analyse

Comment pallier les manquements d'AstraZeneca?

Le laboratoire AstraZeneca accuse des retards de livraisons, ce qui contrarie les campagnes de vaccination européennes. ©Photo News

BioNTech a promis des doses supplémentaires du vaccin Pfizer et le produit de Johnson & Johnson apparaît prometteur. Des retards dans la campagne de vaccination belge devraient néanmoins s'observer en février et mars.

Moins de vaccins AstraZeneca que prévu, réduction temporaire des livraisons pour Pfizer/BioNTech, fluctuations chez Moderna... La campagne de vaccination s'adapte en continu à la production, ce qui suscite certaines angoisses.

"En maisons de repos, la Belgique dispose actuellement d'une légère avance sur son calendrier initial."
Dirk Ramaekers
Responsable de la taskforce vaccination

AstraZeneca ne livrera à l'Union européenne (UE) que 40 millions des 120 millions de doses promises pour le 1er trimestre. Lors des prochaines semaines, les États vont donc devoir jongler surtout avec les produits de Pfizer/BioNTech et de Moderna.

"L'ensemble des pays de l'Union européenne, dont la Belgique, est aujourd'hui à la traîne non seulement par rapport à Israël et aux Émirats arabes, mais aussi par rapport au Royaume-Uni et aux États-Unis", soulève l'immunologiste Michel Goldman.

280.000 personnes vaccinées en Belgique

La campagne de vaccination belge suit pourtant son cours, mais à flux tendu puisqu'on vaccine, grâce à des doses gardées en réserve, plus de personnes que le nombre de doses qui arrivent.

"Jusqu'à la semaine dernière, 280.000 personnes ont été vaccinées. Soit 3% de la population belge adulte", a expliqué Dirk Ramaekers, le responsable de la taskforce vaccination, lors de la conférence Covid de ce mardi. Et pour la vaccination dans les maisons de repos et de soins, "la Belgique dispose actuellement d'une légère avance sur son calendrier initial".

"Mais toute dose est bonne à prendre. Notamment pour accélérer la campagne auprès de certaines populations ou en cas de troisième vague", argumente Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie de l'Université de Namur et membre de la task force évaluation vaccination Covid-19.

5
MILLIONS de personnes
Le vaccin de Johnson & Johnson pourrait permettre de vacciner 5 millions de personnes en Belgique.

Le vaccin de Johnson & Johnson est très attendu

"La réduction  de livraison annoncée par AstraZeneca devrait à court terme retarder le démarrage d'un certain nombre de vaccinations prévues en février et en mars", a encore précisé Dirk Ramaekers. À partir d'avril, les retards pourraient être résorbés. BioNTech a promis des doses supplémentaires au 2e trimestre et c'est à ce moment que devrait arriver le quatrième vaccin, celui de Johnson & Johnson mis au point par sa filiale belge Janssen Pharmaceutica.

Cinq millions de doses de ce vaccin ont été commandées par la Belgique. Son évaluation par les instances européennes est espérée pour la fin de ce trimestre. Il sera probablement approuvé juste avant par les États-Unis, qui en ont commandé 12 millions de doses pour la fin février.

En quoi ce vaccin aidera-t-il la campagne belge? Il a un avantage majeur, c'est qu'il ne demande l'administration que d'une seule dose et n'oblige donc pas à anticiper des stocks en vue de la seconde injection. Comme celui d'AstraZeneca, il s'agit d'un vaccin à adénovirus. Mais Johnson & Johnson a travaillé avec un adénovirus humain là où la firme anglo-suédoise utilisait du matériel de chimpanzé.

Des indications a priori intéressantes

"Ce n'est qu'une fois qu'un vaccin est approuvé qu'on a des informations plus précises en termes de livraison."
Jean-Michel Dogné
Directeur du département de pharmacie de l'UNamur et membre du Comité de sécurité mondial des vaccins de l'OMS.

Les données montrent que ce vaccin, testé aux États-Unis, en Amérique centrale et latine, ainsi qu'en Afrique du Sud, a fait preuve d'une efficacité de 72% aux États-Unis et de 66% au total. C'est un peu mieux que celui d'AstraZeneca.

En outre, 34% des personnes sur lesquelles il a été testé avaient plus de 60 ans (alors que, faute de données suffisantes, le vaccin d'AstraZeneca ne sera provisoirement administré chez nous qu'aux 18 et 55 ans) et 41% présentaient des comorbidités. La plateforme qu'il utilise est déjà connue pour avoir fourni un vaccin contre Ebola, avec des résultats positifs sur les femmes enceintes et allaitantes.

À voir si les livraisons de ce vaccin, produit en Europe mais mis en bouteille aux États-Unis, suivront rapidement... "Ce n'est qu'une fois qu'un vaccin est approuvé qu'on a des informations plus précises en termes de livraison", précise Jean-Michel Dogné.

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