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De quels tests parle-t-on?

©EPA

Tests PCR, tests sérologiques, fiabilités, voici la boîte à outils médicale à utiliser pour un déconfinement maîtrisé.

Plusieurs types de tests concernant le Covid-19 sont utilisés ou développés actuellement. Tous présentent des intérêts et des inconvénients. "Pour réussir le déconfinement, c’est principalement le test dit ‘PCR’ qui présente un intérêt, explique le Pr Jean-Luc Gala, directeur du Centre de technologies moléculaires appliquées (CTMA) à l’UCLouvain. Ce qu’on veut savoir, c’est si une personne est positive, afin de pouvoir déterminer si ses contacts risquent de devenir rapidement positifs eux aussi. Ceci afin de confiner rapidement ces porteurs du virus. Le test PCR est ici le plus indiqué." Mais il y en a d’autres. Pour les utiliser au mieux, plusieurs finalités sont à envisager: le diagnostic, le suivi des patients ou encore la recherche scientifique.

Le test PCR (diagnostic)

Il s’agit d’un test de détection de présence du virus. Il est réalisé au départ d’un frottis réalisé au moyen d’un écouvillon, une sorte de longue tige terminée par un coton. Cet écouvillon est introduit profondément dans la cavité nasale du patient afin de récolter un échantillon de sécrétions. La tige est ensuite placée dans une éprouvette et envoyée à un laboratoire d’analyse.  Les résultats sont connus dans les 24 heures. L’échantillon fait l’objet d’une PCR (Polymerase Chain Reaction). Il s’agit d’une technique de détection génétique qui vise ici à amplifier un fragment de l’ARN du virus, ce qui permet de mettre sa présence en évidence.

"Pour réussir le déconfinement, c’est principalement le test dit ‘PCR’ qui présente un intérêt."
Pr Jean-Luc Gala
Directeur du Centre de technologies moléculaires appliquées (CTMA) à l’UCLouvain

C’est ce type de test qui est aujourd’hui largement réalisé dans les hôpitaux et les maisons de repos et qui sera également réalisé, au niveau du prélèvement, par les médecins généralistes suffisamment équipés dès lundi. Les chiffres mentionnés dans l’article ci-dessus font exclusivement référence à ce test.

"Ce test n’est pas sûr à 100%, indique la Dre Maya Hites, médecin infectiologue à l’hôpital Érasme (ULB). Mais c’est celui qui est le plus efficace aujourd’hui."

Le test rapide antigénique (diagnostic)

La firme Coris BioConcept (Gembloux) propose un test rapide de détection génétique du virus Covid. Il est validé et son utilisation est autorisée en Belgique. Il donne une première analyse très rapide. "Ce type de test était utile au plus fort de l’épidémie, estime la Dre Hites, lorsque nous étions confrontés quotidiennement à énormément de cas suspects. Mais il n’est pas sans faille. Seuls 50% des patients confirmés Covid par une PCR étaient positifs à ce test."

Les tests sérologiques (suivi des patients)

Ces tests sont réalisés au départ d’un échantillon sanguin du patient et visent à détecter la présence d’anticorps développés par le patient qui a été en contact avec le virus.  "Ils permettent de détecter la présence ou non d’anticorps dans le sang, mais pas de les doser, indique le Pr Jean-Luc Gala (UCLouvain). C’est le cas par exemple du test proposé par la firme liégeoise ZenTech, qui est en cours de validation. Même si on les appelle parfois ‘test de grossesse’, il ne peut pas être fait directement par les patients. Il faut passer par un médecin, y compris généraliste, pour le réaliser et interpréter les résultats".

Deux types d’anticorps peuvent être détectés: les IgM, qui apparaissent de façon précoce lors de l’infection (après 11 à 12 jours), et les IgG (après 13 à 14 jours), qui apparaissent par la suite et subsistent plus longtemps dans l’organisme.

Les faiblesses de ces tests sérologiques? Si l’objectif est bien de les utiliser en routine, ce n’est pas encore le cas parce qu’ils ne sont pas encore sur le marché. Ils devraient être réservés dans un premier temps aux travailleurs du secteur de la santé et à certains cas au sein de la population.

"Si les anticorps sont présents, cela ne signifie pas automatiquement qu’ils vont conférer une immunité au patient."
Pr Jean-Luc Gala

"Leur fiabilité pose aussi question. On ne connaît pas encore grand-chose sur ce virus ni sur la manière dont l’organisme y réagit à long terme", indique la Dre Hites. "On ne sait pas si les patients âgés sont capables de développer des anticorps face au Covid. On ne sait pas si les patients qui ont fait un Covid léger sont capables de développer des anticorps."

"Et si les anticorps sont présents, cela ne signifie pas automatiquement qu’ils vont conférer une immunité au patient", précise le Pr Gala.

Le test Elisa (suivi des patients)

Ce test de détection permet de traiter 96 échantillons en une fois. Son but est de doser le nombre d’anticorps par microlitre de sang. Il prend du temps, quelques heures. Le test Elisa est utilisé dans les laboratoires universitaires pour suivre l’évolution des anticorps d’un patient au cours du temps.

Les tests métagénomiques (Recherche)

D’autres technologies peuvent être utilisées pour détecter le virus. Dont des tests métagénomiques. Contrairement à la PCR qui amplifie un fragment d’ARN du virus, la métagénomique vise à reconstituer l’entièreté du génome du virus par une méthode de séquençage. Ce type de tests permet aussi de trouver les agents infectieux "colocalisés" avec le virus. Par exemple détecter la présence d’une hépatite, de la dengue, du zika. "C’est une cartographie infectieuse à un moment précis, indique le Pr Gala. Cela permet de comprendre les interactions entre l’hôte et les virus mais aussi de voir les mutations des populations de virus dans le temps."

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