interview

Philippe Close: "Ceux qui croient que je vais arrêter Neo se trompent complètement"

Philippe Close (PS) mise toujours sur le secteur touristique pour le développement économique de Bruxelles. ©Tim Dirven

Pour le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close, il faut oser continuer à investir dans le secteur touristique, porteur de nombreux emplois.

S'il n'a pas perdu sa carrure de rugbyman, c'est un bourgmestre aminci vêtu d'un costume bleu que l'on retrouve sur une Grand-Place déserte ce vendredi. Comme l'on doit à Philippe Close plusieurs rendez-vous phares de la capitale tels que les Plaisirs d’Hiver et le BSF, on l'interroge d'abord sur son ressenti face au vide. "C'est triste. J'ai continué à venir au bureau pour des réunions de coordination et en allant chercher un sandwich le midi, il n'y avait parfois qu'un ou deux magasins ouverts. Un petit côté Walking Dead pour ceux qui connaissent la série..."

Le socialiste retrace les deux mois de crise, forcément marquée par la crainte d'une saturation dans les hôpitaux de la Ville de Bruxelles. "Le plus dur maintenant, c'est la détresse économique et sociale qui est en train de monter. C'est là qu'on nous attend, il faut une ambition ultra forte. La théorie du PS c'est qu'il faut un gros coup d'économie keynésienne en dopant à fond l'investissement public. La dette que l'on va créer aujourd'hui sera moins chère que la dette que l'on devra créer plus tard si on n'investit pas rapidement. Toutes les économies européennes l'ont déjà compris."

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Le PS propose trois milliards pour la mobilité. De quoi accélérer le bouclage du RER et booster l'emploi local. Tout en réaménageant en parallèle les espaces publics bruxellois. "Il faut augmenter la qualité de vie en ville pour éviter l'exode urbain. Le confinement va modifier l'urbanisme et l'architecture. Qui louera ou achètera encore un appart sans balcon? On observe déjà une explosion de l'immobilier en périphérie!"

La création d'un schéma économique vertueux via les commandes d'État est la clé, selon lui, pour continuer à faire rentrer des cotisations et financer des soins de santé qui vont coûter de plus en plus cher. "Les hôpitaux vont avoir un déficit abyssal à cause de la baisse des actes. Ça se compte déjà en dizaine de millions d'euros rien que pour les hôpitaux de la Ville donc imaginez au niveau du pays", lance Philippe Close qui plaide pour que l'on dope le secteur en formant des milliers d'infirmières et en abrogeant le numerus clausus "idéologique" des médecins histoire de recruter local.

9.000
Emplois
9.000 jobs dépendent des 3.000 cafés et restaurants situés sur le seul territoire de la Ville de Bruxelles.

Convaincu qu'on ne reconstruira pas d'usines à Bruxelles, il assure qu'il faut oser continuer à investir dans le secteur touristique. "Pas pour le côté strass et paillettes mais parce qu'il est porteur d'emplois", précise le maïeur qui rappelle que 9.000 jobs dépendent des 3.000 cafés et restaurants situés sur le seul territoire de la Ville qui enregistre aussi 54% des nuitées dans les hôtels au niveau régional. "Il faut soutenir ces secteurs avec méthode pour ne pas tomber dans des gouffres sans fond. Ce qui marche bien en Belgique, c'est la concertation sociale. Les partenaires sociaux doivent se mobiliser pour proposer un modèle aux pouvoirs publics."

"À nous d'être inventifs. Brussels Expo vient d'acquérir des purificateurs UVC pour un million d'euros. Avec la zone de rencontre dans le Pentagone, on a eu tous les médias européens. On doit oser après ce genre de crise!"
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles-Ville

Maintien des dotations aux événements annulés et finalisation des travaux du Beer Temple dans la Bourse... Philippe Close ne coupera pas les robinets. Suffisant pour faire face à la concurrence des autres capitales européennes tout aussi pressées de revoir des touristes? "À nous d'être inventifs. Brussels Expo vient d'acquérir des purificateurs UVC pour un million d'euros. Avec la zone de rencontre dans le Pentagone, on a eu tous les médias européens. On doit oser après ce genre de crise!"

Mais pour que cela marche, tout le monde doit s'y mettre, nous dit le numéro 2 du PS qui invite ainsi les grands propriétaires hôteliers à se passer de loyer. "S'ils perdent leur locataire, ils perdent leur rendement. Celui qui a une vue court terme là-dessus ne comprend rien. La Ville a fait sa part en retirant ses loyers pendant deux mois."

"Mettre le paquet sur Brussels Airlines"

L'économie de sa ville dépendant désormais fortement du tourisme, Philippe Close suit de près le dossier Brussels Airlines. "Pourquoi est-ce qu'on prendrait des gants? Une économie très libérale comme l'Allemagne n'a pas hésité à recapitaliser comme des fous Lufthansa, mais nous on a toujours l'impression qu'on est des nains. Il faut mettre le paquet avec au minimum une minorité de blocage comme Merkel l'a obtenue. Je pense qu'il faut travailler au niveau européen. C'est dans l'intérêt de l'Allemagne qui vit de l'exportation de ne pas assécher ses partenaires européens."

On rappelle que des voix s'élèvent, surtout chez les Verts, pour réformer ce secteur jugé trop polluant. Venir à Bruxelles en avion pour un séjour de deux ou trois jours, cela a-t-il toujours un sens dans le monde d'après? "Ceux qui pensent comme cela n'ont pas de problèmes d'argent. Je vais bientôt devoir gérer entre 30.000 et 50.000 chômeurs supplémentaires dans cette région. Alors bien sûr que l'on va travailler sur des alternatives en termes économiques mais qu'on n'oublie pas le social. Je ne veux pas que la dualité se creuse encore à Bruxelles avec une partie de la population qui vit très bien et l'autre qui survit. La création de nouvelles industries urbaines dont le tourisme a permis de faire baisser le chômage des jeunes."

"On doit faire très attention car les gens détestent les ruptures de charge. On s'est battu pour avoir ici les grands congrès, notamment médicaux, mais s'il faut prendre trois avions différents, ils ne viendront plus."
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles-Ville

La perte d'une connexion mondiale qui fait la force de Bruxelles serait une catastrophe aux yeux du socialiste, bien au-delà du millier de postes directement en jeu. "Quand elle est nationale, une compagnie passe des accords avec d'autres pour assurer cette connexion au monde. On doit faire très attention car les gens détestent les ruptures de charge. On s'est battu pour avoir ici les grands congrès, notamment médicaux, mais s'il faut prendre trois avions différents, ils ne viendront plus."

"On est des animaux sociaux"

Qui pense congrès pense Neo. La crise sanitaire aura-t-elle la peau de ce projet qui a accumulé les tuiles? "Ceux qui croient que je vais arrêter Neo se trompent complètement. Un investisseur (Unibail-Rodamco, NDLR) m'a écrit une lettre il y a deux semaines pour me dire qu'il était toujours d'accord d'investir 700 millions d'euros avec un return fiscal de 100 millions et 3.500 emplois. Moi je veux bien qu'on discute de l'ancien et du nouveau monde, mais qui a le luxe de se passer de cela aujourd'hui?"

Commandée avant la crise à des consultants allemands, l'étude de faisabilité du centre de congrès devra tout de même être adaptée à la crise. "Mais je suis convaincu que les gens continueront à se réunir. On est des animaux sociaux. Tous ceux qui travaillent depuis deux mois en visioconférence savent que c'est intenable à terme. Les gens ont besoin de se rencontrer, c'est comme ça que se créent les choses!"

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