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analyse

Bruxelles et Wallonie à l'assaut de l'hésitation vaccinale

Les Régions passent par le recours à des influenceurs afin d'inciter les gens à se faire vacciner. Et il y en a pour toutes les tranches d'âge. ©REUTERS

Annonces, affiches, podcasts, vidéos ou interventions sur Twitch, les Régions usent de tous les canaux à leur disposition pour faire passer leur message. Petit aperçu.

C'est l'un des principaux défis actuels de cette campagne de vaccination, maintenant que la vitesse de croisière a été enclenchée et qu'une certaine régularité s'installe du côté des livraisons de vaccins. Convaincre les indécis, lutter contre l'hésitation vaccinale, nettement plus marquée du côté francophone.

51,7%
À Bruxelles, le taux de vaccination des plus de 65 ans peut aller de 80,7% à Woluwe-Saint-Pierre à un maigre 51,7% à Saint-Josse-ten-Noode.

Les chiffres ne trompent pas. Prenez les Belges de plus de 85 ans: ils ou elles sont 93% à avoir franchi le pas de la vaccination en Flandre, 75% en Wallonie et 71% à Bruxelles. Comme toute moyenne, ces scores cachent des disparités, qui peuvent décoiffer. À Bruxelles, le taux de vaccination des plus de 65 ans peut aller de 80,7% à Woluwe-Saint-Pierre à un maigre 51,7% à Saint-Josse. On s'est donc penchés sur les plans wallons et bruxellois pour tenter de renverser la tendance.

Commodité et compréhension

Dans ce qui fonde l'hésitation vaccinale, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) distingue trois catégories de facteurs, détaille Olivier Klein, professeur de psychologie sociale à l'ULB et membre du groupe d'experts "psychologie et corona". "Il y a tout d'abord la défiance envers le vaccin, contre laquelle il est assez difficile de lutter." Pour ce faire, Bruxelles – via l'intermédiaire de la Commission communautaire commune (Cocom) – et la Wallonie comptent notamment sur le renfort de la première ligne et des organisations liées à la santé (médecins généralistes, maisons médicales, pharmaciens ou mutualités).

"On vient seulement de lancer cette semaine les spots à la télévision. Démarrer plus tôt n'avait pas de sens, alors que les vaccins n'étaient pas disponibles pour le grand public."
Valérie Sohie
Porte-parole d'Yvon Englert, délégué général Covid-19 pour la Wallonie

La seconde catégorie a trait à la commodité. L'information relative au vaccin est-elle facile d'accès et compréhensible? Se faire vacciner est-il aisé? La complaisance vient compléter le trio. "On parle ici de personnes qui ne sont pas suffisamment motivées, remettent la vaccination à plus tard, ont plus urgent à faire", illustre Olivier Klein. Bonne nouvelle à la clef. "Il est plus facile et plus efficace de travailler sur ces deux derniers aspects."

Au bon moment

Reste à toucher le bon public, au bon moment et bien. "On vient seulement de lancer cette semaine les spots à la télévision", détaille Valérie Sohie, porte-parole d'Yvon Englert, le 'Monsieur Covid' wallon. "Démarrer plus tôt n'avait pas de sens, alors que les vaccins n'étaient pas disponibles pour le grand public. Cela aurait généré de la frustration, avec un risque de rejet."

"Chaque groupe ou communauté peut avoir ses influenceurs."
Olivier Klein
Professeur de psychologie sociale (ULB) et membre du groupe "psychologie et corona"

Là réside la complexité. La campagne doit être évolutive et suivre les publics éligibles à la vaccination. Aussi, dans un premier temps, les vidéos poussées sur les réseaux sociaux visaient-elles les personnes plus âgées, avec des personnalités de référence pouvant leur parler. Helmut Lotti, glisse-t-on à Bruxelles. "Jacques Mercier a bien fonctionné", embraie-t-on en Wallonie. "Chaque groupe peut avoir ses influenceurs", résume Olivier Klein.

"Les données en provenance d'autres pays suggèrent des divergences en fonction de l'origine des gens. Et les chiffres bruxellois mettent en avant une corrélation entre la couverture vaccinale et le niveau socioéconomique. Il pourrait également y avoir un lien avec la proportion de personnes d'origine non européenne."
Olivier Klein
Professeur de psychologie sociale (ULB) et membre du groupe "psychologie et corona"

Évolutive, et multicanale. "Les données en provenance d'autres pays suggèrent des divergences en fonction de l'origine des gens", soulève Olivier Klein. "Et les chiffres bruxellois mettent en avant une corrélation entre la couverture vaccinale et le niveau socioéconomique. Il pourrait également y avoir un lien avec la proportion de personnes d'origine non européenne."

Jusqu'à 26 langues!

Autant de communautés qu'il convient d'atteindre. Dans leur langue, si possible. "Par les canaux que ces personnes utilisent pour s'informer et en faisant transiter le message via des figures de cette communauté." Bruxelles et Wallonie élaborent ainsi des messages ciblés à l'attention des différents cultes. "Avec l'aide des communes et des associations locales, nous ciblons également certaines communautés", explique Fatima Boudjaoui, en charge de la communication Covid au sein de la Cocom. "Nous avons ainsi noué un partenariat avec une coupole d'associations roumaines."

"Limiter la communication aux langues officielles? Cela relève d'un discours politique sur l'assimilation. Mais je ne vois absolument pas l'intérêt en matière de santé publique!"
Olivier Klein
Professeur de psychologie sociale (ULB) et membre du groupe "psychologie et corona"

Traductions à la clef. Dans une dizaine de langues en Wallonie et jusqu'à 26 à Bruxelles. N'en déplaise au président du MR, Georges-Louis Bouchez, pour qui l'on devrait s'en tenir aux langues nationales et à l'anglais. "Cela relève d'un discours politique sur l'assimilation", analyse Olivier Klein. "Mais je ne vois absolument pas l'intérêt en matière de santé publique! Parler la langue de l'autre constitue une symbolique forte, de reconnaissance." Et contribue à lutter contre la défiance vis-à-vis des autorités, qui nourrit l'hésitation vaccinale.

Affiches à l'arrière des bus, spots en radio et télévision, Yvon Englert s'essayant à Twitch, vidéos sur les réseaux sociaux, bannières sur des sites à grande audience comme Immoweb ou Marmiton, recours à des influenceurs, tout est bon pour inciter à la vaccination. En Wallonie, une série de podcasts s'apprête à sortir. "Pour ceux qui veulent s'informer en profondeur", explique Valérie Sohie. Tout cela alors que l'opération "Re Vax", donnant une seconde chance à ceux qui ont passé leur tour, bat son plein.

Et s'il est ardu de se rendre à la vaccination, c'est la vaccination qui se bougera. À Bruxelles, des équipes mobiles ont commencé à cibler les personnes se déplaçant difficilement, puis viseront les sans-abri et les transmigrants avec la vaccination unique de Johnson & Johnson.

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