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interview

Aux États-Unis, certains leaders religieux défient les consignes sanitaires

Aux États-Unis, le facteur religieux est très important et il fait craindre un relâchement du respect du confinement en ce week-end pascal. ©AFP

En ce week-end pascal, la majorité des lieux de culte aux États-Unis ont décidé de respecter les consignes de confinement et de distanciation sociale. Mais certains résistent ou se voient accorder des dérogations, quitte à faire prendre des risques aux fidèles.

"Je suis couverte du sang de Jésus", répondait récemment une fidèle de l’Ohio à un journaliste de CNN lui demandant si elle n’avait pas peur d’être infectée par le coronavirus ou de le transmettre aux autres en se rendant à l’église. En Pennsylvanie, un pasteur a promis d’organiser à Pâques un office "comme à Woodstock" pour protester contre les injonctions à rester à la maison. Dans d’autres États, comme en Floride, ce sont les gouverneurs eux-mêmes qui accordent des dérogations aux lieux de culte en désignant les célébrations religieuses comme des "activités essentielles". Les exemples de ce type se sont multipliés ces dernières semaines, illustrant la tension entre certaines communautés religieuses et les consignes sanitaires. Le think tank Center for American Progress a publié une étude sur les exemptions religieuses accordées par plusieurs États dans leurs décrets de confinement. Son auteure, Maggie Siddiqi, décrit cette tendance comme "alarmante". Elle répond à nos questions.

Combien de lieux de cultes ont-ils prévu de grands rassemblements ce week-end aux États-Unis, malgré les consignes de confinement?

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Maggie Siddiqi: Selon un récent sondage, entre 7% et 21% des congrégations chrétiennes continuent à se rassembler. Mais le chiffre peut contenir de petites congrégations donc il est difficile de savoir exactement qui va se rassembler ce week-end. Il semble que le nombre de larges communautés qui insistent pour continuer les rassemblements sans aucun effort de distanciation sociale soit très faible. On peut citer l’exemple du révérend Tony Spell, de l’église Life Tabernacle, en Louisiane ("Les vrais chrétiens se fichent de mourir. Ils craignent de vivre dans la peur", a déclaré ce pasteur qui risque la prison et une amende pour avoir défié les ordres du gouverneur en réunissant des centaines de ses paroissiens lors du dimanche des Rameaux, NDLR).

Certains ont décidé d’aller en justice pour défendre leur "liberté religieuse". Peuvent-ils gagner?

Une victoire est très improbable pour les communautés religieuses sous le coup d’un décret temporaire, de leur comté ou de leur État, restreignant leur possibilité de se réunir. Il existe un certain nombre de lois fédérales et locales qui requièrent du gouvernement d’éviter de limiter la liberté religieuse de quelque manière que ce soit. Mais nous vivons un moment sans précédent. La mission gouvernementale de protection de la santé publique doit primer. Malheureusement, environ 20 États ont exempté les institutions religieuses de toutes ou une partie des régulations de confinement. Par ailleurs, huit États n’ont publié aucun décret pour limiter les rassemblements de masse.

Pourquoi est-il important que les leaders religieux eux-mêmes relaient les consignes sanitaires?

"Dans plus de la moitié des États, il n’existe pas ou peu de restrictions sur les rassemblements religieux."
Maggie Siddiqi
Think tank Center for American Progress

Justement parce que dans plus de la moitié des États, il n’existe pas ou peu de restrictions sur les rassemblements religieux. C’est donc aux leaders religieux de faire leur propre choix pour leur communauté. Malheureusement nous avons observé plusieurs exemples de foyers de contamination du coronavirus liés à des communautés religieuses (C’est le cas dans le New Jersey et à New York, dans des communautés juives orthodoxes, ou encore dans une église près de Sacramento, en Californie, où 71 cas de Covid-19 ont été recensés, NDLR). 

La grande majorité des lieux de culte obéissent aux consignes. Comment s’adaptent-ils à la situation?

Ils ont trouvé des manières très innovantes de rester connectés. Certains tiennent leur messe ou leur office en livestream, d’autres ont opté pour des petits rassemblements via vidéoconférence, d’autres encore utilisent les SMS et le téléphone pour ceux qui n’ont pas d’accès à Internet. Certaines communautés se réunissent même en restant dans leur voiture, comme dans les cinémas drive-in d’antan. Beaucoup fournissent des services sociaux critiques pour quantité de fidèles qui se retrouvent sans emploi ou sans revenu: elles offrent des plateaux-repas ou cousent et distribuent des masques. J’ai vu beaucoup de lieux de culte demander des dons en ligne mais il est certainement bien plus difficile de récolter de l’argent lorsque la communauté ne se rassemble pas en personne.

Le fait que Donald Trump ait minimisé la gravité du virus au début de la crise a-t-il joué un rôle dans la réaction de certains leaders religieux, notamment chez les évangélistes blancs?

L’administration Trump a réagi bien trop tard et a suggéré plusieurs fois au début de la pandémie que les craintes étaient exagérées. Certains leaders évangéliques blancs, très proches de son administration, ont relayé cette idée. Jerry Falwell Jr (président de l’université évangélique de Lynchburg, en Virginie, qui a refusé de fermer son campus pendant des semaines, NDLR) est allé jusqu’à dire que les inquiétudes au sujet du virus étaient une tentative de la gauche de faire tomber Donald Trump. Bien que l’administration ait changé de discours depuis, beaucoup de ces idées perdurent. Et, plus récemment, le Président a annoncé qu’il souhaitait voir le pays "rouvrir" à Pâques, avec "des églises bondées". Même s’il a dit plus tard que cela n’était qu’un "souhait", encore une fois, les dégâts étaient faits. L’administration doit clairement et sans équivoque appeler les leaders religieux à mettre un terme aux rassemblements en personne tant que cela sera nécessaire afin de protéger la santé publique. 

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