Avocats.be veut l'ouverture des centres fermés

Du côté de l'Office des étrangers, on précise que l'ouverture des centres fermés n'est pas du tout à l'ordre du jour. ©Photo News

Compte tenu des conditions sanitaires et face à l'impossibilité de rapatrier les réfugiés, Avocats.be réclame l'ouverture des centres fermés. Ce n'est pas à l'ordre du jour, répond l'Office des étrangers qui a réduit de moitié la capacité de ses centres.

À circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Ces derniers jours, cette maxime prend tout son sens. C'est dans ce contexte qu'Avocats.be, la plateforme qui chapeaute les barreaux francophones et germanophone du pays, plaide pour l'ouverture des centres fermés, comme nous l'a expliqué mercredi matin son président, Xavier Van Gils

"Les réfugiés qui sont en centre fermé ne peuvent plus être rapatriés parce qu'il n'y a plus d'avion."
Xavier Van Gils
Président d'Avocats.be

En réalité, en cas de séjour illégal, la loi prévoit la possibilité d'une détention en centre fermé en vue d'un rapatriement dans le pays d'origine du réfugié. Mais la pandémie de Covid-19 qui frappe actuellement l'Europe de plein fouet rend impossible toute tentative de rapatriement. Sur cette seule base, la détention des réfugiés en centres fermés devient illégale. "Les réfugiés qui sont en centre fermé ne peuvent plus être rapatriés parce qu'il n'y a plus d'avion", nous a expliqué Xavier Van Gils. Pour ce dernier, il faut que les réfugiés détenus dans des centres fermés puissent retrouver la liberté le temps que la situation se normalise. 

Conditions sanitaires déplorables

Au-delà du caractère illégal de ces enfermements, Avocats.be dénonce les conditions sanitaires déplorables dans les centres fermés. "Il faut libérer ces gens qui n'ont pas commis de délit, mais dont le maintien en détention constitue un danger pour la santé publique", précise encore Xavier Van Gils. Dans les centres fermés, la promiscuité des locaux et l'enfermement ne permettent pas de respecter les règles de confinement et de distanciation sociale édictées par le gouvernement pour lutter contre la pandémie de Covid-19. 

L'avocat Alexis Deswaef, ancien président de la Ligue des droits de l'homme, abonde pour l'ouverture des centres fermés, tout en rappelant qu'il y a déjà eu un précédent. "Lors du décès de Semira Adamu lors de son rapatriement en 1998, par peur des émeutes dans les centres fermés, ils avaient ouvert les portes et laissé filer tout le monde", nous a-t-il expliqué. Pour Alexis Deswaef, la situation pour l'Office des étrangers est claire: "S'il n'y a pas de rapatriement possible, la détention est illégale et si tel est le cas, il faut libérer les réfugiés détenus dans les centres fermés."

L'avocat n'est pas opposé à l'idée d'une discussion au cas par cas, notamment pour les réfugiés qui auraient commis des délits. Mais si un réfugié a été condamné et qu'il a purgé sa peine, il doit pouvoir être libéré. Pour l'ancien président de la Ligue des droits de l'homme, il y a également un réel problème de double casquette dans le chef de Maggie De Block (Open VLD) qui détient les portefeuilles de la Santé publique et de l'Asile et la Migration. "Avec sa casquette Santé, elle prône des mesures de distanciation tandis qu'avec sa casquette Asile et Migration, elle n'applique pas les règles qu'elle demande de l'autre côté", explique Alexis Deswaef. 

Pas d'ouverture à l'ordre du jour

"Nous avons réduit de moitié la capacité de nos 5 centres fermés."
Dominique Ernould
Porte-parole de l'Office des étrangers

Du côté de l'Office des étrangers, on précise que l'ouverture des centres fermés n'est pas du tout à l'ordre du jour, a expliqué Dominique Ernould, la porte-parole de l'Office. "Nous avons réduit de moitié la capacité de nos 5 centres fermés", nous a-t-elle précisé. Le centre 127 bis qui peut recevoir jusqu'à 120 réfugiés n'en prendra plus que 60. Aujourd'hui, il n'y a que 38 réfugiés au 127 bis. "Nous avons voulu respecter les consignes de distanciation sociale", a expliqué la porte-parole. 

La tendance sera, dans les jours prochains, à la libération au cas par cas, mais pas question, à ce stade, d'une ouverture généralisée.

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