Brussels Airlines menacée par le cash de Lufthansa

©Tim Dirven

Le manque de réservations et les avions de Lufthansa cloués au sol vont mettre une pression sur la liquidité de la compagnie. Mais la maison mère de Brussels Airlines n'est pas la plus mal lotie du secteur.

Lufthansa, la maison mère de Brussels Airlines, a-t-elle les reins assez solides face à la crise du coronavirus? La crainte en filigrane est de voir la maison mère secouée, ce qui se refléterait sur Brussels Airlines, qui peine déjà à être rentable.

La compagnie allemande a décidé de couper temporairement jusqu’à 50% de son trafic aérien en raison de la crise. Brussels Airlines n’est pas épargnée avec 23% de ses vols annulés pour le moment. "Nous avons une demande en forte chute, une augmentation des annulations et beaucoup de 'no show'", indique Wencke Lemmes, directrice communication de Brussels Airlines.

"Nous devons supposer qu'il faudra des mois avant de voir à nouveau des signes de stabilisation."
Carsten Spohr
CEO de Lufthansa

Les Européens essayent d’éviter l’avion. Les coûts fixes de Lufthansa vont donc peser pendant cette période. Pourtant, Lufthansa a aussi quelque chose à gagner de cette crise avec la baisse drastique du prix du pétrole (plus de 30% lundi), qui représente un des coûts les plus importants d’une compagnie aérienne.

D’un point de vue opérationnel aussi, la donne était compliquée bien avant le Covid-19. Les vols court-courriers peinent à maintenir un bon niveau de rentabilité face à la concurrence low cost, et la filiale Eurowings enchaînait les pertes. "Les faillites d'Air Berlin en 2017 et de Germania au début 2019 ont permis à Lufthansa de renforcer sa part de marché en Allemagne, mais ont également ouvert les principaux marchés court-courriers en Allemagne et en Autriche à une concurrence accrue, y compris des compagnies aériennes low cost", écrivaient ainsi les analystes crédit de Moody’s dans une note fin août.

L'association internationale du transport aérien (Iata) a indiqué le 5 mars dernier que l’industrie s’exposait à un risque de 113 milliards de dollars. Il s’agit des pertes de chiffre d’affaires attendues pour ses 290 membres si le coronavirus continue de se répandre. Chez Moody’s, on rappelait également fin janvier que plus de 20% des revenus de Lufthansa provenaient de la région d’Asie-Pacifique. La compagnie souffre donc de la crise du coronavirus en Asie et en Europe en même temps.

Parallèlement, Lufthansa fait face comme tout le secteur a une crise de confiance des investisseurs. Les credit default swaps (CDS) de Lufthansa ont plus que triplé en une dizaine de jours. Ces couvertures de défaillance donnent un indicateur clair de ce manque de confiance pour Lufthansa et le secteur aérien en général.

Risque de liquidité

"Notre objectif principal est de minimiser les pertes et d'assurer la liquidité de l'entreprise", a expliqué le CEO de Lufthansa, Carsten Spohr, dans une vidéo interne relayée par le Handelsblatt. "Nous devons supposer qu'il faudra des mois avant de voir à nouveau des signes de stabilisation", y a-t-il ajouté. Lufthansa a demandé des mesures d’accompagnement à son gouvernement en matière de chômage de courte durée notamment. Lufthansa a aussi lancé des produits de financement semi-obligataires court terme, des "schuldschein", (le dernier à 200 millions d’euros) pour aider sa position de liquidité.

En Bourse, les titres de dette de Lufthansa ont perdu 10% de valeur depuis leur plus haut. Vu que peu de clients réservent des vols, l’argent ne rentre pas. Un phénomène qui risque de se poursuivre. 

"On a une crise à gérer, mais le plan de restructuration reste en place. Ça ne change rien à notre plan reboot, qui avance en parallèle."
Wencke Lemmes
Vice-présidente corporate communication Brussels Airlines

Pour Brussels Airlines, le timing de la crise est mauvais. La compagnie a comme objectif d’atteindre une marge ebit de 8% d’ici 2022. On peut espérer que le caractère exceptionnel de la crise sera pris en compte par la maison mère. "On a une crise à gérer, mais le plan de restructuration reste en place. Ça ne change rien à notre plan reboot, qui avance en parallèle", assure Wencke Lemmes.

Chez Lufthansa, on se rassurera en regardant du côté d’Air France-KLM, qui a des niveaux d’endettement bien supérieurs avec des CDS deux fois plus élevés.

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