Bulle réduite: "Ce capharnaüm provoque de l'anxiété..."

Saga des masques, atermoiements dans les tests, marche arrière dans le déconfinement... L'incertitude autour de la gestion de la crise du Covid-19 est compliquée à vivre. ©Photo News

Le confinement du printemps avait été difficile pour beaucoup de Belges. Qu'en sera-t-il avec notre bulle sociale réduite à 5 personnes? Plus que la mesure elle-même, c'est la mauvaise communication des autorités qui semble peser sur la santé psychologique des Belges.

Depuis mercredi, la Belgique vit au rythme des nouvelles mesures décidées par le Conseil national de sécurité. Dont une bulle sociale réduite à 5 personnes et des événements avec un public limité, ce qui a entraîné la suppression de toute une série d'entre eux. Mais le soleil est là et on a tous envie de sortir. Cette marche arrière dans le déconfinement ne risque-t-elle pas de peser lourd sur notre moral?

"Mieux vaut avoir une bonne conversation avec un vrai ami que des contacts superficiels et peu stimulants lors d'un barbecue."
Maarten Vansteenkiste
Psychologue, professeur à l'UGent

"En effet, beaucoup de gens avaient prévu des activités en famille ou entre amis, qu'ils ont dû annuler. Notre besoin d'autonomie se retrouve donc frustré", explique Maarten Vansteenkiste, psychologue spécialiste de la motivation et professeur à l'UGent. "Mais mieux vaut avoir une bonne conversation avec un vrai ami que des contacts superficiels et peu stimulants lors d'un barbecue", rassure-t-il.

Surprise, révolte et découragement

Outre cette perte de liberté, le professeur de l'université de Gand relève trois autres éléments qui expliquent la difficulté de vivre la situation actuelle.

"Cela s'est passé si vite qu'on a perdu le sentiment de contrôle sur la situation. Or il est important que nous puissions avoir l'impression d'exercer un contrôle."
Maarten Vansteenkiste
Psychologue, professeur à l'UGent

"Nous avons été surpris par la rapidité avec laquelle sont arrivées les nouvelles mesures. Cela s'est passé si vite qu'on a perdu le sentiment de contrôle sur la situation. Or il est important que nous puissions avoir l'impression d'exercer un contrôle. Il faudrait par exemple des codes couleur clairs disant: en jaune, il y a autant d'hospitalisations. Mais si ce chiffre franchit un seuil, on passe en code orange, ce qui implique d'autres mesures..."

"On se demande: nos efforts suffiront-ils?"
Maarten Vansteenkiste
Psychologue, professeur à l'UGent

Si certains sont bien convaincus de l'importance de respecter les comportements recommandés, d'autres doutent, voire se révoltent. "Mais peut-être qu'ils ne comprennent pas pourquoi ces mesures existent!", remarque Maarten Vansteenkiste. "Il faudrait être plus flexible: plutôt que de débattre de la résistance, on devrait écouter ces gens et leur expliquer les décisions."

Autres personnes en souffrance, celles qui se sentent découragées . Grâce aux gros efforts du confinement, le virus avait été bien freiné. Mais le voilà qui repart à l'attaque. "On se demande: nos efforts suffiront-ils?" Comment redonner du courage? Des biostatisticiens ont montré la propagation du virus avec une bulle de quinze personnes versus une bulle de cinq personnes. "Ça, c'est motivant, la population doit pouvoir croire que ses efforts sont utiles", explique le psychologue de l'UGent. "Il faudrait aussi un nouveau slogan. Et davantage d'explications sur les mesures, avec des exemples."

"Nous sommes confrontés à des messages paradoxaux. La population est déconnectée des scientifiques et des politiques, qui se contredisent, changent d'avis, se disputent..."
Xavier Noël
Psychologue, professeur à l'ULB

Profiter avant l'automne...

Pour le psychologue Xavier Noël, professeur à l'ULB, le manque de clarté est en effet très gênant: "nous sommes confrontés à des messages paradoxaux. La population est déconnectée des scientifiques et des politiques, qui se contredisent, changent d'avis, se disputent...." L'inquiétude quant à l'évolution de la situation croît. "Cela donne donc à certains l'envie de bien profiter de l'été, parce qu'ils se disent que l'automne sera difficile. "

8%
La dernière étude de Sciensano sur la santé mentale montrait que 8% des Belges avaient des idées suicidaires.

"Une partie de la population ne s'est pas remise du confinement. Les 18-30 ans ont été les plus impactés en raison de la nature sociale de leur fonctionnement mental. "
Xavier Noël
Psychologue, professeur à l'ULB

L'étude sur la santé mentale de Sciensano, fin juin, était alarmante: elle montrait qu'alors, 8% des Belges avaient des idées suicidaires, 13% étaient anxieux, et 15%, dépressifs. "Une partie de la population ne s'est pas remise du confinement", relève Xavier Noël. "Les 18-30 ans ont été les plus impactés en raison de la nature sociale de leur fonctionnement mental. Ils ont donc refait la fête rapidement, le taux de contamination dans leur catégorie a grimpé. Mais ces jeunes se trouvent aujourd'hui confrontés à une employabilité quasi nulle au sortir des études. Et au problème de la dette qui va leur tomber dessus... Or, on montre peu d'empathie à leur égard! On leur dit "profitez"... et puis "restez chez vous". Ce capharnaüm provoque de l'anxiété..."

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