Ce virus, une pilule amère, mais aussi l'occasion de révolutionner nos habitudes de travail

Daan De Wever, CEO de la scale-up belge Destiny et ICT Personality of the Year 2019. ©brecht van maele

La crise du coronavirus nous encouragera peut-être à changer définitivement nos modes de travail. Il faut en tout cas que la nouvelle norme devienne le travail flexible et les réunions virtuelles. Chaque déplacement professionnel doit être remis en question. Nous avons tout à y gagner.

Par Daan De Wever, CEO de la scale-up belge Destiny, ICT Personality of the Year 2019

 

En tant que patron de Destiny, société de communications cloud, je vante les avantages de la connectivité et d’une infrastructure robuste apte à assurer des communications efficaces.
Nous encourageons les entreprises à rechercher un équilibre entre télétravail et travail au bureau, entre déplacements au sein ou en dehors de nos frontières, entre rencontres en présentiel et réunions virtuelles.
Dans un premier temps, les entreprises ont avancé les objections bien connues: baisse de la productivité, communications et collaboration plus difficiles, baisse du sentiment de collégialité. Elles appréhendaient également les conséquences d’un tel choix: les coûts d’une infrastructure performante, l’élaboration d’une politique d’entreprise pertinente et juridiquement cohérente… Des obstacles amplement suffisants aux yeux de nombreuses entreprises pour refuser de s’engager dans cette voie.
Toutefois, le contexte social évolue à grande vitesse. Notre société et l’économie pâtissent grandement des embouteillages qui nous coûtent chaque année des milliards en termes de perte de productivité. Chaque année, la nature doit par ailleurs ingurgiter davantage de gaz d’échappement, en dépit de tous les efforts visant à réduire les émissions de CO2.
Daan De Wever, CEO de la scale-up belge Destiny et ICT Personality of the Year 2019. ©brecht van maele

Les employés apprécient le télétravail, mais peu y sont autorisés

Quid des employés eux-mêmes? Selon un rapport du SPF Mobilité belge, seulement 22% des Belges sont autorisés par leur organisation à travailler régulièrement à distance. 92% de ces télétravailleurs désirent continuer à pratiquer le télétravail, généralement en raison des gains de temps et de la diminution du stress et de la fatigue qui résulte de la suppression des trajets domicile-lieu de travail.
Ceux qui ne télétravaillent pas estiment souvent qu’il est plus difficile de tracer la frontière entre travail et vie privée et que le contact social avec les collègues risque de se distendre. Par contre, quiconque pratique fréquemment le télétravail constate que les choses se passent plutôt bien. Autrement dit, l’intérêt et l’envie sont grands, chez la plupart des employés, de pouvoir travailler à domicile.
D’autres études indiquent que la productivité des entreprises, elle aussi, pourrait augmenter. Par ailleurs, un nombre croissant de candidats posent comme condition de pouvoir travailler en mode flexible pour accepter le poste proposé. En dépit de cela, de nombreuses entreprises s’en tiennent au mode de travail de bureau classique, si possible de 9 à 5. Soupir…

Le catalyseur du coronavirus

Et soudain surgit cette pilule amère, sous la forme d’une pandémie de coronavirus. Quasi toutes les entreprises permettent à leurs employés de travailler chez eux, certaines avec une évidente réticence, d’autres sans la moindre réserve. On entend par ailleurs la réflexion suivante dans la bouche de la plupart des chefs d’entreprise: "nous verrons comment les choses se déroulent et nous en tirerons les conclusions nécessaires."
"Cela pourrait déboucher sur une circulation plus fluide, des collaborateurs davantage satisfaits, de meilleurs résultats opérationnels et un monde dont nous prenons davantage soin."
Daan De Wever
CEO de Destiny

Ma conviction? Plus la quarantaine relative se poursuivra, plus les organisations seront nombreuses à se mettre totalement au régime télétravail, tant en termes techniques qu’administratifs et organisationnels. Au fil du temps, les entreprises prendront pleinement conscience que les Nouveaux Modes de Travail (travail à domicile, mais aussi environnement de travail flexible, réunions virtuelles tant avec des collègues qu’avec les partenaires et les clients) présentent de nombreux avantages.

Des clients réticents, mais les mentalités évoluent

Mon plus grand espoir est que nous remettions le moindre déplacement en question. Devons-nous réellement tous nous rendre à Bruxelles pour cette réunion hebdomadaire de l’équipe marketing alors que nous disposons des outils adéquats pour organiser la réunion en ligne? Mais aussi devons-nous vraiment nous rendre chez tel ou tel client pour lui servir notre argumentaire commercial alors qu’un chat vidéo aurait été tout aussi rapide et efficace? Je sais, c’est là un blasphème commercial. Un client, cela se visite, sinon on lui manque de respect. Mais pourquoi un chat vidéo serait-il moins respectueux qu’une conversation à deux mètres de distance? J’ai déjà eu cette discussion avec plusieurs clients et il est très difficile de les amener à ce genre de changement de mentalité. Aujourd’hui toutefois, en pleine crise du coronavirus, les points de vue commencent à changer.
Nous ne plaidons évidemment pas en faveur d’un passage intégral au travail à domicile ou de ne plus procéder qu’à des réunions en ligne. Le télétravail et le travail flexible ont leurs limites. On n’apprend réellement à connaître ses collègues que lorsqu’on se retrouve autour d’une table à midi ou à l’occasion d’une petite sortie en groupe. Les jeunes recrues se forment aux pratiques en observant leurs aînés. Les aspirants dirigeants peuvent difficilement tester leurs "compétences en leadership" à distance. Et certains métiers, essentiellement dans le secteur des services et de la grande distribution, se prêtent difficilement à la virtualisation.
Il nous faudra dès lors rechercher en permanence le juste équilibre entre présence physique et collaboration à distance. Les directions ont dès lors un rôle important à jouer. Il leur faudra combiner un leadership fort avec des communications ouvertes et transparentes, de telle sorte que chaque collaborateur sache ce qui est possible et autorisé, et pourquoi, et se sente néanmoins "en capacité" de déterminer par lui-même comment travailler au mieux avec la liberté qui lui est accordée. Les dirigeants eux-mêmes devront par ailleurs donner le bon exemple plutôt que tout contrôler jusque dans le moindre détail.

Révolution copernicienne

Compte tenu de la situation que nous vivons aujourd’hui, il se peut fort bien que nous nous dirigions vers une révolution copernicienne. À savoir que la nouvelle norme devienne plus souvent le travail flexible et les réunions virtuelles. À terme, cela pourrait déboucher sur une circulation plus fluide, des collaborateurs davantage satisfaits, de meilleurs résultats opérationnels et un monde dont nous prenons davantage soin.

 

 


 

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