 2008, la crise des dettes souveraines puis de l’euro en 2010-2011. L’Europe peut donc voir venir.

Sauf qu’aujourd’hui la crise sanitaire nous envoie à la figure cette quadruple menace en un seul épisode. Récession globale, défaillances d’entreprises en cascade, la pression économique et financière sera massive et inédite.

Pour l’heure, les Etats ont réagi en injectant des milliards d’euros de soutien à leur économie. Il faudra pourtant changer de braquet lorsqu’il s’agira de reconstruire nos économies. On évoque le fonds de secours européen (MES) doté de 410 milliards d’euros. Il y a aussi cette idée caressée durant la crise des dettes souveraines, les "coronabonds" qui mutualiseraient certaines dettes des pays de la zone euro et réduiraient la pression sur les plus faibles comme l’Italie.

Mais ce qu’il faudra avant tout, ce sont des rêves. C’est la réponse à adresser à une population qui aura été traumatisée par les événements. Alors chers amis décideurs, entrepreneurs, citoyens, retroussons-nous les manches dès maintenant, et faisons marcher la boîte à idées. Pour que les investissements et les décisions de demain donnent envie de croire à nouveau en un avenir brillant. Et ce, sans frontières.

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