Au fédéral, on prend les mêmes et on recommence

Le duo socialiste Magnette-Rousseau est à la manœuvre. ©Photo News

Le duo socialiste Magnette/Rousseau a entamé ses consultations en vue de former un gouvernement. La crise sanitaire et le confinement ont peut-être changé la donne fédérale. Ça bouge chez les socialistes et à l'Open Vld.

Cette fois-ci c'est bien reparti. PS et sp.a, en tant que première famille politique à la Chambre avec 28 sièges, ont relancé les consultations en vue de former un gouvernement fédéral. D'ici la fin de la semaine, a précisé Paul Magnette à L'Echo ce mardi, tous les partis susceptibles de former un gouvernement auront été consultés.

Sophie Wilmès (MR) étant à la tête d'un gouvernement de plein exercice, puisqu'il a reçu la confiance du Parlement pour gérer la crise Covid, le Roi n'est pas en mesure de nommer une personnalité pour le job. Les deux présidents socialistes Paul Magnette et Conner Rousseau s'y mettent donc. Comme de coutume, PTB-PVDA et Vlaams Belang sont mis à l'écart du processus.

Avides de pouvoir

Mais former un gouvernement c'est, aujourd'hui comme hier, répondre à deux questions: avec qui et pour faire quoi? Aucune d'entre elles n'a pu trouver de réponse depuis les élections du 26 mai 2019 – et oui, cela fait bientôt un an qu'on a voté. On le rappelle, la formation d'un gouvernement fédéral majoritaire se heurte à deux impossibilités: un accord entre PS et N-VA, les deux premiers partis du pays, est jusqu'ici introuvable alors qu'une majorité excluant la N-VA ne fait pas consensus au sein de deux partis pivots que sont le CD&V et l'Open Vld. 

Ce blocage a-t-il disparu à l'aune de la crise du coronavirus? Rien ne permet de l’affirmer aujourd'hui. Cette nouvelle donne pousse les partis à se présenter comme responsables, avides de prendre le pouvoir. Bart De Wever a même affirmé regretter de ne pas être à la manœuvre pour gérer le Covid.

La N-VA n’a pas attendu la fin de la crise sanitaire pour multiplier ses appels au PS pour former un gouvernement. Non sans, cependant, disqualifier les recettes économiques socialistes avec un discours – "c’est le Flamand travailleur qui va payer la facture du Wallon oisif" – qui ne facilite pas le rapprochement. À l’évidence, côté PS, on considère que monter dans un gouvernement avec les nationalistes pour mener une politique de droite n’est pas plus une option qu'avant la crise.

D’autant que la crise sociale qui s’annonce est de nature à renforcer son concurrent du PTB. Ce dernier, le député porte-parole Raoul Hedebouw en tête, applique à merveille la stratégie de la campagne électorale permanente et met le paquet sur les réseaux sociaux pour faire passer son message. Celui-ci – "La gauche authentique, c’est nous" – est redoutable pour le PS. Le Vlaams Belang fait de même en Flandre en menaçant le leadership N-VA. Aucun sondage n’est encore venu mesurer l’impact du Covid sur les intentions de vote. Les partis naviguent donc un peu à vue.

La montée des extrêmes

Le PS, ne se sentant réellement bien qu’au pouvoir, tente d’activer une dynamique de relance. Paul Magnette a ouvertement ciblé le président du MR, taxé d’immobilisme alors que partout sur le continent européen, les États annoncent des plans de relance à coups de milliards d’euros. Georges-Louis Bouchez est soupçonné depuis des semaines de vouloir maintenir le statu quo pour garder son influence au fédéral (son parti est le seul francophone du gouvernement) le plus longtemps possible.

Côté libéral, on commence à sentir le mauvais coup venir de la gauche. Car le PS semble toujours emmener les verts dans ses valises. Et les verts, à l'avenue de la Toison d'or, on en a un peu marre. "Le produit Conner Rousseau est en train de prendre en Flandre, il est partout dans les médias", craint-on aussi. Conner Rousseau, c’est l’image du wonderboy que Georges-Louis Bouchez aimerait bien endosser côté francophone et entre les deux jeunes ténors, les tensions furent parfois vives ces derniers mois.

Dans la famille libérale, on se sent déjà mis de côté par le duo socialiste. "C’est ainsi qu’il faut interpréter les appels de l’Open Vld", dit un MR. De fait, Gwendolyn Rutten, présidente en sursis, a indiqué ce week-end qu’il fallait "réinventer la violette", soit l’alliance socialistes/libéraux.

L’Open Vld, considérablement affaibli, semble avoir choisi une stratégie de rupture avec la N-VA.

Dans Knack cette semaine, Patrick Dewael, président de la Chambre, en remet une couche sur l’importance de l’axe bleu/rouge en rappelant les échecs répétés des tentatives de mariage entre PS et N-VA. L'Open Vld, considérablement affaibli, semble avoir choisi une stratégie de rupture avec la N-VA, notamment en prônant la violette et la refédéralisation de certaines compétences. Cette ligne survivra-t-elle à l'élection pour la présidence du parti qui doit se jouer vendredi entre Egbert Lachaert et Bart Tommelein? À voir.

Quant au CD&V, à lire le président Joachim Coens samedi, les lignes ne semblent pas y avoir bougé beaucoup.

Bref, nous sommes à un nouveau commencement. Avec une échéance: la fin septembre et la nouvelle demande de confiance du gouvernement Wilmès II, épisode qui pourrait précipiter le pays vers des élections anticipées. Un scénario qui pourrait bien n'arranger que les extrêmes.    

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