Bernard Delvaux (Sonaca) et Cécile Neven (UWE): "Il n'y a en Belgique aucune gestion globale du testing-tracing"

Bernard Delvaux: "Si on veut des résultats, on doit vouloir dépasser la complexité institutionnelle du pays."

Cécile Neven (UWE) et Bernard Delvaux (Sonaca) tirent la sonnette d’alarme: "Mettons-nous en ordre de marche! Nous voulons un système efficace, rapide et mesurable, pour éviter qu'un éventuel rebond de l'épidémie ne bloque les entreprises."

Pas contents, Cécile Neven et Bernard Delvaux. La première est directrice des partenariats à l’Union wallonne des entreprises (UWE), le second est CEO de la Sonaca et administrateur de l’UWE. Ensemble, ils essaient depuis des semaines de comprendre comment les tests et le traçage post-coronavirus sont mis en place en Belgique. Ils veulent pouvoir informer précisément les entreprises du sud du pays.

Ils ont frappé à toutes les portes, sans trouver jusqu’ici réponse à leurs questions, nous indiquent-ils, passablement irrités par "le grand flou qui entoure cette étape pourtant essentielle pour un déconfinement réussi".

Depuis des semaines

"Depuis des semaines, situe Bernard Delvaux, "nous voulons savoir comment les entreprises doivent s’organiser lorsqu’un collaborateur présente des symptômes et ainsi éviter qu'une entreprise tombe à l'arrêt par peur d’une contagion."

"On retombe dans les travers belges. On tergiverse, on ne décide pas."
Bernard Delvaux
CEO Sonaca – administrateur UWE

"Qu'est-ce qu'on fait quand un membre du personnel présente des symptômes. Quel médecin se charge de le tester, avec quel test, dans quel délai, à qui et comment le résultat est-il communiqué, comment le tracing rentre-t-il en action ensuite, etc. Sur toute cette boucle, qui doit idéalement être réalisée dans les 24 heures, on cherche encore aujourd'hui qui est chargé de la décrire précisément et de la gérer. "

Selon les deux dirigeants wallons, "il n'y a en Belgique aucune gestion globale, de bout en bout, du testing-tracing ".

Pourquoi? "Parce qu'on tombe sur la complexité institutionnelle belge", déplore Bernard Delvaux. "Les responsabilités sont saucissonnées et cela conduit à un jeu de ping-pong: une partie est régionale, une partie est fédérale et il n'y a pas de responsabilité globale sur le processus. On discute de points de détail et on en oublie l'objectif global. En entreprise, on sait pourtant que, quand un projet est laissé sans responsable, ça ne marche pas. Si on veut des résultats, on doit vouloir dépasser la complexité institutionnelle du pays."

"Travers belges" 

La période demande du leadership et des décisions rapides, insistent Cécile Neven et Bernard Delvaux. "Jusqu'ici, le redémarrage se passe assez correctement dans les entreprises, et c'est tant mieux bien sûr. Mais sur le testing-tracing, il n'y a pas ce sentiment d'urgence qu'il y a pu y avoir sur la question des hospitalisations au plus fort de l’épidémie. Là, l'objectif était clair et le suivi, régulier et précis. Ici, on retombe dans les travers belges. On tergiverse, on ne décide pas."

"Touchons du bois, il n'y a pas actuellement de rebond épidémique. Mais il faut profiter des semaines qui viennent pour s'assurer que le système fonctionne et qu'un éventuel rebond ne bloque pas les entreprises." Un appel à un "retour à la raison et à l’efficacité", profitable à tous d’ailleurs, entreprises comme citoyens.

"Mettons-nous en ordre de marche! Nous voulons un système efficace, rapide et mesurable."
Cécile Neven
UWE

Faute d’indicateurs de performance chiffrés régulièrement publiés, Cécile Neven doit se contenter de "retours du terrain pas toujours rassurants. Des personnes sont contactées par les cellules de tracing avec des messages divergents ou coercitifs, des résultats arrivent quatre, cinq jours après le test. Ce n'est peut-être qu'anecdotique, mais c'est inquiétant. Mettons-nous en ordre de marche! Nous voulons un système efficace, rapide et mesurable. "  

Les deux responsables ajoutent au passage que les trois fédérations patronales régionales (Beci, UWE, Voka) de même que la Fédération des entreprises de Belgique sont alignées sur cette demande et ont écrit ensemble aux ministres concernés, le 20 mai dernier. "Sans réponse à ce stade." 

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