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analyse

Cinq questions politiques étouffées par la crise sanitaire

Sophie Wilmès comme le MR espèrent sortir gagnants de la crise du Covid. ©Photo News

Les gouvernements ont les mains dans le cambouis, comme aiment à dire les politiques. La critique est donc mise en sourdine dans les partis. Mais le débat politique ne demandera qu'à ressurgir une fois le déconfinement sur les rails.

La Belgique y voit un peu plus clair quant à la stratégie de sortie de confinement élaborée au jour le jour par l'Etat. Alors que la virulence de la pandémie semble s'atténuer, le monde politique est toujours tétanisé, l'urgence sanitaire interdira encore un temps à la politique "politicienne" d'interférer dans la gestion de crise des différents gouvernements du pays. Pour autant, les questions politiques sont toujours bien là, en sourdine. Wilmès II, c'est trois partis (MR, Open Vld, CD&V) aux pouvoir spéciaux soutenus par sept autres (PS, sp.a, N-VA, Ecolo/Groen, cdH et DéFi) qui peinent déjà à s'entendre dès qu'ils s'agit d'économie. Qui pour gouverner le Fédéral après l'épisode Wilmès II? Et surtout pour faire quoi alors que l'économie nationale doit être redressée sur des bases budgétaires transfigurées? Résumé de la situation en cinq questions. 

Les pouvoirs spéciaux, trois ou six mois?

C’est le 26 mars que la Chambre a accordé les pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès pour juguler la crise du Covid-19. On le rappelle, ceux-ci permettent à l’exécutif d’agir vite sur la base d’arrêtés royaux qui remplacent les procédures normales d’adoption des lois par un Parlement qui n'est plus en mesure de se réunir.

Ils se limitent à la gestion de la crise et à une durée de 3 mois, renouvelable une fois. C’est donc à la fin du mois de juin que la Chambre devra décider de poursuivre ou non sur cette voie. Si les conditions sanitaires le permettent, il y a peu de chances qu’on les renouvelle, ces pouvoirs spéciaux. Même si la crise économique s'intensifie. "Si on les supprime, personne ne va en mourir", résume une source fédérale. 

Confiance ou méfiance?

Une semaine plus tôt, le Parlement avait voté la confiance au gouvernement minoritaire de Sophie Wilmès, il est donc de plein exercice. Le temps de cette crise? Aucune garantie à cet égard, puisqu'il faudrait un vote de défiance pour lui ôter cette confiance. Ce qui indispose la N-VA qui, comme le Vlaams Belang et le PTB, n'a pas voté la confiance.

Sophie Wilmès s'est engagée à redemander la confiance au Parlement en septembre. Nous y reviendrons. 

Quelles négociations gouvernementales ?

C’est la bouteille à encre. Une fois la crise terminée, comment va s’organiser le pouvoir fédéral? Il était en affaires courantes quand le Covid est arrivé. La crise sanitaire avait conduit PS et N-VA à se rapprocher avant que l’appareil socialiste n'en décide autrement, ajoutant un nouvel échec à la longue liste de tentatives avortées d'associer les deux ennemis. On le rappelle, des formules sans la N-VA ont été explorées depuis les élections du 26 mai 2019 mais cette option s’est sans cesse heurtée aux réticences du CD&V.

"Pour moi, les discussions pour un nouveau gouvernement fédéral peuvent débuter en juin, au plus tard en septembre."
Bart De Wever
Président de la N-VA

Aujourd’hui, l’enjeu de la relance économique qu’il s’agit d’enclencher sans tarder vient se mêler à ce blocage politique. Quelles recettes pour redresser l’économie ? Centre droit, centre gauche ? Bart De Wever a choisi. Le président de la N-VA s’est clairement positionné contre le renouvellement des pouvoirs spéciaux et se dit prêt à se rasseoir à la table des négociations. "Pour moi, les discussions pour un nouveau gouvernement fédéral peuvent débuter en juin, au plus tard en septembre. Mais il ne faut en aucun cas un gouvernement dominé par le PS et Ecolo", a-t-il indiqué en début de semaine.

Il n’y eut que Georges-Louis Bouchez, président du MR, pour réagir: "Il n’est pas question de parler de négociations gouvernementales alors qu’on n'a encore aucune certitude sur la sortie de crise sanitaire." Le MR tente "de jouer la montre", entend-on, afin de maintenir son pouvoir démesuré. Avec leurs 14 sièges, les libéraux fournissent en effet sept ministres fédéraux dont la Première ministre. Une sinécure. 

D’aucuns auront remarqué que cette sortie du président du MR n’est pas tout à fait dans la même ligne que celle de la Première ministre. Il y a une dizaine de jours, Sophie Wilmès a indiqué qu’à ses yeux, son gouvernement ne pourrait pas déterminer la politique de relance qui s’imposera bientôt à la Belgique. Faute de bases politiques et démocratiques suffisamment solides.

Car dès que les discussions sur la relance démarreront, les différences idéologiques entre les partis ne tarderont pas à ressurgir.  

Des élections anticipées?

Dans ce contexte, plusieurs options sont évoquées en coulisse. Un renforcement du gouvernement Wilmès grâce à l’apport de nouveaux partis afin de lui offrir une majorité stable en fait partie. On voit directement l’intérêt du MR dans cette formule. Une relance des négociations pourrait toutefois faire émerger une nouvelle coalition avec une nouvelle personnalité au 16. L’idée d’un gouvernement minoritaire ne semble pas avoir été abandonnée non plus, notamment côté socialiste. Mais l'incertitude est totale. 

Le retour à la case élections est également dans les esprits. Il pourrait être précipité si Sophie Wilmès, toujours en affaires courantes pour les matières hors Covid, n'obtient pas la confiance de la Chambre en septembre. "On s'y prépare", dit un ténor francophone. Mais faute de sondages récents, personne n'a idée de l'impact de la crise sur l'opinion publique et sa perception de la gestion de crise.  

Une nouvelle réforme de l'Etat?

La pression est en train de monter en Flandre pour entamer un nouveau round institutionnel. La gestion de la crise du Covid pourrait donner des arguments à ceux qui souhaitent scinder davantage certaines politiques comme d'ailleurs aux partisans de la fédéralisation de certaines compétences. Comme la santé. Le sujet ne devrait pas tarder à se réinviter dans le débat. 

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