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Ce délicat déconfinement

Rédacteur en chef adjoint

La Belgique annonce son plan de déconfinement.

"Ne vous y trompez pas: nous avons encore un long chemin à parcourir." C’est Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’OMS (au nom aussi complexe qu’une chaîne d’ADN), qui nous le disait mercredi. Et l’Organisation mondiale de la santé de prévenir: ne relâchez pas trop vite les mesures de confinement, au risque de voir ressurgir l’ennemi invisible. C'est l'exercice dans lequel va se lancer ce vendredi la Belgique, alors que d’autres pays sortent déjà de leur torpeur.

Qu'observons-nous?

D’abord que l’Europe avance ici aussi en ordre dispersé. Est-ce grave? Non. Chacun y va à son rythme, en phase avec son opinion publique. Le déconfinement dépend de beaucoup de paramètres et d’incertitude. Il fait appel à un micro-réglage délicat. En France, on réfléchit même à avancer par "territoires".

On remarque aussi que les pays qui ont lancé leur déconfinement n’échappent pas aux réticences. Le Danemark et la Norvège ont rouvert leurs écoles primaires et maternelles. Mais certains parents ont boycotté la mesure, ne voulant pas que leurs enfants servent de "cobayes" (10% pour le Danemark, 25% pour les maternelles norvégiennes, selon un sondage).

On le voit, même dans les pays "en avance" dans le déconfinement, les autorités marchent sur des œufs.

Également dans un processus de déconfinement, l’Autriche va tester tous les résidents et membres du personnel des maisons de repos (vous lisez bien: tous), mais n’échappera pas à une enquête pour homicide par négligence. Le débat se place aussi autour d’une app "stopp corona" développée par Accenture. Elle est suivie par la Croix-Rouge et 400.000 utilisateurs, ce qui fait de l’Autriche un pionnier en Europe. Max Schrems, l’avocat-activiste qui a fait plier Facebook en 2015, est aux aguets: les développeurs ont publié le code source de l’application, qui a déjà subi quelques modifications pour respecter la vie privée.

On le voit, même dans les pays "en avance", les autorités marchent sur des œufs. Tout est dans la mesure et la communication. C’est ce qu’on attend ce vendredi, en Belgique, du Conseil national de sécurité qui s’apprête à prendre à son tour ce "long chemin à parcourir".

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