analyse

Ce fragile gouvernement Wilmès II

©Photo News

Les sorties médiatiques de plusieurs partis cachent mal la difficulté de faire fonctionner le niveau fédéral en associant dix partis dont sept de l'opposition. Que faire dans trois mois? Totale expectative.

Jean-Marc Nollet avec un "bouclier social" (Le Soir) pour Ecolo, Georges-Louis Bouchez avec une réflexion sur l'allocation universelle et la globalisation des revenus (La Libre) au MR, et maintenant Paul Magnette qui adapte le programme du PS en un plan de sortie de crise. Et Bart De Wever qui trouve que le gouvernement va trop loin en matière de contrôle du respect du confinement. On trépigne parmi les 10 partis qui soutiennent le gouvernement Wilmès II

Cette communication bravant – à la marge certes mais tout de même – l'unité qu'il s'agit d'afficher dans l'effort national pour tacler le virus et ses effets dévastateurs sur l'économie traduit des tensions latentes au sein du superkern. Se réunissant le samedi, ce conseil de ministres associe les trois partis du gouvernement minoritaire de Sophie Wilmès (MR, Open Vld et CD&V) aux PS, N-VA, sp.a, cdH, Ecolo/Groen et DéFi. Fort des pouvoirs spéciaux, il doit donner le "la" pour lutter contre le virus.

Un superkern pas si super

Faire s'accorder tout ce petit monde, "ce n'est pas facile" confirme un participant. "Cela ne se passe pas mal mais ce n’est pas non plus la grande confraternité", entend-on. Selon certaines sources, la Première ministre elle-même trouve ces réunions du samedi un peu longues (4 heures ce week-end dont 1,5 consacrée à la question des sanctions administratives... communales).

"Cette formule part d'un grand malentendu, les uns y voyant une chambre d'entérinement des décisions du gouvernement, les autres un véritable levier pour peser."
Une source gouvernementale

Dans les prochains jours, certaines questions seront plus que probablement orientées vers le Parlement, histoire d'alléger l'ordre du jour de ce superkern. "La méthode s'affine", nous disait Paul Magnette. Un représentant confie à l'Echo qu'il est "normal que cela prenne du temps vu la situation et la nature des décisions à prendre". "Cette formule part d'un grand malentendu, les uns y voyant une chambre d'entérinement des décisions du gouvernement, les autres un véritable levier pour peser", analyse une source gouvernementale. 

De fait, cette configuration n'est pas confortable pour les sept partis d'opposition qui ont confié les pleins pouvoirs au gouvernement. Ce sont des personnalités libérales surtout qui s'affichent comme les représentants de l'action, laissant les autres dans l'ombre. Dans la presse flamande (De Standaard), on lit que la Première a tendance à oublier qu'à la base, elle n'a que 38 députés pour la soutenir à la Chambre. Au Nord, l'attitude de la N-VA commence à soulever des critiques. Nervosité.  

La question est d'autant plus prégnante que la question de la relance de l'économie fera revenir des oppositions idéologiques et communautaires classiques. Ainsi, pas (encore) d'accord sur le principe des primes (combien et pour qui?), salutaires pour les uns mais relevant du gadget n'offrant pas de solution structurelle au financement, par exemple, des soins de santé. C'est le PS qui parle.

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Pas encore non plus de vision claire sur les conditions à éventuellement assortir aux mesures de soutien aux entreprises.  

On pense donc déjà à l'après Wilmès II. Peu imaginent à ce stade faire durer l'aventure des pouvoirs spéciaux au-delà des trois mois prévus. Ils pourront pour rappel être prolongés de trois mois supplémentaires mais, en coulisse, on ne voit qu'une très, très, très grosse crainte d'une deuxième vague virale pour aller dans cette direction

Se posera alors la question de savoir ce qui se passera pour former un vrai gouvernement. Élargir l'équipe en place, imposer un nouvel attelage?. Retenter un PS/N-VA qui a échoué jusqu'ici? Retourner aux urnes dès l'automne? "L'été servira de sas de décompression", assure une bonne source. Comme souvent. 

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