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Aux États-Unis, le secteur de la viande reste ouvert, malgré le Covid-19

Un camion du groupe Smithfield. ©REUTERS

Donald Trump a ordonné aux abattoirs de maintenir leur activité malgré la pandémie de coronavirus qui touche nombre d’employés. Le président américain veut éviter la pénurie dans les supermarchés, malgré le risque sanitaire.

Faut-il sacrifier la santé des employés des abattoirs ou les hamburgers dans les assiettes des Américains? Le débat se pose depuis plusieurs semaines aux États-Unis, alors que le secteur de la viande est violemment frappé par la pandémie de Covid-19. Au moins 20 travailleurs du secteur sont morts du coronavirus et plus de 5.000 ont été hospitalisés ou ont présenté des symptômes. Une quinzaine d’établissements ont dû fermer leurs portes temporairement ces deux derniers mois. Parmi eux, une usine de la marque Smithfield à Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, compte à elle seule plus de 890 infections.

Face au risque de pénurie de viande, Donald Trump a décidé de qualifier les abattoirs et les usines de transformation d’"infrastructures critiques". Dans un décret signé mardi, le président américain a ordonné à ces établissements de rester ouverts. Il a expliqué vouloir s’assurer de l’approvisionnement en "protéines pour les Américains". "La peur politique est réelle. Si les consommateurs ne peuvent pas acheter la viande qu’ils veulent au supermarché, ils vont ressentir un impact direct de la pandémie et cela conduira à une frustration et une colère du public", analyse pour L’Echo Joshua Specht, professeur d’histoire à l’université Notre Dame, dans l’Indiana, spécialisé dans le secteur de la viande. 

Chaîne d'approvisionnement

Les industriels faisaient pression depuis un moment pour une telle décision. La fermeture partielle de certains sites, parfois à la demande d’autorités locales, leur pose un problème économique. La crise a provoqué une baisse de la capacité de production des abattoirs de 25% pour le porc et de 10% pour le bœuf.

"Il est impossible de garantir l’approvisionnement de nos supermarchés si nos usines ne tournent pas."
Kenneth Sullivan
Smithfield Foods

"Il est impossible de garantir l’approvisionnement de nos supermarchés si nos usines ne tournent pas", a ainsi dénoncé Kenneth Sullivan, à la tête de Smithfield Foods, après la fermeture de l’usine de Sioux Falls. Le patron de Tyson, un autre grand groupe du secteur, s’est de son côté payé une pleine page de publicité dans le New York Times et le Washington Post pour avertir que des millions de kilos de viande allaient disparaître de la chaîne d’approvisionnement nationale. 

Vraiment? Covid-19 ou non, ces groupes consacrent une grande partie de leur activité à l’exportation, notamment vers la Chine, frappée par une épidémie de grippe porcine. Quant aux Américains, ils sont de plus en plus tentés par la viande à base de plantes. Les ventes ont grimpé de 265% ces huit dernières semaines par rapport à 2019, selon le cabinet Nielsen.

Risque pour les travailleurs

La décision de Donald Trump crée surtout "un risque pour les travailleurs", s’inquiète Joshua Specht. Dans les abattoirs et les usines, ils "sont proches physiquement les uns des autres, ce qui augmente le risque de propagation du virus. Les employés, sous-payés, se sentent obligés de continuer à travailler même s’ils sont malades. Beaucoup n’ont pas de papiers et sont pénalisés par la barrière de la langue et le manque d’accès aux services gouvernementaux et médicaux."

"Les employés, sous-payés, se sentent obligés de continuer à travailler même s’ils sont malades."
Joshua Specht
Professeur d’histoire à l’université Notre Dame dans l’Indiana

Rester ouverts exposait les grands groupes de viande à des procès des travailleurs inquiets pour leur santé. Le décret protège dorénavant les entreprises. Ces industriels ont désormais "la permission de risquer la vie de leurs employés", résume Joshua Specht. Beaucoup se sont plaints de ne pas avoir de masque de protection au travail ou de ne pas avoir suffisamment de pauses pour aller aux toilettes et se laver les mains. L’administration américaine a eu beau édicter des consignes sanitaires pour le secteur dimanche, ces dernières ne sont pas obligatoires.

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