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analyse

Conte instille une petite dose d'optimisme aux Italiens

Giuseppe Conte, le Premier ministre italien ©EPA

Avec la "phase deux", le gouvernement italien prévoit de réveiller, avec prudence et discernement, un système économique mis en léthargie.

Il a longtemps hésité, tiraillé entre l’extrême prudence affichée par les représentants de l’épidémiologie italienne et l’impérieuse volonté de redémarrage des organisations patronales. L’exécutif de Giuseppe Conte vient finalement d’offrir une feuille de route à une population confinée depuis le 9 mars dernier, et a indiqué la date du 4 mai prochain comme point de départ de la tant attendue "phase 2".

Le président du Conseil, bénéficiant encore d’un singulier état de grâce auprès des Italiens, a, en effet, dû prendre en compte deux variables fondamentales. D’une part, les habitants de la péninsule, exposés à un stress psychologique sans précédent, ont soif de liberté. Les résultats encourageants de la période de quarantaine, prolongée à deux reprises, incitent les Italiens à exiger un retour à la normale.

La vague épidémique, extrêmement létale dans la péninsule, a causé la mort de plus de 24.000 personnes, mais, depuis environ une semaine, a ralenti, de façon significative, sa course. Le nombre de décès ne cesse de baisser alors qu’une approche thérapeutique relativement efficace semble avoir été identifiée pour affronter le virus aux premiers stades de la maladie.

Baisse de 9,1% du PIB

D’autre part, la décision de mettre au point mort le système économique national, en privilégiant, sans hésitations, la santé par rapport à la croissance, a aujourd’hui un coût qui risque d’être fatal pour des segments entiers de l’appareil productif italien. Le Fonds monétaire international a été formel et prévoit, pour cette année, une contraction de l’ordre de 9,1% du produit intérieur brut (PIB) de la péninsule. Une douloureuse récession qui, selon les prévisions de la société de conseil The European House-Ambrosetti, pourrait mettre gravement en péril jusqu’à 10% des entreprises nationales.

Depuis le début de la pandémie, Giuseppe Conte a fait le choix d’un très difficile équilibrisme.

Nombreux ont été, ces dernières semaines, les appels désespérés de patrons d’entreprise italiens qui, en s’adressant directement au gouvernement, ont expliqué que le prolongement du lockdown, face à des partenaires européens qui ont fait le choix d’un ralentissement économique moins drastique et généralisé, se traduira automatiquement par la perte de parts de marché névralgiques.

Giuseppe Conte, habitué à servir de médiateur entre des visions et des positions différentes, voire antagonistes, comprend l’inquiétude du patronat national, mais ne tranche pas de façon précise et définitive. Depuis le début de la pandémie, il a, en effet, fait le choix d’un très difficile équilibrisme.

Reprise très graduelle

"De nombreux concitoyens sont fatigués par les efforts fournis et demandent un allègement significatif des mesures de confinement adoptées, voire leur totale abolition", a écrit le Premier ministre sur son compte Facebook. "De même, je suis sensible aux exigences d’un univers entrepreneurial qui veut redémarrer ses activités au plus vite. J’aimerais pouvoir vous dire: on ouvre tout maintenant! Mais une telle décision serait irresponsable, ferait repartir de plus belle la courbe épidémique et réduirait à néant tous nos efforts", a-t-il ajouté.

"J’aimerais pouvoir vous dire: on ouvre tout maintenant! Mais une telle décision serait irresponsable."
Giuseppe Conte
Président du Conseil italien

La reprise se fera, donc, mais sera extrêmement timide et graduelle. Elle devra respecter ce que l’on appelle désormais dans la péninsule "les cinq conditions D": distanciation sociale, dispositifs de protection individuels, diagnostics efficaces, digitalisation et développement des systèmes sanitaires régionaux. Et prendre en compte les différences régionales en termes de risques sanitaires, en suivant attentivement le nombre de contaminés et de lits disponibles dans les unités de réanimation des hôpitaux locaux.

Réouvertures limitées

Depuis quelques jours, un décret gouvernemental a, ainsi, permis la réouverture d’un nombre limité de commerces. Les magasins de vêtements pour enfants, les librairies, les papeteries, ainsi que les activités liées à l’industrie du plastique, du bois et à la sylviculture ont été autorisés à reprendre leurs activités. Le réveil du système productif national touche, toutefois, d’autres acteurs économiques comme, par exemple, le colosse de la construction navale, Fincantieri. Ce lundi, les huit chantiers du groupe à travers la péninsule ont été rouverts pour reprendre, de façon partielle et en pleine sécurité, leurs activités.

Les magasins de vêtements pour enfants, les librairies, les papeteries, ainsi que les activités liées à l’industrie du plastique, du bois et à la sylviculture ont été autorisés à reprendre leurs activités.

S’adressant lundi au Parlement, Conte a évoqué le plan de relance prévu par son exécutif. "Nous envisageons, pour l’instant, une intervention publique de l’ordre de 75 milliards d’euros, avec, notamment, une injection de liquidités au profit du tissu entrepreneurial et des mesures d’allègement fiscal. Nous allons, de même, protéger nos entreprises stratégiques en bloquant leur acquisition par des investisseurs étrangers", a-t-il déclaré.

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