Au dépistage, "certains en sont presque venus aux mains…"

Le laboratoire du CHR Citadelle affiche une capacité de tests actuelle de 300 à 400. Mais il devra passer à 1.000, voire 1.200 en septembre. ©Photo News

Pour se préparer aux calamités de l'automne, le ministre De Backer a décidé de booster la capacité de testing: jusqu'à 90.000 dépistages du Covid-19 par jour. Dans les labos, c'est le branle-bas de combat, alors que les couacs se multiplient. Enquête sur une grande débrouille.

"C’est un combat!", explique le docteur Jean-Marc Minon, médecin responsable du service de biologie clinique et du laboratoire du CHR Citadelle à Liège, lorsqu’il parle de son quotidien. "Il y a un problème de populations différentes à tester, un mélange d’individus pas faciles à concilier." Les laboratoires accueillent en effet des malades, mais aussi des personnes saines, qui partent en vacances, reviennent de l’étranger ou ont été désignées par le tracing. "Les moins malades sont les plus exigeants. Pour partir à l’étranger, le test doit être fait dans un certain timing et certains en sont presque venus aux mains…"

"Les moins malades sont les plus exigeants. Pour partir à l’étranger, le test doit être fait dans un certain timing et certains en sont presque venus aux mains…"
Jean-Marc Minon
Chef du laboratoire du CHR Citadelle

Depuis ce lundi, l’hôpital de la Citadelle a rouvert un drive à l’extérieur, sur un parking à Vottem, où sont accueillis les patients asymptomatiques.

Doubler les capacités

La résurgence de l’épidémie dans la population est survenue plus tôt que prévu et les labos doivent préparer les retours de vacances, la rentrée des classes avec le brassage qui s’en suivra, ainsi que l’arrivée des virus habituels qui donnent des symptômes comparables à ceux du Covid-19. Le ministre De Backer a préparé un plan dans cette optique. La capacité de test PCR sera portée à 90.000 par jour, dont 45-55.000 pour les labos de biologie clinique, selon le ministre. Et cette fois, ceux-ci sont en première ligne. Une plateforme nationale aura une capacité de 40.000 tests sur 7 lieux et sous le contrôle des laboratoires des hôpitaux universitaires: elle servira de back-up pour les laboratoires cliniques, sera utilisée pour le screening et la maîtrise des épidémies locales.

"On a un problème : la fatigue."
Olivier Denis
Responsable du laboratoire de microbiologie du CHU UCL Namur, site de Godinne

Bref, les laboratoires s’équipent en vue du mois prochain. "On a investi, renforcé toutes nos plateformes. Ici, au CHU Godinne, on maîtrise toute le processus, du prélèvement jusqu’à la réponse, en moins de 24 heures comme le recommande Sciensano", explique le professeur Olivier Denis, responsable du labo de l’hôpital namurois. "Mais on a un problème : la fatigue. Depuis des mois, les équipes spécialisées en biologie moléculaire tournent 7/7, souvent même la nuit. Il faut recruter des spécialistes, mais c'est un métier en pénurie. On a donc dû changer toute notre façon de travailler. Et heureusement, le métier vient d'être ouvert à d'autres spécialités..."

Y aura-t-il assez de réactifs?

Pour les prochains mois, les autorités attendent du labo de Godinne qu’il monte sa capacité de tests de 400 à 900. « On a investi dans de nouveaux automates, on espère qu’ils seront livrés à temps. Mais une centaine de labos font la même demande en même temps…" Il est demandé de constituer des stocks de réactifs pour plusieurs semaines. "Mais où les mettre?, se demande le professeur Denis. Certains doivent être stockés à -20°, voire -80°. Et ça périme!" Et à cela s'ajouteront les produits pour dépister la grippe et le RSV, qui seront sans doute plus demandés qu'à l'habitude.

Des menaces...

La rapidité est l'un des éléments essentiels dans la recherche des contacts. Le gouvernement s'attend à ce qu'un résultat de test positif parvienne à la base de données de Sciensano dans l'heure qui suit. Les laboratoires qui transmettent les données trop lentement risquent des sanctions, selon De Morgen.: ils pourraient ne plus être remboursés par l'Inami.

La question des stocks de réactifs est au cœur de la stratégie. "Des accords clairs ont été conclus avec des fournisseurs pour la livraison des réactifs aux laboratoires cliniques afin que ces derniers soient en mesure d’évaluer correctement leur capacité de test", explique le ministre De Backer. Du côté de l'hôpital de la Citadelle, "on est livré au goutte à goutte, impossible de faire des stocks pour trois mois", relève le docteur Minon. "On ne croyait pas tester autant ces deux derniers mois... Le Fédéral nous a promis un appui financier, mais rien n'arrive. Là, je dois sortir 150.000 euros pour commander des écouvillons pour trois mois."

"On est livré au goutte à goutte, impossible de faire des stocks pour trois mois."
Jean-Marc Minon
Chef du laboratoire du CHR Citadelle

La politique belge de gestion de crise est critiquable, selon ce médecin. "Et pour se protéger des critiques, on promet un testing de masse. Mais à quoi ça sert si on ne respecte pas les règles de base? En juillet, la plupart des personnes que j'ai testées revenaient d'un séjour hors Schengen. On teste ici des personnes qui ne respectent pas grand-chose, et à charge de la société. La quatorzaine est aussi à charge de la société. Ça mérite réflexion, non?"

"Nos équipes en ont par-dessus la tête", gronde Jean-Marc Minon. "Et on ne reçoit pas d'informations claires." Par exemple, le QR code généré par SMS pour les personnes revenant de zones à risque et qui les invite à se faire tester. "Il y a un code à 16 chiffres qu'on doit recopier manuellement. Les patients nous les dictent, en gardant la distanciation. Une fois sur deux, il y a erreur. Nous n'avons pas été équipés du lecteur adéquat. Ensuite, il faut une autre application, pour une autre étape. Et dans les centres de tri, il y a un autre questionnaire. Nous sommes assommés par les charges administratives..."

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