analyse

Coronavirus: les règles sont-elles bien comprises par tous?

"Les conditions de vie pénibles favorisent la diffusion du virus", selon le médecin chef de l'UCL, Jean-Luc Gala. ©REUTERS

Les autorités locales ont leur plan d'information et action sur le terrain mais certaines franges de la population semblent davantage touchées que d'autres. Que faire dans les quartiers dits "difficiles"?

Les règles à suivre pour limiter la propagation du Covid-19 sont-elles bien comprises par tous, et donc bien suivies? Certaines communautés ne sont-elles pas plus exposées parce que le message ne leur arrive pas correctement? Tout le monde ne regarde pas les conférences de presse en direct du gouvernement, tout le monde ne suit pas la presse belge.

"Nous avons de bonnes relations avec les présidents de mosquées, et leur collaboration a été très importante."
Cécile Jodogne
Bourgmestre f.f. de Schaerbeek

Depuis le début de l'épidémie, les bourgmestres ont donc fait beaucoup d'efforts pour toucher toutes leurs populations. "Nous avons de bonnes relations avec les présidents de mosquées, et leur collaboration a été très importante", indique Cécile Jodogne, bourgmestre f.f. de Schaerbeek. "L'important, c'est d'expliquer le comment et le pourquoi des mesures. Nous avons donc imprimé des flyers, traduits dans plusieurs langues: arabe, turc, bulgare, anglais, albanais... Ils sont notamment distribués par nos gardiens de la paix, qui font de la prévention dans les rues et dans les commerces."

"Ça n'a plus de sens aujourd'hui de prendre des mesures par quartier, vu que tout le monde circule partout."
Cécile Jodogne
Bourgmestre f.f. de Schaerbeek

Le port du masque bien respecté

La ville de Schaerbeek passe aussi par une série d'influenceurs, quelque 300 personnes issues d'associations ou des personnalités telles qu'un rappeur local, à qui il est demandé de relayer les règles via leur réseau personnel. "On estime qu'environ 90% des gens ont respecté le port du masque", souligne Cécile Jodogne, qui reconnaît que certaines situations, comme les mariages, exigent parfois des rappels à l'ordre.

"Il est aussi difficile d'expliquer que les bars doivent fermer, mais qu'on laisse les école ouvertes. Nous avons une forte densité et de nombreuses familles en situation précaire sur notre territoire. Pour l'instant, nous restons dans la moyenne bruxelloise en termes de contaminations, mais ça peut vite basculer. Néanmoins, ça n'a plus de sens aujourd'hui de prendre des mesures par quartier, vu que tout le monde circule partout", commente la bourgmestre.

Masque en papier ou en tissu?

"Ce sont leurs conditions de vie pénibles qui favorisent la diffusion du virus."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique aux Cliniques universitaires Saint-Luc

Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses à l'UCL, a été critiqué pour avoir dit: "C’est dans les quartiers difficiles qu’il faut intervenir, pas à Uccle ou dans le Brabant wallon". Qu'entendait-il par "quartiers difficiles"? Il ne s'agit pas de stigmatiser une communauté, précise-t-il. "Je parle d'individus plus faibles qui ont un petit boulot, qui vivent à plusieurs dans un petit appartement. Ces personnes, il faut aller vers elles! Je ne suis pas certain qu'elles aient tout compris... " Selon le chef de clinique aux Cliniques universitaires Saint-Luc, ce type de population se retrouve trop parmi les patients Covid hospitalisés. "Ce sont leurs conditions de vie pénibles qui favorisent la diffusion du virus."

Mais quel message leur adresser? "Un message simple! Je regrette qu'on ait obligé le port du masque sans rappeler sa bonne utilisation. Et sans dire que ces petits masques en papier ne valent rien! Il vaut mieux un bon masque en tissu, bien placé." Le professeur de l'UCL est en train de mettre en place un projet destiné à toucher plus précisément certaines communautés, grâce à des intermédiaires de proximité, et prenant en compte leurs conditions de vie.

Port du masque en tissu: les erreurs à ne surtout pas commettre - Tuto

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