analyse

Confiner Anvers, la décision que Bart De Wever ne veut pas prendre

Les appels au lockdown d'Anvers se multiplient. Mais Bart De Wever, le bourgmestre, semble attendre une décision du niveau fédéral. ©BELGA

Les appels à des mesures locales fortes à Anvers, où les chiffres des nouvelles contaminations grimpent en flèche, se multiplient. Pourquoi le bourgmestre Bart De Wever n'en fait-il pas plus?

Doit-on infliger aux Belges de nouvelles mesures de restriction afin de contenir l'épidémie de Covid-19 qui affole depuis deux bonnes semaines les statistiques? Les chiffres bruts le laissent penser: le nombre moyen d'infections au coronavirus a gonflé de 71% en une semaine. Il y a urgence. Mais l'observation de l'évolution du virus à travers la population mérite d'être affinée. Cette carte de Sciensano apporte une tout autre vision.

© Réseau des laboratoires cliniques et plateforme nationale

678
contamnations
À Anvers, en une seule semaine, on a dénombré 678 contaminations au Covid-19.

La Flandre est tout particulièrement touchée par l'épidémie. Et Anvers est percutée de plein fouet. Selon Sciensano, la semaine dernière a vu 1.483 nouveaux cas de Covid-19 en Belgique (chiffres non encore consolidés), dont 678 rien qu'en province d'Anvers. La ville d'Anvers, elle-même, concentre la majorité de ces cas.

Son bourgmestre Bart De Wever a déjà pris certaines mesures, dans l'esprit de ce que préconisait le Conseil national de sécurité (CNS) de jeudi dernier, qui donnait la main aux autorités locales pour agir sur leur terrain. La police impose depuis ce lundi à toute personne de plus de douze ans d'avoir un masque sur soi, partout et tout le temps. Sans obligation de le porter, néanmoins. La bulle de contacts a été limitée à dix personnes pour quatre semaines. Est-ce suffisant? Beaucoup pensent que non.

Et chez vous? Combien de cas de coronavirus y a-t-il dans votre commune? Consultez notre carte interactive

Peur de l'électorat?

Egbert Lachaert, le président des libéraux flamands, estimait dimanche sur VTM qu'"une simple réduction de la 'bulle sociale' de rigueur, par exemple de 15 à 10, ne sera pas suffisante pour remettre la situation sur les rails dans la métropole anversoise". Or, "si le problème n'est pas contenu à Anvers, on aura un très gros problème".

Tous les yeux se tournent vers Bart De Wever. Pourquoi le bourgmestre n'en fait-il pas plus? "Le bourgmestre d'Anvers doit prendre ses responsabilités et ne pas se cacher derrière le Fédéral", indiquait David Clarinval dans le quotidien Le Soir.

Veut-il éviter d'imposer lui-même des mesures impopulaires pour ne pas fâcher son électorat? Rappelons que dans le cadre de la mission confiée par le Roi, dont l'objectif est de prendre, en tandem avec Paul Magnette (président du PS) "les initiatives nécessaires permettant la mise en place d'un gouvernement", Bart De Wever est aussi à la merci d'une base électorale peu encline à le voir copiner avec la gauche. Les temps sont durs pour le président de la N-VA...

Certaines communautés sont très touchées

Mais si la situation sanitaire doit être affinée localement sur la Belgique, il semble que pour la seule métropole anversoise, cela vaille aussi la peine de la scruter au microscope. Certains quartiers, certaines communautés seraient particulièrement impactés par le virus. On parle ici de microcosmes juifs, turcs et indiens.

Le problème est délicat: chiffrer objectivement la propagation dans une communauté désignée reste un exercice fort sensible, il ne faut pas tomber dans la stigmatisation. Pourtant, si la situation est avérée, des mesures adaptées s'imposent. Donc, réfléchies sur mesure par le bourgmestre... Et le manque de réactivité de De Wever à ce propos énerve.

"Personne ne l'appréciera, mais nous devons retourner à une situation où les gens ne peuvent sortir que pour se nourrir ou aller chez le médecin."
Dirk Devroey
Professeur de médecine (VUB)

Quel lockdown pour Anvers?

À Willebroek, près d'Anvers, le ministre N-VA a déjà imposé ses vues: tous les événements sont annulés jusque fin août. Les rues jusqu'ici fermées aux profits des enfants ne seront plus réservées aux jeux. Et il devient obligatoire de porter le masque dans l'espace public, sauf si l'on est en train de faire du sport ou de rouler à vélo. La police renforce ses contrôles.

Alors, faut-il imposer un lockdown à Anvers? Le porte-parole de Bart De Wever a parlé d'un reconfinement sélectif, dans le cadre duquel les secteurs qui ont prouvé qu'ils pouvaient fonctionner en toute sécurité resteraient ouverts. Le virologue Marc Van Ranst a appelé à ne pas se rendre à Anvers pour le moment...

"Je crains que nous devions être stricts avec l'arrondissement d'Anvers, qui concentre 55% des nouvelles infections", a expliqué le professeur en médecine Dirk Devroey (VUB), pour qui Anvers devrait se confiner entièrement. "Personne ne l'appréciera, mais nous devons retourner à une situation où les gens ne peuvent sortir que pour se nourrir ou aller chez le médecin." Selon ce professeur, la sécurité doit primer... "En ce moment, il faut être très courageux pour ne prendre aucune décision. Ce n'est pas responsable envers le citoyen et l'électeur."

"Aucune restriction absurde ne sera imposée pour les lieux et les moments où la distanciation physique peut être parfaitement garantie."
Bart De Wever
Bourgmestre d'Anvers, président de la N-VA

Un CNS sous tension

Il est clair que le nouveau CNS de ce lundi sera marqué par cette tension entre les autorités anversoises et le gouvernement. Qui doit décider de mesures impopulaires? Le bourgmestre, le gouverneur de province, le Fédéral... Ne faudrait-il pas clarifier le rôle des maïeurs?

Bart De Wever a choisi. Ainsi, il a décidé de ne pas imposer le port du masque dans les lieux publics: "aucune restriction absurde ne sera imposée pour les lieux et les moments où la distanciation physique peut être parfaitement garantie", a-t-il justifié. Il a invité le CNS à lui emboîter le pas pour pouvoir mener une politique "claire, uniforme et logique".

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