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interview

"Cette crise met en évidence la nécessité d'une agence de rating européenne"

"Nous voulons être l'Airbus du rating", dit Marc Lefèvre (Scope Ratings). ©doc

"Nous voulons prendre en compte les spécificités européennes", indique Marc Lefèvre de l'agence de notation Scope Ratings qui veut se différencier des agences américaines.

"Nous voulons être l’Airbus du rating." La formule est lancée par Marc Lefèvre, directeur pour Scope Ratings du développement en France, en Belgique et au Luxembourg. Précédemment associé du cabinet EY, Marc Lefèvre a également dirigé les activités de listing d'Euronext

Scope Ratings, c’est le challenger européen dans le domaine des notations, un petit poucet face aux grandes agences américaines Moody’s, Standard & Poor’s et Fitch Ratings qui monopolisent plus de 93% du marché. Mais les ambitions de grandir sont très claires. C’est cette petite agence européenne qui avait abaissé les perspectives de la note de l’État belge en février dernier. 

"Une agence européenne est essentielle pour défendre la souveraineté de l’Europe dans le domaine du financement de l'économie."
Marc Lefèvre
directeur de Scope Ratings

Marc Lefèvre est convaincu qu’une agence européenne est essentielle pour défendre la souveraineté de l’Europe dans le domaine du financement de l'économie. Et, selon lui, cette crise du Covid-19 ne fera que mettre en évidence la nécessité de disposer d'une analyse de risques qui reflète une perspective plus spécifiquement européenne. 

Amplement blâmées lors de la crise financière de 2008, les agences de notation américaines ont encore été récemment critiquées pour avoir abaissé rapidement les ratings de plusieurs sociétés, exacerbant la situation difficile de certains émetteurs dans cette crise.

"Les agences américaines comprennent moins directement les sociétés européennes, c’est une évidence."
Marc Lefèvre
directeur de Scope Ratings

"Les agences américaines comprennent moins directement les sociétés européennes, c’est une évidence", souligne Marc Lefèvre. Scope Ratings veut prendre en compte les spécificités européennes. Dans ses évaluations, elle veut laisser de la place pour l’opinion analytique, la prise en compte du contexte régional et faire appel au "bon sens" de l’analyste.

La différence de culture des deux côtés de l’Atlantique est mise en évidence. Aux Etats-Unis, l’actionnaire des sociétés est roi et c’est le court terme qui prévaut le plus souvent. Dans des pays comme l’Allemagne et la France, il existe de nombreuses sociétés privées, davantage orientées vers le long terme.

"Un peu à l’image d’Euronext, Scope veut se situer au cœur du financement de l’économie réelle, entre les émetteurs et les investisseurs. Nous désirons créer un véritable écosystème d’intelligence financière avec une présence sur toutes les classes d’actifs. Notre ambition est de couvrir les sociétés de l’indice obligataire iBoxx qui couvre les 500 plus grandes sociétés en Europe. Aujourd’hui, on couvre un tiers de l’indice. À la fin de l’année, on devrait être au-delà de 55% et dépasser de facto l’agence de rating Fitch. Et en 2022, on devrait dépasser Moody’s et Standard and Poor’s."

Surtout, Scope Ratings veut renverser la logique de fonctionnement des agences. "On veut d’abord attirer les investisseurs. À nous ensuite de convaincre les émetteurs de rejoindre cet écosystème. Des émetteurs comme Sanofi ou Fnac Darty nous confient qu’ils tiennent véritablement à cette approche européenne."

"Nous voulons être l'Airbus du rating."
Marc Lefèvre
directeur de Scope Ratings

Importance de Bruxelles

Le groupe Scope a été créé à Berlin en 2002 par l’Allemand Florian Schoeller qui en est toujours l’actionnaire principal et qui est issu d’une importante famille d’entrepreneurs. Stefan Quandt, qui fait partie des héritiers de la famille Quandt liée à BMW, est également un actionnaire important. 

Le groupe compte près de 250 collaborateurs en Europe dans ses bureaux de Berlin, Francfort, Paris, Londres, Madrid, Milan et Oslo. Preuve de ses ambitions, la filiale Scope Ratings, dirigée par Guillaume Jolivet, un ancien de Moody’s, vient de renforcer ses équipes à Paris, qui devient le second "hub" en Europe après Berlin.

"Je viens d’Euronext et donc je connais parfaitement l’importance de Bruxelles sur le plan européen."
Marc Lefèvre
directeur de Scope Ratings

"Nous sommes convaincus qu'une présence forte aussi bien en France qu'en Allemagne sera décisive pour l'avenir du groupe en tant que champion européen de la notation financière, une sorte d'Airbus du rating", résume Marc Lefèvre. "En marge d’une conférence à Paris, j’ai parlé au ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire en lui disant qu’il était important de parler de l’Europe du financement ainsi que de l’Europe du rating. Il m’a répondu que c’était une très bonne idée. Nous avons la même démarche avec le gouvernement allemand."

Quelle place dans cette stratégie pour Bruxelles, capitale de l’Europe? "Notre volonté est d’être depuis Paris très actif sur la Belgique, notamment sur les sociétés du Bel 20 mais pas uniquement. Nous devrions être une vingtaine de personnes à Paris d’ici la fin de l’année. Je viens d’Euronext et donc je connais parfaitement l’importance de Bruxelles sur le plan européen. C’est pourquoi nous passerons aussi beaucoup de temps à Bruxelles, je vous le promets."

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