Comment la Belgique va-t-elle choisir ses vaccins contre le Covid-19?

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Les premiers vaccins contre le Covid-19 pourraient arriver sur le marché avant la fin de cette année. Tous les pays se positionnent pour avoir accès à un nombre suffisant de doses. La Belgique devra en commander rapidement 4 millions au moins. Comment choisir?

Il y a actuellement dans le monde quelque 180 vaccins contre le Covid-19 en phase de développement. 28 sont en phase clinique, dont 6 en phase 3, la plus avancée. Par exemple celui de l'Université d'Oxford avec AstraZeneca et celui de Moderna. Une dizaine de vaccins devraient s'avérer disponibles entre décembre de cette année et mai 2021.

"Il est important d'éviter que la population ne soit mise dans une situation où personne ne voudra se faire vacciner, faute de données sérieuses."
Jean-Michel Dogné
Responsable du département de pharmacie à l'université de Namur

Mais cette semaine, Vladimir Poutine a annoncé que la Russie avait développé le "premier" vaccin contre le coronavirus, le Spoutnik V, assurant qu'il donnait une "immunité durable". Pourtant, celui-ci n'est qu'en phase 1. L'OMS a montré la plus grande prudence face à ces propos. C'est aussi le genre d'annonce qui fait frémir Jean-Michel Dogné, responsable du département de pharmacie à l'université de Namur.

"Ce vaccin semble efficace sur... 38 individus, selon une étude non publiée."
Jean-Michel Dogné
Responsable du département de pharmacie à l'université de Namur

"Ce vaccin semble efficace sur... 38 individus, selon une étude non publiée", relève ce professeur, qui voit là un "coup de poker malsain de la Russie." Le président russe a promis de vacciner les professeurs et le personnel de santé alors que la phase 3 n'a même pas débuté. "C'est inacceptable parce que ni la sécurité ni l'efficacité ne sont garanties." Ces paramètres sont en effet normalement vérifiés lors de la dernière phase, sur 3.000 personnes. "Et comment Poutine peut-il parler d'effet sur la durée sans données?"

"Il est important d'éviter que la population ne soit mise dans une situation où personne ne voudra se faire vacciner, faute de données sérieuses", insiste le professeur Dogné.

4 millions de Belges à vacciner en priorité

"Un tiers du public concerné ne voudra pas se faire vacciner."
Jean-Michel Dogné
Responsable du département de pharmacie à l'université de Namur

Mais comment cela va-t-il se passer? En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé a recommandé que 4 millions de Belges soient vaccinés en priorité: les 65+, les personnes présentant des facteurs de risque et les travailleurs de la santé. Il faudra donc déjà 4 millions de doses, ou 8 millions si un double vaccin s'avère nécessaire. "Mais on estime qu'un tiers du public concerné ne voudra pas se faire vacciner."

Les pays européens vont devoir identifier les produits les plus avancés et se positionner. La Commission conclura des contrats avec des producteurs de vaccins individuels au nom des États membres selon les choix de chacun, explique le professeur Dogné.

Les critères de choix

L'un des points importants pour la sélection, c'est la priorité: "Vous imaginez comme il serait difficile d'expliquer aux Belges que l'on vaccine en France et en Allemagne mais pas encore chez nous", souligne le professeur qui agit également en tant qu'expert auprès de l'OMS, l'Agence européenne des médicaments (EMA) et l'Agence fédérale des médicaments et produits de santé (AFMPS). Autre critère des Européens: ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier. Il existe des plateformes différentes (vaccins protéiques, à vecteur, génétiques, inactivés...) dont certaines, comme celle de Moderna, sont encore inconnues. D'autres sont maîtrisées depuis longtemps. Autant varier les sources lors de l'achat, de façon à pouvoir rapidement pallier les éventuelles ruptures de stock, soucis d'efficacité, voire de sécurité, ou tout problème technique.

"On peut s'imaginer que la Belgique préférera un vaccin dont la production se fait en Belgique..."
Jean-Michel Dogné
Responsable du département de pharmacie à l'université de Namur

"La réflexion politique locale joue aussi, ajoute Jean-Michel Dogné. On peut s'imaginer que la Belgique préférera un vaccin dont la production se fait en Belgique... L'approche régionale est toujours bien vue par la population et les autorités." Ce vendredi, AstraZeneca a justement annoncé avoir conclu un accord d'approvisionnement de son vaccin avec l'UE. Le principe actif de celui-ci sera produit en Belgique, par le site de Seneffe du groupe français Novasep.

La phase 3, primordiale

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Il est hors de question de by-passer une étape pour les pays de l'UE. "Tous les vaccins suivis par l'Union proviennent de sociétés qui respectent des programmes de développement transparents, personne ne veut vacciner avant la phase 3. Néanmoins, il se pourrait que, suite à des données intermédiaires vers octobre ou novembre, et si l'on assiste à une hausse des hospitalisations et décès, certains pays proposent déjà d'utiliser un vaccin pour raison d'urgence, avant l'autorisation de l'EMA.

La phase 3 n'est pas si facile à mener. Les firmes qui développent le produit doivent trouver 3.000 personnes, mais dans une population où le virus est encore bien actif et où il est possible de mener des études cliniques de qualité. Ainsi, le vaccin d'AstraZeneca est notamment testé au Brésil et en Afrique du Sud.

Vacciner et rapporter

Et ensuite, dès que des vaccins seront produits et administrés, un système de rapportage particulièrement intensif est prévu, sur les effets indésirables qui pourraient survenir. "Vu qu'on va vacciner vite et en masse, il faudra très tôt identifier certains symptômes. La chaîne doit être mise en place avant l'arrivée du vaccin, au départ du vaccinateur et en sachant que les données doivent se retrouver dans des bases internationales."

"Il faudrait donc des centres de vaccination où un médecin accueillera les patients uniquement pour ça."
Jean-Michel Dogné
Responsable du département de pharmacie à l'université de Namur

Les modalités de la vaccination doivent encore être définies mais "il s'agira sans doute de multidoses. Il faudrait donc des centres de vaccination où un médecin accueillera les patients uniquement pour ça. Il ne s'agira pas de gaspiller..."

Les entreprises vont-elles aussi disposer de tels packages? "Dans une phase suivante, explique le professeur Dogné. Elles ne sont pas prioritaires vu qu'il ne s'agit pas globalement de personnes à risque."

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