La justice espagnole suspend le reconfinement d'une zone de Catalogne

La vie a repris son cours aux terrasses le long de la marina à Barcelone. ©Photo News

Dimanche, les autorités espagnoles ont décidé de reconfiner les 200.000 habitants de la zone située autour de Lérida, en Catalogne. La justice leur a donné tort.

"La population devra rester" chez elle, avaient ordonné les autorités de Catalogne, en raison d'une forte hausse du nombre des cas de Covid-19. Mais ce lundi, la justice espagnole a décidé de ne pas ratifier la décision prise par le gouvernement catalan de reconfiner une partie de sa population. Elle considère que la mesure est "disproportionnée" et qu'une telle décision doit revenir au gouvernement fédéral, et non régional.

"Les mesures envisagées auparavant (...) supposaient une limitation des droits fondamentaux bien moins importante que celle que le gouvernement catalan veut à présent instaurer".
Tribunal supérieur de justice de Catalogne

"Le tribunal de garde de Lérida a décidé de ne pas ratifier les mesures de la résolution du 12 juillet" prise par le gouvernement régional "car elles sont contraires au droit", a indiqué sur son compte Twitter le tribunal supérieur de justice de Catalogne. Cette décision, qui suspend de fait ce reconfinement, peut faire l'objet d'un recours.

Selon le tribunal régional, dont l'ordonnance a été consultée par Europa Press, la décision du gouvernement catalan n'a pour but "que d'éviter l'application de l'état d'alerte partiel", une compétence étatique. Le jugement précise, en outre, qu'un reconfinement ne peut être justifié par une mesure similaire prise précédemment à Òdena (Barcelone) ou par le confinement actuel d'une zone autour de Lérida, "puisque les mesures envisagées auparavant - des limitations de déplacement mais jamais un isolement général à domicile - supposaient une limitation des droits fondamentaux bien moins importante que celle que le gouvernement catalan veut à présent instaurer".

Une restriction trop lourde

La justice estime, en outre, que la Région dispose d'autres leviers pour limiter la propagation de l'épidémie, comme la mise en quarantaine à domicile des personnes testées positives. "La proportionnalité de cette lourde mesure restrictive doit se baser sur l'existence d'une transmission grave et très importante du virus à l'échelle communautaire. (…) Selon les chiffres présentés, nous considérons que l'isolement général à domicile, entre autres limitations, est disproportionné au vu des données exposées", a argumenté le tribunal.

"Ce sont des mesures nécessaires (…) Nous ne les aurions pas prises si cela n'était pas absolument nécessaire."
Alba Verges
Responsable catalane de la Santé

Le nouveau foyer de contagions détecté dans la région est lié aux mouvements de travailleurs saisonniers agricoles qui participent en ce moment aux récoltes de fruits dans le nord de l'Espagne. La zone concernée avait déjà été isolée du reste de la Catalogne samedi dernier.

Le parquet de Lérida s'était, lui aussi, opposé au reconfinement décrété par le gouvernement régional, arguant qu'une telle décision était de compétence étatique et requérait l'intervention du Congrès. "Nous sommes en train de voir comment résoudre cela d'un point de vue juridique", a réagi la responsable régionale de la santé, Alba Verges, sur Catalunya Radio. "Ce sont des mesures nécessaires (…) Nous ne les aurions pas prises si cela n'était pas absolument nécessaire", a-t-elle défendu en appelant les habitants de cette zone à rester chez eux, malgré la suspension du reconfinement par la justice.

D'autres zones problématiques

Dans la banlieue de Barcelone, la ville de l'Hospitalet de Llobregat a aussi vu bondir le nombre de cas, passés de 31 à 107 en une semaine, selon la mairie. D'autres foyers se trouvent en Galice (nord-ouest), ainsi qu'au Pays Basque dans la ville d'Ordizia, régions où se tenaient, dimanche, les premières élections régionales depuis le début de la pandémie, avec des mesures renforcées d'hygiène et de sécurité.

Dans ce contexte, plusieurs régions ont décidé d'étendre le port obligatoire du masque. Le masque est déjà obligatoire dans les espaces publics fermés et sur la voie publique, lorsqu'il n'est pas possible de maintenir une distance de sécurité d'un mètre et demi, et ce, dans toute l'Espagne. Mais la Catalogne a décidé, jeudi dernier, de l'imposer à tout moment, même quand la distance de sécurité peut être respecté.

"L'Espagne reste un pays sûr. C'est un pays qui a su prendre des mesures à temps qui ont permis un déconfinement."
Arancha Gonzalez Laya
Ministre espagnole des Affaires étrangères

La ministre espagnole des Affaires étrangères temporise

Invitée au micro de la Première ce matin, la ministre espagnole des Affaires étrangères Arancha Gonzalez Laya a tenu à rassurer les touristes potentiels. "L'Espagne reste un pays sûr. C'est un pays qui a su prendre des mesures à temps qui ont permis un déconfinement", a-t-elle affirmé.

Concernant les nouvelles zones rouges en Europe, la ministre espagnole a indiqué qu'il faudrait vite s'y habituer: "Il y a des nouveaux cas partout en Europe, l'important c'est d'isoler rapidement ces nouveaux cas, pour éviter une extension de la contamination. Ces reconfinements ciblés vont être la nouvelle norme, ici en Espagne, comme dans les autres pays européens."

Quatre zones rouges en Europe

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