Bernard Delvaux: "Il faudra des mois pour relancer la chaîne logistique"

La situation est très disparate au sein du groupe Sonaca, avec des arrêts de production en Belgique et au Canada, mais des sites qui fonctionnent en Roumanie, en Chine, au Brésil et dans certains États américains. ©Anthony Dehez

Poids lourd de la construction aéronautique en Belgique, la Sonaca est quasiment à l’arrêt à Gosselies. Mais elle étudie déjà les moyens de relancer la production à un rythme plus modeste.

Des usines mises en veilleuse, une chaîne d’approvisionnement perturbée ou à l’arrêt et de grands constructeurs qui modifient les cadences: la filière aéronautique souffre particulièrement de la paralysie de l’activité économique provoquée par la crise du coronavirus.

Poids lourd du secteur en Belgique avec quelque 1.500 travailleurs à Gosselies, la Sonaca est quasiment à l’arrêt dans notre pays, avec une grande partie de son personnel en chômage temporaire. "Il n’y a plus de production importante à Gosselies, juste quelques tâches exceptionnelles qui permettent de maintenir des activités en route", explique le CEO Bernard Delvaux. "Quelques dizaines de personnes travaillent sur le site et assurent l’approvisionnement en pièces élémentaires ou achèvent des productions qui étaient très avancées. Bien sûr, toute l’organisation du travail a été adaptée pour que les règles de distanciation sociale soient respectées. Moyennant cela, on maintient un rythme de production qui est très très dégradé, mais suffisant pour en quelque sorte maintenir la veilleuse allumée".

Une supply chain compliquée

Le patron estime en effet primordial de déjà préparer la sortie de crise, même si cela prendra du temps: "on doit avoir dès maintenant une stratégie de sortie du confinement. À la fois d’un point de vue sanitaire, mais aussi sur le plan industriel, parce que cette sortie ne va pas se faire en un claquement de doigts. Nous avons une supply chain complexe. Ce sont souvent des acteurs qui fournissent des pièces ou des assemblages uniques. 

"On va devoir redémarrer graduellement et travailler sur la base de plannings raisonnables."
Bernard Delvaux
CEO de Sonaca

Il y a aussi un cycle assez long entre le moment où on part de l’aluminium et le moment où on arrive à un avion complet. Tout cela est déjà très compliqué à gérer quand les choses sont prévisibles et stables. Alors s'il y a dans des pays différents des "stop and go" sans beaucoup de visibilité, ces chaînes logistiques ne vont pas être simples à relancer et à resynchroniser. On va devoir redémarrer graduellement et travailler sur la base de plannings raisonnables et dégradés en termes de volume".

Combien de temps cela prendra-t-il? Bernard Delvaux parle "de plusieurs mois" probablement. "Il faudra ramener les gens au travail dans un contexte de sortie de crise sanitaire. On aura des problèmes d’organisation pour peu que l’on ait des volumes importants. Et ces problèmes se poseront partout dans la supply chain: il suffira que l’on ait un obstacle quelque part pour que cela ralentisse la remontée en cadence". Au sein même de la Sonaca, la situation est d’ailleurs très disparate: si la Belgique et le Canada sont à l’arrêt, plusieurs des implantations étrangères (Roumanie, Chine, Brésil et certains sites aux USA) continuent à tourner.

Les avions ne volent plus

Le pétrole est bas et cela n’incite pas à acheter de nouveaux avions.

La deuxième contrainte qui va surgir, selon Bernard Delvaux, c’est l’impact de l’arrêt du trafic mondial sur l’industrie aéronautique. "Suite à la mise au sol de tous ces avions, toutes ces compagnies se retrouvent dans une situation financière très compliquée puisque les avions ne volent plus" déplore-t-il. "Il y aura des reports de commandes et sans doute des annulations. Il y aura donc des cadences plus basses dans toute l’industrie pendant un certain  temps parce que le carnet de commandes des avionneurs a évolué à la baisse.

En plus, le pétrole est bas et cela n’incite pas à acheter de nouveaux avions, puisque les anciens appareils qui consomment davantage ne sont plus spécialement plus chers à utiliser.  Il faudra donc des mois si pas un an pour revenir aux cadences d’avant la crise".

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