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Ce que la science sait du coronavirus SARS-CoV-2

©Photo News

Le virus qui fait trembler l’humanité depuis cet hiver surprend par la diversité de ses symptômes. Respiratoires bien sûr, mais aussi neurologiques, cardio-vasculaires, cutanés ou encore psychologiques. Le Covid-19 nous assaille de partout.

Fièvre, toux sèche, fatigue. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) pointe toujours ces trois principaux symptômes de base devant aiguiller les professionnels de la santé vers une suspicion de Covid-19. Mais l’agence des Nations unies précise aussi que d’autres signes comme des douleurs, une congestion nasale, des maux de gorge ou une diarrhée sont susceptibles de signer la présence de cette maladie. "Une maladie qui frappe désormais plus de 3,5 millions de personnes dans le monde", indiquait cette semaine le Dr Tedros, directeur général de l’OMS.

"Nous avons affaire à une panoplie de présentations."
Dre Maya Hites
infectiologue à l’hôpital universitaire Érasme (ULB)

Quatre mois après son apparition en Chine, fin décembre 2019, les chercheurs identifient désormais un éventail bien plus large de symptômes et de séquelles induits par le coronavirus Covid-19 chez l’être humain. "Nous avons affaire à une panoplie de présentations", explique la Dre Maya Hites, infectiologue à l’hôpital universitaire Érasme (ULB), à Bruxelles. "Les patients peuvent être asymptomatiques, symptomatiques ou présenter un syndrome grippal plus classique. Avec une pathologie phare, nettement plus fréquente que les autres: la pneumonie".

Première cible: les poumons

Le système respiratoire est en effet l’organe le plus touché par ce que certains responsables politiques ont commencé par appeler à tort une "mauvaise grippe". 70% des personnes touchées par le Covid-19 développent des symptômes respiratoires. Chez une partie de ces patients, la réponse immunitaire de l’organisme a tendance à s’emballer. Au point de provoquer de grandes difficultés respiratoires: l’oxygène n’arrivant alors plus au niveau cellulaire. D’où l’apparition du syndrome de détresse respiratoire aiguë qui nécessite le placement du patient sous respirateur.

70%
Symptômes respiratoires
70% des personnes touchées par le Covid-19 développent des symptômes respiratoires.

Ce "syndrome de choc cytokinique", décrit dans la revue médicale The Lancet, est bien documenté. On le soupçonne d’avoir déjà été à l’origine de la surmortalité induite en 2002 et 2012 par les épidémies Sras et de Mers induites par un coronavirus. Les cytokines sont des substances naturellement produites par les cellules du système immunitaire pour favoriser la réaction inflammatoire et permettre à l’organisme de se défendre. Avec le Covid-19, ce syndrome induirait une hyperréaction anti-inflammatoire. Si l’orage cytokinique en question est trop intense, il peut aussi mener à la destruction des tissus, à des cas d’embolie ou encore de fibrose. La revue Radiology: Cardiothoracic imaging rapporte deux cas d’embolie pulmonaire consécutive au Covid-19. Dans le cas de la fibrose, on pense en réalité aux cicatrices qui se forment dans le poumon en voie de guérison. Des cicatrices qui font perdre à cet organe une partie de sa capacité à assurer les échanges gazeux avec le sang.

 Nous remarquons aussi des tableaux de gastro-entérites, sans que cela soit nécessairement couplé à des problèmes respiratoires", précise la Dre Hites. "Mais aussi des cas de myocardite, une infection qui touche cette fois le muscle cardiaque et qui ressemble à un infarctus, toujours avec peu de symptômes pulmonaires. Vu le contexte, et le fait que nous nous trouvons dans une période où peu d’autres virus susceptibles de mener à de telles myocardites circulent, y compris celui de la grippe, nous pensons donc que ces cas seraient également à mettre en lien avec le Covid".

Atteintes neurologiques

On soupçonne également de plus en plus le Covid-19 d’être à l’origine de troubles neurologiques. "Dans le contexte actuel, au niveau des signes d’alerte, cela se traduit chez les personnes âgées par des chutes ou des pertes d’équilibre alors que ce type de problème n’existait pas jusqu’alors", indique un médecin de première ligne à Bruxelles. "Le diagnostic n’est toutefois posé qu’après hospitalisation et la réalisation d’un test PCR".

36,4%
Symptômes neurologiques
Sur une série de 214 personnes atteintes par le Covid-19 à Wuhan, des symptômes neurologiques ont été observés chez 36,4% des patients.

Dans Jama Neurology, le journal spécialisé de l’Association américaine de médecine, des chercheurs rapportaient que sur une série de 214 personnes atteintes par le Covid-19 à Wuhan (Chine), des symptômes neurologiques avaient été observés chez 36,4% patients. Cette proportion passait même à 45,5% pour les patients les plus durement touchés par la maladie. Les manifestations neurologiques constatées y ont été classées en trois catégories: les manifestations du système nerveux central (étourdissements, maux de tête, altération de la conscience, maladie cérébrovasculaire aiguë, ataxie et convulsions), les manifestations du système nerveux périphérique (altération du goût, de l'odorat, de la vision et douleurs nerveuses) et des douleurs musculo-squelettiques.

Inflammation systémique

Le New England Journal of Medicine faisait également état de cas d’accidents vasculaires cérébraux chez des patients hospitalisés à Strasbourg (France). On soupçonne depuis que les atteintes causées par le virus sont sans doute plus "systémiques".

On a constaté une augmentation de cas de troubles cardio-vasculaires et de défaillances multiples d’organes sans lien apparent avec la pneumonie.

C’est à l’hôpital universitaire de Zurich, en Suisse, que ce constat a été posé. Si les premiers patients qui y ont été traités présentaient surtout des pneumonies difficiles, les médecins y ont très vite constaté une augmentation de cas de troubles cardio-vasculaires et de défaillances multiples d’organes sans lien apparent avec la pneumonie. L’examen au microscope d’échantillons de tissus de patients décédés a permis à l’équipe de constater que l’inflammation touchait la paroi interne (endothélium) des vaisseaux sanguins irriguant différents organes. Les chercheurs en ont déduit que le virus pouvait en réalité attaquer le système immunitaire non pas par les poumons, mais directement par les récepteurs "ACE2" présents dans l’endothélium. Un endothélium qui perd ainsi sa fonction protectrice.

Ce sont les spicules (les petites pointes à la surface du virus) qui, via leur protéine de surface, réussissent à infecter les cellules en se liant à leur récepteur ACE2 (enzyme de conversion angiotensine 2). Un peu comme une clé qui entrerait parfaitement dans une serrure cellulaire.

 Le sang n’est pas épargné par cette maladie. Des anomalies de la coagulation ont été constatées. La formation inattendue de caillots et de microcaillots chez certains patients a favorisé des thromboses. "On a l’impression que cette maladie a favorisé des complications thrombotiques diffuses", affirme Maya Hites. De même, les problèmes d’insuffisance rénale se sont multipliés chez les patients placés en soins intensifs, nécessitant la mise en place d’une épuration rénale extracorporelle.

Perte de l’odorat et du goût

"Parmi les autres signes liés au Covid-19, on remarque aussi davantage de problèmes de conjonctivite", indique la Dre Aurore Ancion, qui coordonne l’admission des patients suspectés de Covid-19 au CHU de Liège. "Les problèmes de perte du goût et de l’odorat sont aussi des symptômes qui attirent d’emblée l’attention", précise l’urgentiste liégeoise. Les Pr Jérôme Lechien et Sven Saussez, ORL et chercheurs à l’Université de Mons, ont très vite pointé l’anosmie (perte de l’odorat) et la dysgueusie (perte du goût) comme des symptômes pertinents pour le diagnostic du Covid-19. Dans l’étude qu’ils ont coordonnée auprès de 12 hôpitaux européens et qui a concerné 417 patients (263 femmes et 154 hommes) présentant une forme non sévère d’infection au Covid-19 (prouvée par un test PCR), ils ont constaté que la perte de l’odorat (parfois totale) était constatée chez 86% et qu’elle était souvent accompagnée d’un trouble du goût (dans 88% des cas). Dans cette étude, les femmes sont nettement et statistiquement plus atteintes par cette anosmie (92% d’anosmie chez les femmes contre 82% chez les hommes). "Une anosmie et/ou une dysgueusie survenues au cours des dernières semaines (après le 1er mars 2020) chez des patients ne présentant aucun antécédent ORL (sinusite chronique, polypes nasaux, chirurgie nasale ou sinusale) doivent être considérées comme des symptômes spécifiques de l’infection au Covid-1 ", estiment-ils.

Lésions cutanées douloureuses

Étonnamment en cette saison, des cas d’engelures ont également été relevés par les médecins. Le Dr Nys, généraliste, y a été confronté. "C’était atypique, chez un patient jeune et en bonne santé", commente-t-il. "Le test PCR a confirmé qu’il était bien infecté par le virus." Même constat à l’hôpital Érasme. "Les dermatologues ont remarqué une multiplication de patients présentant ce type de lésions cutanées douloureuses, ce qui est assez inhabituel en cette saison", précise la Dre Hites. "Cette franche augmentation de cas décrits par les dermatologues chez des personnes jeunes de moins de 40 ans et en bonne santé nous fait penser qu’il y aurait sans doute un lien avec le coronavirus. Mais cela demande confirmation à long terme".

Du côté des enfants, plutôt préservés par la maladie, on remarque toutefois ces derniers jours une série de cas aux États-Unis, au Royaume-Uni, mais aussi en Finlande, concernant les plus jeunes. Ils présenteraient des symptômes qui font penser à la maladie de Kawasaki, un syndrome vasculaire. "Rien de tel chez nous", constate le Dr Arnaud Taxhet, responsable des urgences pédiatriques au CHU de Liège. "Nous avons bien diagnostiqué et vérifié par un test la présence d’infection au Covid-19 chez quelques jeunes patients à l’occasion d’examens liés à d’autres pathologies, mais rien qui ne fasse penser au syndrome de Kawasaki", précise-t-il.

Impacts psychologiques

Les multiples facettes de cette épidémie sont sans doute loin d’avoir été toutes mises en évidence. Surtout en ce qui concerne ses effets à long terme sur la population. Y compris en matière de santé mentale. L’anxiété liée au développement de la pandémie, aux mesures de (dé)confinement, mais aussi à la proximité du virus et à la valse des chiffres communiqués régulièrement sur son évolution (nombre de nouveaux cas, d’hospitalisations, de décès…) pourrait être à l’origine d’un syndrome de stress post-traumatique. Insomnies, isolement, dépression, violence ou consommation de produits comme la drogue ou l’alcool en sont quelques-unes des manifestations potentielles. Pour faire le point sur ces questions, diverses études et enquêtes ont été lancées, dont celle d’Eurotox, la Fédération des sociétés européennes scientifiques de toxicologie, en ce qui concerne la consommation d’alcool et de stupéfiants…

Pas tous égaux face au virus

Homme ou femme, jeune ou moins jeune, fumeur ou non-fumeur: le Covid-19 ne semble pas affecter tout le monde de la même manière. Mais certains profils, comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension, sont des facteurs de risques supplémentaires face au coronavirus.

  • Davantage de décès chez les hommes. 63% des personnes infectées en Belgique sont des femmes, mais on constate davantage de décès chez les hommes. Pourquoi? "On sait que le sexe est une variable importante dans les maladies infectieuses", indique le Dr Yves Van Laethem, infectiologue et porte-parole interfédéral Covid-19. "L’homme présente plus de séquelles, l’évolution de la maladie est plus difficile. Cela s’explique par deux facteurs: un élément hormonal et un élément génétique. Avec un chromosome X supplémentaire, la femme est génétiquement mieux armée pour résister à une maladie infectieuse", dit-il. "Cela explique pourquoi, si les femmes sont plus touchées, la morbidité est plus significative chez les hommes."
  • Les fumeurs sous-représentés. Surprenant. Les fumeurs seraient moins nombreux à développer des syndromes sévères liés au Covid-19 que les non-fumeurs. "Nous en avons fait le constat au CHU de Liège", confirme la Dre Aurore Ancion, qui coordonne l’admission des patients suspectés de Covid-19 au service des urgences. En France, une étude menée fin mars sur 660 personnes dans le département de l’Oise, près de Paris, montrait déjà que les fumeurs étaient moins infectés par le virus Covid-19 que les non-fumeurs. On connaît l’effet potentiellement anti-inflammatoire de l’acide nicotinique. Il pourrait jouer un rôle dans ce contexte. De là à inciter à la consommation de tabac pour lutter contre le coronavirus, il y a un pas à ne pas franchir. Si en France, on a assisté à une ruée en pharmacie sur les substituts nicotiniques (patchs, pastilles, gommes à mâcher, comprimés à sucer, comprimés sublinguaux…), rien de tel n’a été constaté en Belgique. "En l’absence d’informations validées à ce sujet, nous ne préconisons bien sûr pas ce genre de choses", indique la Dre Ancion. L’Agence française de sûreté du médicament met aussi en garde: "Les substituts nicotiniques ne doivent pas être pris pour prévenir ou traiter une infection par le coronavirus. Comme tout médicament, ils ont des effets indésirables, d’autant plus graves qu’ils sont pris par des non-fumeurs. Ils peuvent également entraîner une dépendance."
  • Le groupe sanguin "O" tirerait davantage son épingle du jeu. Une étude chinoise publiée le 27 mars attirait l’attention de la communauté scientifique sur le fait que les personnes du groupe sanguin "O" semblaient moins impactées par le coronavirus que ceux des groupes A, B et AB. "Nous avons comparé la répartition des groupes sanguins ABO chez 2.173 patients atteints de Covid-19, l'infection ayant été confirmée par le test Sars-CoV-2. Les patients étaient issus de trois hôpitaux de Wuhan et de Shenzhen, indiquent les chercheurs. Les résultats ont montré que le groupe sanguin A était associé à un risque plus élevé de contracter le Covid-19 par rapport aux groupes sanguins non-A, tandis que le groupe sanguin O était associé à un risque plus faible de contracter l'infection par rapport aux groupes sanguins non-O." Des premières indications qui demandent encore à être vérifiées.

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