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Coucke & co à la rescousse de la communication de crise au Fédéral

L'homme d'affaires Marc Coucke (à droite) a accepté, sur demande du cabinet de la ministre de la Santé, de jouer un rôle dans la lutte contre le coronavirus en diffusant les informations officielles, avec sa patte. ©BELGA

En s’adjoignant les services (gracieux) d’une centaine d’influenceurs, les pouvoirs publics ont voulu jouer la carte de la proximité auprès du grand public.

“Stay home”. Le message est clair. Mais n’a pourtant pas été facile à faire passer ces dernières semaines, les autorités de ce monde se devant d’atteindre un nombre de citoyens jamais vu auparavant, dans toutes les tranches d’âges, soumis à d’innombrables "fake news" en tout genre venues compliquer la tâche.

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Alors, chacun y a été de sa méthode. En Allemagne par exemple, les pouvoirs publics ont dépensé plus de 160.000 euros sur Facebook et Instagram pour informer la population, ressort-il d’une étude de la société de conseil en communication et stratégie Gosselin & de Walque, fondée par deux ex-communicants d’Elio Di Rupo. Quant aux Pays-Bas, en Italie et en France, ce sont de loin les ONG et autres associations progressistes qui ont investi le plus largement dans les réseaux sociaux, apprend-on.

Quid en Belgique? Ni l’une ni l’autre de ces réalités n’a été rencontrée, entre fin février et fin mars, période couverte par l’étude. Tout comme du côté de la Commission européenne (pourtant habituée à la pratique) d’ailleurs, qui assure la coordination de la gestion de la crise du Covid-19, alors que cette voie est pourtant bien souvent requise pour toucher les citoyens au vu des algorithmes employés par Facebook & co. Laissant le champ libre aux partis extrémistes et nationalistes qui ont, eux, continué à débourser pour occuper le terrain, leurs investissements dépassant la majorité des dépenses consenties en ligne par tous les acteurs ici évoqués dans le pays, là où ils n’en ont pesé qu’1% en France, terre du FN.

"En Belgique, ce sont surtout les partis extrêmes et nationalistes qui ont massivement investi le terrain des contenus sponsorisés dans la crise du coronavirus."
Ermeline Gosselin
Cofondatrice de Gosselin & de Walque

Spécificité belge

La raison? Une autre approche a en réalité été privilégiée, nous revient-il. Répondant à la critique du virologue Marc Van Ranst (KU Leuven) comme quoi "notre communication (des autorités, NDLR) n’atteint pas suffisamment certains groupes, comme les jeunes".

En 24 heures, juste après l’annonce des premières mesures de confinement et au vu de la tenue des désormais fameuses "lockdown parties", le Fédéral a tranché, sur conseil de ses équipes de communication: il jouerait la carte des influenceurs.

100
influenceurs
Les autorités ont contacté 100 influenceurs pour relayer à leur manière la communication officielle suite aux "lockdown parties".

Au total, 100 personnalités ont été contactées, a-t-on appris de sources proches du dossier. Avec quelques beaux noms à la clé, ayant accepté la mission au vu du contexte, et donc à titre gracieux, de partager l’information officielle au plus grand nombre: de l’homme d’affaires Marc Coucke aux animateurs David Antoine et Nathan Soret, en passant par le pianiste Jef Neve, les comédiens Lieven Scheire et Erhan Demirci, la jeune actrice Jamie-Lee Six, la cheffe liégeoise Leslie Winandy, le YouTubeur Kacper Przybylski (aka "Kastiop"), l’instragrameuse Aurela Skandaj ou encore la bloggeuse culinaire Maurane Crespin.

Critères de sélection? "Il fallait qu’ils soient crédibles – chacun à son niveau -, présentent une importante communauté – qui ne se recoupe pas trop avec celle des autres personnes retenues –, et soient en capacité de partager les messages du SPF Santé à leur manière, certes, mais tout en restant correct sur le fond", confie Dora Gasia, qui chapeaute l’initiative.

Autant de solidarité et d’esprit civique, ça fait chaud au cœur.
Maggie De Block
Ministre de la Santé

"Autant de solidarité et d’esprit civique, ça fait chaud au cœur", a souligné la ministre de la Santé, Maggie De Block, interrogée sur le sujet, qui a tenu au passage à "remercier ceux qui ont rendu cela possible. Car il est important de pouvoir atteindre tout le monde".

Accords avec les Gafa

Le gouvernement a signé différents accords avec les Gafa pour permettre la mise en avant de l'information officielle dans la lutte contre le coronavirus.

Un objectif soutenu en parallèle grâce à des accords passés entre le gouvernement et les Gafa, nous est-il revenu, ayant permis par exemple de promouvoir le site officiel www.info-coronavirus.be. Et ce, autant sur Google et YouTube que sur Facebook, Instagram ou Twitter. De même que de voir certifier (par l’ajout du label "officiel") myriade de comptes dans la foulée. "Plusieurs réunions ont eu lieu, certaines à leur demande (les géants du net souhaitant se montrer, au niveau global, sous leur meilleur jour dans la crise, après les critiques sur leur rôle en matière de propagation des "fake news", NDLR), certaines à la nôtre", nous glisse-t-on du côté du gouvernement.

"Plusieurs réunions ont eu lieu, certaines à la demande des Gafa, certaines à la nôtre."
Une source
gouvernementale

A ce stade, les retombées sont difficilement quantifiables, mais l’exercice sera mené, une fois la pandémie passée, nous souffle-t-on.

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