Coronavirus: le dilemme des hôpitaux bruxellois

1.050 patients souffrant du Covid-19 sont actuellement hospitalisés en Belgique. ©REUTERS

Le nombre de patients hospitalisés pour un Covid ne cesse d'augmenter, suivant à retardement l'évolution des infections. Il dépasse ce jeudi la barre du millier. Les hôpitaux bruxellois doivent suivre... mais comment?

"Notre moyen d'action le plus efficace, c'est le respect strict des gestes barrières et le suivi des mesures. Plus on arrive à limiter la propagation virale, plus on étale le nombre de cas." Le professeur Jean-Michel Hougardy, directeur médical de l'hôpital Erasme (ULB), s'inquiète de l'affolement des indicateurs du Covid en Belgique. "Oui, on est face à une nouvelle vague de contaminations. Ce n'est pas la même proportion qu'en mars, mais la vigilance est nécessaire."

201
patients
Actuellement, 201 patients se trouvent aux soins intensifs, sur un total de 1.050 personnes hospitalisées pour un Covid-19 en Belgique.

Les hôpitaux font face à une forte hausse de leur taux d'occupation de lits Covid. Une moyenne de 90 malades sont admis chaque jour dans les hôpitaux belges. Au total, 1.050 patients souffrant du Covid-19 sont actuellement hospitalisés, dont 201 aux soins intensifs.

À l'hôpital Erasme, une dizaine de patients Covid sont aux soins intensifs, sur une trentaine de cas confirmés hospitalisés. Or, la clinique compte 39 lits équipés USI. La limite des 25% de la phase 1A est atteinte.

"Le transfert, c'est pour nous le dernier recours: transporter un patient intubé, avec la ventilation artificielle, positionné sur le ventre... est extrêmement délicat."
Jean-Michel Hougardy
Directeur médical de l'hôpital Erasme

Une situation qui se complique

Que faire face à cet afflux de patients? Soit les transférer dans d'autres hôpitaux, soit augmenter le nombre de lits dédiés au Covid et donc passer en phase 1B. Pour l'instant, l'hôpital Erasme n'a pas encore transféré de patients, mais a accepté, par contre, des malades venant d'autres institutions bruxellois.

"Depuis hier midi, nous avons arrêté toute hospitalisation Covid parce que l'état de nos patients se détériore. On transfère vers des hôpitaux en dehors de Bruxelles, il n'y a plus de place par ici."
Kenneth Coenye
Cliniques Saint Jean

"Le transfert, c'est pour nous le dernier recours: transporter un patient intubé, avec la ventilation artificielle, positionné sur le ventre... est extrêmement délicat. J'ai néanmoins discuté avec nos hôpitaux partenaires en Hainaut, et ils seraient capables d'accepter des patients de chez nous au cas où... Dans cette crise, la solidarité interhospitalière est très importante!", précise le docteur Hougardy, regrettant "l'intérêt conflictuel" du bourgmestre d'Alost qui s'oppose au transfert de patients bruxellois dans les hôpitaux de son périmètre.

À la Clinique Saint-Jean, la situation est plus compliquée. 32 malades du Covid, 4 en soins intensifs. "Depuis hier midi, nous avons arrêté toute hospitalisation Covid parce que notre capacité en soins intensifs est atteinte. On transfère vers des hôpitaux en dehors de Bruxelles, il n'y a plus de place par ici", explique Kenneth Coenye, médecin en chef de l'hôpital situé au coeur de la capitale. Il nous disait pourtant, il y a deux jours, éviter tout transfert, par humanité pour les patients et leur famille. "Mais là, on se rend compte que nous ne pouvons vraiment plus assurer d'autres admissions..."

"On veut éviter d'annuler les rendez-vous pour des soins lourds, pour les pathologies cardiaques ou pulmonaires."
Etienne Wéry
Administrateur du réseau Iris

Quid pour les autres maladies?

En théorie, l'augmentation de la capacité d'accueil est souvent possible, "mais ce serait au prix d'une sélection, d'une réduction des activités 'non Covid' et ça, nous ne le voulons pas", insiste le professeur Hougardy d'Erasme. "Les maladies chroniques risquent bien d'être les secondes victimes du Covid." Les lits d'USI qui seraient libérés pour le Covid sont utilisés, pour l'instant, "à d'autres desseins: les soins postopératoires, les infections sévères..."

Dans les hôpitaux du réseau Iris, la tendance était plutôt stable ces derniers jours, tout en étant proche de la limite de phase 1A. "On veut éviter d'annuler les rendez-vous pour des soins lourds, pour les pathologies cardiaques ou pulmonaires", précise Etienne Wéry, l'administrateur du réseau Iris.

"Il y a deux pistes. D'abord le transfert des nouveaux cas de Covid qui ne sont pas en soins intensifs, mais dont on sait qu'entre 10 et 20% devront y aller. L'autre solution, c'est d'admettre toutes les urgences, de les stabiliser et d'envoyer les patients dans un autre hôpital avant d'intuber."

Les personnes contaminées sont plus jeunes, moins malades et on les soigne mieux vu qu'on a appris à connaître la maladie.
Philippe El Haddad
Directeur général médical du Chirec

La possibilité de faire transporter directement les urgences à l'extérieur de Bruxelles par le 112 priverait, par contre, la capitale de la présence d'un service d'ambulance durant le temps d'un long trajet.

L'évolution de l'épidémie dans les pays voisins, très suivie par les médecins en Belgique, ne rassure pas. "Or, notre personnel infirmier est déjà sur les genoux, avec le problème de disponibilité qu'on connaît et la période de fin d'année avec les congés, qui arrive" rappelle le directeur médical d'Erasme.

Un virus apparemment moins virulent

On reste néanmoins, actuellement, très loin de la situation du printemps dernier. "Le virus semble nettement moins virulent, même si c'est difficile à démontrer. Les personnes contaminées sont plus jeunes, moins malades et on les soigne mieux vu qu'on a appris à connaître la maladie", résume le docteur Philippe El Haddad, directeur général médical du Chirec, dont les hôpitaux, à capacité maximale de la phase 1A, ont, eux aussi, commencé à transférer, après les premiers soins, des malades arrivés au urgences.

Bruxelles serre la vis

Pour rappel, à Bruxelles, c'est ce jeudi qu'entrent en vigueur les nouvelles restrictions visant à endiguer la propagation du virus. Elles seront d'application pour un mois.

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