BNP Paribas Fortis et Belfius renoncent à leur tour à verser un dividende

©Kristof Vadino

Après plusieurs jours de tergiversations, le conseil d'administration de la première banque du pays a annoncé s'abstenir de verser un dividende à sa maison-mère. Belfius a, sans surprise, également officialisé le fait qu'il ne paiera pas de coupon à l'Etat.

La pression aura finalement été trop forte. L’information diffusée mercredi selon laquelle BNP Paribas n'entendait pas renoncer à faire remonter 1,9 milliard d’euros de sa filiale belge vers Paris, afin de verser des dividendes à ses actionnaires, avait suscité un tollé.

Malgré les demandes des autorités de régulation - dont la Banque centrale européenne - et les injonctions du monde politique français et belge, la plus grosse banque de la zone euro faisait la sourde oreille et s’obstinait à vouloir rémunérer ses actionnaires.

Le ministre des Finances Alexander De Croo (Open VLD) avait alors déclaré que la Belgique, plus gros actionnaire du groupe français grâce aux 7,7% détenus par la SFPI, ferait entendre sa voix au conseil d’administration de la banque.

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Ce jeudi, face à la Chambre, il a expliqué que l'institution financière était en train de "réévaluer la situation". "Le point de vue de la Belgique a été très clair ces derniers jours et je sais de sources diplomatiques que ce point de vue a été entendu et compris à Paris", a déclaré le grand argentier de l’État dans l’hémicycle.

"Je pars du principe que cette réévaluation veut dire qu'il n'y aura pas de versement de dividendes" de la part de la filiale belge de BNP Paribas vers sa maison-mère, avait-il conclu.

161
millions €
Le conseil d'administration de Belfius a décidé de ne pas verser le dividende ordinaire de 161 millions d'euros et de mettre cette somme en réserve pour soutenir l'économie belge.

Des paroles prophétiques. Peu après 21h, BNP Paribas Fortis diffusait un communiqué de presse dans lequel elle annonçait renoncer à son intention de distribuer un dividende de 3,35 euros par titre à son unique actionnaire, le groupe français BNP Paribas. Le conseil d'administration proposera à l'assemblée générale du 23 avril de réévaluer la situation en octobre prochain, comme demandé par la BCE.

Max Jadot, le CEO de BNP Paribas Fortis, indique vouloir ainsi assumer "son rôle de leader du marché belge". Il rappelle que l'enseigne "a joué un rôle de premier plan dans la mise en place d'un plan ambitieux destiné à apporter un soutien coordonné aux ménages et aux entreprises belges confrontés à la crise du coronavirus".

Parallèlement, BNP Paribas, qui comptait sur ces 1,9 milliard d'euros, a annoncé que le groupe abandonne également sa volonté de distribuer un dividende. Il communiquera cette position à son assemblée générale le 19 mai. Il suit ainsi les autres grandes banques de l'Hexagone (Société Générale, Natixis, Crédit Agricole).

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Dans un communiqué de presse tombé en début de soirée, Belfius affirme être "plus que jamais prêt à assumer son rôle sociétal vis-à-vis de l’économie belge". Une mission qu’elle entend remplir en mettant cette somme en réserve afin d’améliorer sa capacité à soutenir l’économie au cours des prochains mois.

"Belfius est plus que jamais prêt à assumer son rôle sociétal vis-à-vis de l’économie belge."
Belfius
Conseil d'administration

Cette décision ne constitue pas une surprise. La semaine passée, Marc Raisière, le CEO de l’établissement, expliquait dans un entretien publié par L’Echo samedi que le conseil d’administration s’était toujours montré raisonnable et prudent. Belfius étant sous le contrôle de l’État fédéral et donc du gouvernement via la SFPI, la décision de ce jeudi résonne comme logique.

Alexander De Croo a naturellement réagi de manière positive à ces deux annonces. "Le coronavirus cause un choc économique sans précédent. Il est crucial que les établissements de crédit puissent pleinement endosser leur rôle dans le financement des familles, des indépendants et des entreprises. Il est dès lors essentiel que les banques soient suffisamment capitalisées."

Elle intervient après celle de KBC, qui avait signalé dès lundi qu’elle ne rétribuerait pas ses actionnaires et suspendait son rachat d’actions propres, ainsi que du groupe ING.

 

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