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Aux États-Unis, les Noirs en première ligne face au coronavirus

Dans certains états comme le Illinois ou le Wisconsin, le racisme envers les Afro-Américains est tel que certains hésitent à porter un masque de protection, craignant d'être assimilés à des gangs et interpellés par la police. ©AFP

Les Afro-Américains ont davantage de chances d’être infectés par le Covid-19 et d’en mourir, à cause d'inégalités raciales structurelles. Craignant les violences policières, ils hésitent aussi à porter des masques de protection en public.

"Le virus ne discrimine pas." On entend souvent cette formule pour signifier que le Covid-19 s’attaque à tous, même aux puissants. Pourtant, aux États-Unis, les Afro-Américains sont en première ligne, sur le plan médical mais aussi économique et sociétal.

"En Illinois, les Noirs comptent pour 41% des morts alors qu’ils ne représentent que 14% de la population."
Ben Crump
Avocat spécialisé dans les droits civiques

Il n’existe pas encore d’étude à l’échelle du pays mais quelques chiffres locaux le prouvent: les Noirs sont proportionnellement plus touchés par la maladie que les autres. "En Illinois, les Noirs comptent pour 41% des morts alors qu’ils ne représentent que 14% de la population. Le même schéma est rapporté dans le Michigan, en Caroline du Nord, dans le Wisconsin et en Floride", écrit dans une tribune pour le journal USA Today l’avocat Ben Crump, spécialisé dans les droits civiques.

"Racisme systémique"

Les raisons sont structurelles. Ayanna Pressley, représentante afro-américaine du Massachusetts, dénonce sur Twitter le "racisme systémique" aux États-Unis. "Déserts alimentaires = accès inégal à de la nourriture fraîche et saine = diabète, maladies cardiaques. Les injustices environnementales signifient un air et une eau polluée. Cupidité et négligence, logements insalubres = asthme." 

Les Noirs, défavorisés sur le plan économique, social et environnemental, sont plus susceptibles de souffrir de préconditions médicales qui aggravent les effets du virus.

En somme, les Noirs, défavorisés sur le plan économique, social et environnemental, sont plus susceptibles de souffrir de préconditions médicales qui aggravent les effets du virus. Ils sont aussi plus susceptibles de vivre dans des quartiers denses où le taux de transmission est plus élevé, relève Ben Crump. Ou d’exercer des métiers de service à la personne où le télétravail est impossible.

En prison, où les Noirs représentent 33% des détenus alors qu’ils ne comptent que pour 12% de la population américaine, ils sont aussi plus susceptibles d’attraper le virus. Et moins susceptibles de faire partie des plans de libération anticipée de prisonniers âgés ou malades "à faible risque", selon les critères du gouvernement Trump.

"Pas des braqueurs"

Ces discriminations persistent dans les réponses apportées à la pandémie. La recommandation du port du masque dans les lieux publics ne va pas de soi pour les Afro-Américains. Se couvrir le visage, avec un bandana par exemple, risque d’être assimilé à des signes distinctifs de gangs. Or "les Américains noirs non armés ont plus de chances d’être tués par la police que les Blancs", relève Ben Crump. "La police doit savoir que nous ne sommes pas des braqueurs de banque masqués; nous sommes des gens qui tentent de rester en vie." 

Plusieurs incidents ont été rapportés. En Illinois, deux Noirs qui faisaient leurs courses à Walmart en portant un masque ont ainsi été invités par la police à quitter le supermarché. Ils ont filmé la scène.

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