Coronavirus: "On atteint un plafonnement au niveau des soins intensifs"

"Si la tendance se poursuit, on devrait atteindre le taux de 1.000 nouveaux cas par jour d'ici deux semaines", estime le porte-parole du centre de crise interfédéral Yves Van Laethem. ©Photo News

La situation épidémiologique continue à suivre une bonne tendance, tant au niveau des contaminations que des hospitalisations. Il faudra néanmoins attendre l'arrivée d'un vaccin avant de pouvoir reprendre le cours normale de nos vies, a prévenu le centre de crise.

Les chiffres du coronavirus semblent toujours aller dans la bonne direction. Les nouvelles infections au coronavirus reculent nettement: en moyenne, du 3 au 9 novembre, il y avait 6.877 nouveaux cas, soit une baisse de moitié par rapport aux 7 jours précédents.

"Nous sommes actuellement derrière la France, au 6e rang européen", a indiqué le porte-parole Yves Van Laethem en conférence de presse. "Si la tendance se poursuit, on devrait atteindre le taux de 1.000 nouveaux cas par jour d'ici deux semaines." Cette diminution est observée dans toutes les tranches d'âge, avec des chiffres plus élevés chez les 40 et 50 ans. On note également une augmentation progressive de l'âge moyen de contamination, à 46 ans.

1.000
contaminations par jour
Si la tendance se poursuit, on devrait atteindre les 1.000 nouveaux cas par jours d'ici deux semaines

La diminution des cas se retrouve, par ailleurs, dans toutes les provinces et presque toutes les communes du pays. On observe, par exemple, une baisse de 40% des infections dans la province d'Anvers et de 57% à Liège. En nombre de cas absolus, c'est toujours la province du Hainaut qui reste la plus touchée, mais la moyenne des infections y diminue également donc.

Les hospitalisations en baisse

Le nombre d'entrées à l'hôpital continue aussi de diminuer, et ce, dans toutes les provinces. Il y a eu jeudi 399 admissions, cela faisait pratiquement un mois que l'on n'était pas descendu sous les 400 admissions par jour. C'est le chiffre le plus bas depuis le 19 octobre. Durant les sept jours allant du 6 au 12 novembre, il y a eu 497 admissions journalières en moyenne soit 29% de moins que la semaine précédente.

Le nombre de patients à l'hôpital dépasse toujours la barre des 7.000 car moins de gens ont quitté l'hôpital. Jeudi, 7.010 personnes atteintes du Covid-19 étaient à l'hôpital contre 6.876 mercredi.

13.891
décès
Depuis le début de la pandémie de coronavirus, 13.891 personnes sont décédées du Covid-19 en Belgique.

1.452 patients séjournent encore aux soins intensifs, mais ce nombre diminue aussi depuis trois jours. "On a un plafonnement des chiffres en soins intensifs". C'est le 3e jour de stagnation ou légère diminution. On peut estimer que le pic a été enregistré il y a 4 jours, avec 1.474 patients hospitalisés. "Ce chiffre, même s'il est plus favorable, reste impressionnant et continue à procurer une charge de travail considérable aux hôpitaux. L'heure n'est donc pas au relâchement", prévient Yves Van Laethem.

L'augmentation des décès semble aussi faiblir, avec 196 décès quotidiens attribués au Covid-19 (+21%). Il est possible que la tendance se ralentisse et s'inverse dans les prochaine semaines si les mesures de confinement continuent à prouver leur effet de frein sur la circulation du virus. Le nombre de morts s'élève à 13.891 depuis le début de la pandémie.

Situation dans les maisons de repos

Chaque vendredi, dès cette semaine, le centre de crise procurera des données complémentaires sur base des hospitalisations, de la mortalité, des arrêts de travail et de la situation dans les maisons de repos. Ces informations seront disponibles sur le site de Sciensano.

Dans les maisons de repos, le nombre d'infections est en baisse dans toutes les régions. Les nouvelles infections par 1.000 résidents se chiffrent à 22 en Flandre (au lieu de 27 précédemment), 48 en Wallonie (au lieu de 69) et 25 à Bruxelles (au lieu de 52). "C'est donc un début d'amélioration."

Le nombre de maisons de repos sans contamination s'est, lui, stabilisé dans presque toutes les régions. Les maisons de repos où l'on compte au moins une infection représentent 42% des établissements en Flandre, 63% en Wallonie et 54% à Bruxelles. Celles comportant des foyers de contaminations importants représentent 16% des établissements en Flandre et à Bruxelles, et 26% en Wallonie. Ces chiffres sont encore élevés mais en amélioration.

Plusieurs études sur la séroprévalence

Sciensano a également réalisé plusieurs études sur la séroprévalence, c'est à dire la part de la population dans laquelle on retrouve des anticorps contre le virus dans le sang. Dans une premiere étude, Sciensano a réalisé un suivi régulier chez les donneurs de sang de la Croix Rouge, sur plus de 13.000 échantillons. Les données les plus récentes portent sur mi-octobre et montrent qu'environ 6% des donneurs ont des anticorps.

6%
des donneurs de sang
Mi-octobre, environ 6% des donneurs de sang de la Croix Rouge avaient développé des anticorps contre le coronavirus.

Cette mesure est comparable à celle de la fin de la première vague et n'est pas encore représentative de cette deuxième vague d'infections. Il faudra attendre des échantillons plus tardifs prélevés durant cette deuxième vague, qui seront analysés fin novembre. En sachant que ces donneurs de sang ne sont pas non plus représentatifs de la population générale (des jeunes en bonne santé, qui n'ont pas eu de symptômes depuis au moins deux semaines).

Une deuxième étude porte sur la présence d'anticorps chez le personnel de soins de santé, en collaboration avec l'Institut de médecine tropicale. On est passé ici d'une présence d'anticorps chez 9,4% d'entre eux à la fin de la première vague à 11% dans le dernier échantillonnage. Il s'agit d'une petite augmentation, mais qui n'est pas non plus significative, il est encore trop tôt pour connaître l'impact réel de cette deuxième vague.

Une dernière étude, réalisée avec l'UCLouvain, porte sur 362 élèves dans deux communes du Limbourg, l'une très touchée lors de la première vague (tous âges confondus), l'autre très peu touchée. Dans la commune la plus touchée, 14,4% des enfants ont développé des anticorps. L'autre commune montre que 4,4% des enfants possèdent des anticorps.

Cette différence de circulation du virus chez les adultes a donc un impact sur les anticorps retrouvés chez les enfants. Et on voit que ceux-ci ne sont pas épargnés par l'infection même si très peu d'entre eux sont malades. L'infection peut être rattachée ici à une direction adulte vers l'enfant au sein du groupe familial et non en sens inverse. Peu d'infections ont donc été acquises à l'école. On estime, par ailleurs, qu'une partie importante des contaminations a eu lieu avant le confinement ou au début du confinement.

Une immunité de 10 à 20% dans la population

Sur base de ces études, on prévoit qu'après la deuxième vague on aura un taux de personnes avec des anticorps entre 10 à 20% dans la population belge. Cela peut jouer un rôle dans le ralentissement de la transmission du virus, car ces personnes sont pendant un certain temps protégées des contaminations.

Mais c'est très loin de l'immunité de groupe, qui représente entre 60 et 70% de personnes ayant des anticorps. Ce pourcentage risque, par ailleurs, de ne pas être uniforme dans tout le pays. Il devrait, par exemple, être plus élevé chez les patients en Wallonie qu'en Flandre.

60.000
décès
Avec la recherche d'une immunité de groupe sans vaccin, on aurait 60.000 décès.

Le centre de crise est ainsi revenu sur la notion d'immunité de groupe, souvent mal comprise: elle ne permet pas de faire disparaître le virus. On passe plutôt d'une situation épidémique aiguë à un état endémique. L'équilibre dans cette situation endémique montre que le virus est présent mais à faible niveau, avec moins d'impact sur la société et des petites "flambées" de temps en temps, comme en hiver.

"L'immunité de groupe est un leurre"

"La recherche d'une immunité de groupe purement sur base naturelle, sans l'aide d'un vaccin, est un leurre, sauf si on est prêt à payer un prix extrêmement important en vies humaines et en destruction du système de santé", a conclu Yves Van Laethem. "Ce virus a un taux de mortalité de 5 à 10 fois plus important que la grippe. Dans un pays hautement peuplé comme la Belgique, avec une population âgée et des facteurs de risque, ceci aurait un coût inestimable sur base tant éthique qu'au niveau de la survie du système."

"La recherche d'une immunité de groupe purement sur base naturelle, sans l'aide d'un vaccin, est un leurre."
Yves Van Laethem
Porte-parole du centre de crise

Les modèles estiment en effet qu'il y aurait au moins 60.000 décès à comptabiliser dans notre pays. "La seule solution est donc d'attendre un bon vaccin, et plusieurs sont actuellement en rang pour être présents lors du printemps, nous devons au moins tenir jusque-là. Cela ne va pas faire disparaître le virus, mais permettre de bâtir rapidement une immunité de groupe dans notre société. Il faut donc tenir pendant les fêtes de fin d'année, une période difficile, et ne pas se réunir en grand groupe."

Les fêtes sont par définition une succession de deux rassemblements, or lors d'un rassemblement à Noël, si l'un des invité est infecté, il deviendra particulièrement "infectant" lors du Nouvel An, une semaine plus tard. Il y a donc un risque important de transmission lors de ces deux fêtes si l'on ne prend pas de précaution. Le Comité de concertation qui a lieu aujourd'hui nous en dira peut-être plus sur la fin d'année à venir.

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